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La belle et le canular

Dix secondes. C'est le temps que ça m'a pris pour flairer l'histoire tordue d'Éliane Gamache Latourelle.

26/01/2018 14:00 EST | Actualisé 26/01/2018 14:52 EST
Facebook/Bibliothèque de Brossard
Madame Gamache Latourelle n'a rien de vraiment différent du rêve qu'on nous vend.

Ça faisait longtemps que La Presse ne nous avait pas servi le menteur du mois, petit lynchage public et fort apprécié par ce dernier, basé sur des témoignages de gens floués. On connaît la formule maintenant. Mais là, quelle prise! C'est à même la puisette de Madame Petrowski qu'on nous sert cette véritable Perche du Nil, la première démasquée de 2018.

Dans ma jeune vingtaine, j'étais dans un party où était présente une mannequin de Québec qui était même amie avec le gars de Depeche Mode. Les hommes n'avaient d'yeux que pour elle. Montant à l'étage pour aller aux toilettes, je vois cinq-six filles dans une chambre, magazine à la main, en train de bitcher la filiforme et rachitique modèle, celle-ci qui n'avait pourtant rien à se reprocher, autre que d'avoir un beau minois et une insignifiance commune aux gens qui évoluent dans le superficiel. Alors, imaginez quand vous avez des squelettes dans le placard... Le train – surtout féminin – vous passe dessus à toute allure.

Ces « thérapeutes » clé en main, pour qui tout réussit, font-ils une projection narcissique en croyant que leur succès est atteignable par tous?

Ça fait deux fois que je vais sur Google pour me rappeler de son nom : Éliane Gamache Latourelle. Cette personne, je sais c'est qui, car je l'ai vue dix secondes à Denis Lévesque. Oui, dix secondes. C'est le temps que ça m'a pris pour flairer l'histoire tordue. J'ai eu de l'aide en entendant parler de Marc Fisher. Je n'ai rien contre lui, mais je l'identifie, peut-être à tort, à ce mouvement de motivateurs, coachs de vie, de spirituels, de chaman des affaires qui souvent, tendent à confondre la réussite et le succès, l'ambition et les aspirations, la pensée magique et l'espoir. On ne peut pas blâmer qui que ce soit de communiquer sa foi. Mais ces « thérapeutes » clé en main, pour qui tout réussit, font-ils une projection narcissique en croyant que leur succès est atteignable par tous? Veulent-ils communiquer leur savoir pour aider sincèrement les gens? Profitent-ils de la faiblesse et de la vulnérabilité de personnes désespérées et perdues? Difficile à définir clairement. Je me pose d'ailleurs les mêmes questions à propos des plombiers un dimanche, des vétérinaires, de certains psys et thérapeutes physiques. En leur présence, je me sens à leur merci et c'est souvent traduit en quelques chiffres bien assaisonnés dans le bas de leur facture.

Des motivateurs ou activateurs comme madame Gamache Latourelle ont du succès principalement parce que les gens refusent de voir la réalité en face. Peu d'individus sont millionnaires et à moins d'être malhonnête ou d'hériter d'une grosse somme, personne ne le devient du jour au lendemain. Il faut connaître un succès hors du commun, travailler comme un véritable fou ou être plus gratteux que Séraphin sur des décennies. Combien de livres sur le marché expliquent ça? Pas beaucoup.

Les gens veulent une solution toute faite. Personne ne fera le travail à leur place et pourtant, c'est ce qu'ils souhaitent. Je connais quelques millionnaires. Ils n'ont pas vraiment de vie, en fait, leur vie, c'est le travail et ils semblent très heureux là-dedans. Aucune richesse ne vient sans sacrifices, même pour la mannequin de mon party : manger comme un oiseau, se faire harceler, travailler sous le projecteur des heures d'affilée, avoir peu d'amitiés franches et durables et défiler sur le « cat walk » avec un céleri pour déjeuner. Je caricature à peine.

Madame Gamache Latourelle n'a rien de vraiment différent du rêve qu'on nous vend à la pelle, parce qu'on en veut pour égayer et donner de l'espoir à notre maudite vie plate comme la terre de Thalès.

Mais le peuple veut des histoires inspirantes et croit pouvoir les reproduire aisément dans sa vie, comme s'il pouvait refaire le plafond de la chapelle Sixtine dans son cabanon, au crayon-feutre. Comme le gars et la fille des pubs de gym. Pour avoir l'air de ça, ce sont des heures et des heures de travail par semaine. Est-ce écrit dans le bas de la publicité? NON. Madame Gamache Latourelle n'a rien de vraiment différent du rêve qu'on nous vend à la pelle, parce qu'on en veut pour égayer et donner de l'espoir à notre maudite vie plate comme la terre de Thalès. Tous les gens soi-disant floués – la justice et non les journaux se chargera de le déterminer – voyaient en elle une panacée, une « free pass » pour devenir riche et vite. Comme les crèmes anti-âge, comme les Abtronics pour notre bedaine. Ce qu'on réussit rapidement d'habitude, c'est des carrés au Rice Crispies ou du Kraft Dinner. En haut de ça, il faut se retrousser les manches et ça prend plus qu'un livre d'instruction « Do it yourself » ou un coach de vie qui va nous gaver de placebo pour réussir...

On vous dit de croire en vos rêves parce qu'on a un billet de loterie à vous vendre.

On vous dit de croire en vos rêves parce qu'on a un billet de loterie à vous vendre. Vous y croyez et vous l'achetez. Ensuite, vous sortez brisés d'auditions à des concours de talent, ruinés par une aventure de « time-sharing » qui n'a pas marché ou menottés à cause d'un système de vente pyramidale qui a foiré.

Y'en a jamais eu, y'en a pas et y'en aura pas de facile... C'est si difficile à comprendre?

Et au fond, il y a probablement un bout de l'histoire de madame Gamache Latourelle qui est vraie. Étant copropriétaire de cinq pharmacies, le total de ses actifs et immobilisations faisait probablement d'elle techniquement une réelle millionnaire...

La soif de croire est au fond de nous tous. Mais toujours se méfier quand l'eau a un goût sucré.