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Apollo, il a joué le jeu

En se créant un personnage italien et sympathique, il devenait autre chose qu'encore un autre chef français qui débarque ici.

22/11/2017 09:00 EST | Actualisé 22/11/2017 11:49 EST
Facebook/Vickie Bouchard Photographe & Infographiste
Je crois que pour le remercier pour cette prise de conscience, je vais aller acheter son livre de recettes... ça ne doit sûrement pas être plate.

Comme bien des gens, j'ai sourcillé en lisant les salades de Giovani Apollo, alias Jean-Claude. Comment a-t-il pu nous mentir ainsi? Cette imposture m'a trotté dans la tête quelques jours, avec toujours les mêmes questions. Pourquoi a-t-il fait ça? Réalisait-il qu'il jouait gros? Si j'avais été lui, me serais-je comporté de la même façon?

Surpris, j'ai répondu OUI à la dernière question.

On achète des fringues italiennes ou allemandes griffées... mais fabriquées en Chine ou au Bangladesh.

On boit telle marque de bière, car dans la pub, notre équipe de hockey va gagner ou encore mieux, on fera une superbe conquête au bar après à peine deux gorgées.

On se paye des manteaux de plein air qui peuvent affronter les pires éléments... pour aller jusqu'à la prochaine station de métro.

On se nourrit de légendes, de trucs « authentiques » qui ne le sont pas vraiment. On le fait tout le temps. Car notre survie psychosociale en dépend. On mesure nos connaissances mutuelles, on développe des castes qui se définissent par ce qu'on mange, ce qu'on écoute ou ce qu'on conduit. Et si le prix de ce confort mental réside dans quelques mensonges sans conséquence, hé bien pourquoi pas?

Dans tout ce que j'ai lu, est-ce que quelqu'un a dit qu'Apollo ne savait pas faire à manger? Non. En fait, certains ont dit que ce n'était pas mangeable de toute façon, de la même façon que Pierre aurait renié le Christ le soir de son arrestation, mais aucune condamnation culinaire unanime sur le radar.

En se créant un personnage italien et sympathique, il devenait autre chose qu'encore un autre chef français qui débarque ici.

Car l'essentiel, il est là. Savait-il cuisiner? Je crois que oui. Mais ce Jean-Claude, avait-il le choix? En se créant un personnage italien et sympathique, il devenait autre chose qu'encore un autre chef français qui débarque ici. En vendant sa familia et son « pays », il toucha les chercheurs d'authenticité qui ont absolument besoin de se faire baratiner pour jeter leur dévolu sur quelque chose. Ceux et celles qu'on voit aussi aller en Colombie quand tel ou tel leader d'opinion commandité dit que c'est là qu'il faut prendre nos vacances cet hiver. Il aura tôt fait de se raviser l'année suivante, business oblige et nous, on rachètera ces menteries, car Jos Bine Chose, il est tellement cool!

Les grandes marques prestigieuses jouent à ce jeu continuellement avec notre psyché. Le lendemain par contre, on se réveille et on constate qu'on ne mange même pas du vrai poulet et que notre courageux et légendaire pickup ne démarre plus... comme tous les véhicules avec une batterie finie.

Apollo, il a joué le jeu. De la même façon qu'on raconte une histoire à nos enfants le soir. Leur enchantement nous incite à en mettre de plus en plus. A-t-on reproché à Simple Plan, pourtant personnalité La Presse il y a quelques années, d'avoir bluffé auprès de compagnies de disques afin de signer leur premier contrat au début de leur carrière? Non.

Car comme les gens ont plus que jamais besoin d'un contenant pour apprécier le contenu, tous les moyens semblent bons pour se faire remarquer dans la jungle médiatique des années 2000.

Somme toute, quel culot ce Capitaine Bonhomme a eu ! Je crois que pour le remercier pour cette prise de conscience, je vais aller acheter son livre de recettes... ça ne doit sûrement pas être plate.