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Un classement des Capitales culturelles dans le monde?

Publication: 21/12/2012 13:00

A l'évidence, les JO de Londres ont été un succès : le Royaume-Uni a apporté une nouvelle preuve de son sens de l'organisation et de son aptitude à maîtriser toutes les facettes d'un événement planétaire.

Le Gouvernement britannique et la Mairie de Londres ont mobilisé tous les leviers disponibles pour faire de la capitale britannique une grande métropole sinon la plus importante métropole européenne du XXIème siècle.

Parmi ces leviers, la stratégie culturelle, définie dès 2008 par Ken Livingstone et reprise par Boris Johnson. Un rapport : "London, a cultural audit" en avait défini les objectifs et les moyens. L'ambition était clairement affichée : grâce à la culture, placer Londres au cœur des dynamiques de la mondialisation et peser dans le basculement des puissances et l'émergence des nouvelles hiérarchies urbaines qui en résultent.

En effet, les métropoles d'aujourd'hui sont sur ce plan en concurrence ouverte. De nouveaux concepts cherchent à mesurer les effets de cette compétition. L'approche en a été renouvelée par des économistes comme B. Stieglitz, R. Florida, A. Sen ou A. Fitoussi. Au-delà des critères classiques d'attractivité culturelle ou d'attractivité du territoire, de nouveaux concepts "de résonnance" ou "d'empreinte culturelle" viennent enrichir de telles analyses comparatives et prospectives.

La France n'a que faiblement contribué à ce type d'approche. Michel Wieviorka rappelait récemment dans Le Monde (1) que notre pays s'était laissé distancer par le Royaume Uni dans le domaine des sciences sociales et humaines. Ce retard français peut être constaté au même titre dans l'analyse des phénomènes de métropolisation.

Nous avions attiré l'attention, dans un rapport "sur la dimension culturelle du Grand Paris (2)" sur le risque de voir s'élaborer, ailleurs qu'en France, un classement des grandes métropoles mondiales fondé sur leur dynamisme culturel respectif. Nous appelions de nos vœux, qu'une initiative soit prise rapidement en vue de l'élaboration d'une batterie d'indicateurs qualitatifs des métropoles culturelles mondiales. Une telle initiative de la France mériterait d'être entreprise en collaboration avec l'UNESCO.

Cependant, la France a été prise de vitesse par le Royaume-Uni. La Ville de Londres, en effet, a lancé une étude comparative de la situation culturelle de 12 grandes "villes monde" : Berlin, Istanbul, Johannesburg, Londres, Mumbaï, New York, Paris, Sao Paulo, Shanghai, Singapour, Tokyo, Sydney. Ce rapport intitulé "World Cities Culture Report 2012 (3)" a été rendu public à l'occasion de l'olympiade culturelle qui a accompagné les jeux olympiques. Il a été commandité par le "London Cultural Strategy Group" (un organisme qui n'a pas son équivalent pour le Grand Paris).

Cette étude, qui recourt à 60 indicateurs a été présentée comme étant la plus importante réalisée à ce jour. Elle a été abondamment commentée par la presse britannique, américaine et même indienne. Elle est presque passée inaperçue en France. Malgré la dénégation de ses auteurs -qui se défendent d'avoir voulu établir un tableau d'honneur des grandes villes culturelles- nous sommes bien en face d'un "classement à la Shanghai" qui, certes, ne concerne pas les Universités mais hiérarchise les grandes métropoles culturelles mondiales. C'est bien d'ailleurs ainsi que ce palmarès a été présenté par ABC News aux USA. On saisira mieux l'enjeu de cette initiative quand on sait que Paris n'est distinguée que pour le nombre de ses cinémas et l'importance de ses sites inscrits sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO. Le Los Angeles Times n'a pas hésité citant cette étude, à déclarer que New York et Londres étaient bien les deux villes leaders offrant le plus de possibilités culturelles dans le monde.

Le Maire de Londres est si séduit par ce nouveau système de classement des métropoles culturelles mondiales qu'il a fait part de son intention de convoquer prochainement un nouveau sommet des grandes Villes du monde. Pour ne pas être en reste, le Festival d'Edimbourg organisait de son côté en août dernier une première édition d'un "Edinburgh International Culture Summit" rassemblant une quarantaine de Ministres de la culture du monde.

S'il est hors de question de critiquer ce type d'initiative prise par le monde anglo-saxon, il nous apparaît nécessaire d'y participer en affirmant notre point de vue qui n'est pas toujours le même que celui de ces pays, amis et concurrents. Notre vision de la culture ne peut être résumée au nombre de salles de cinéma ou de nos sites classés. Notre système culturel repose sur un nombre de principes qui ne sont pas pris en compte par l'initiative britannique très centrée sur les performances commerciales des industries culturelles : l'accès aux citoyens des services culturels, la sociabilité, la dynamique culturelle des territoires, la créativité de nos artistes, le droit à la culture, etc...

A défaut de subir un classement venu d'ailleurs, comme nous avons subi celui de Shanghai pour nos Universités, reprenons l'initiative en proposant d'autres méthodes pour mesurer l'attractivité culturelle des grandes agglomérations en mettant en avant les capacités artistiques elles-mêmes, les œuvres plus que les produits, la participation des citoyens plus que les études de marché.

  1. Le Monde du 11 septembre 2012.
  2. blog daniel janicot - documentation française
  3. http://www.worldcitiesculturereport.com/
 
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