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Le magasin Québec inc.

02/04/2016 09:03 EDT | Actualisé 03/04/2017 05:12 EDT

Alcan, Le Cirque du Soleil, Rona, St-Hubert... Ça ressemble à la liste des fleurons québécois. C'est plutôt la liste d'épicerie des fonds d'investissement. La boutique où les actionnaires vont mettre la main sur des sociétés profitables pour faire toujours plus d'argent. Et renforcer par la même occasion les inégalités sociales.

L'économie locale contre Goliath

Mais plutôt que de s'émouvoir sur des filons qui nous glissent entre les doigts, comment pouvons-nous repenser notre modèle économique pour qu'il soit viable, durable et socialement responsable?

Tout d'abord en consommant malin. Puisqu'après tout, nous n'avons pas vraiment d'autre choix que de consommer (sans pour autant surconsommer), autant le faire avec discernement. Mais avez-vous déjà essayé de magasiner en retournant tous les articles disponibles pour vérifier leur pays de fabrication et, finalement, vous rendre à l'évidence que la Chine et Taïwan monopolisaient les étalages? Évidemment. C'est même plutôt par accident qu'un jour, on découvre avoir acheté, sans l'avoir fait exprès, un produit fabriqué ici.

Il reste qu'acheter un produit, c'est encourager le vendeur à faire un bénéfice qui lui permettra de vivre dignement, et accessoirement de payer ses impôts, qui permettront de financer les infrastructures publiques permettant à l'ensemble de la société de vivre dignement. Mais lorsque les actionnaires d'on ne sait où empochent les dividendes pour les optimiser, les miettes ne suffisent plus pour faire tourner la machine sociale.

Dans cette course perdue d'avance, les petites entreprises représentent pourtant un espoir infini. D'abord parce que ce sont elles, avec les particuliers, qui paient réellement de l'impôt quand les multinationales trouvent tous les moyens inimaginables pour en payer le moins possible. En accédant, par exemple, légalement aux paradis fiscaux pour échapper à leur «juste part» du gâteau à faire.

Et puisqu'il faut consommer, prenons-nous seulement la peine de le faire en pensant collectivement?

L'antithèse du Dollarama

Bien sûr, consommer local coûte souvent un peu plus cher que le produit de masse. Mais économiser au moment d'un achat, compulsif ou non, au profit d'une qualité potentiellement moindre, c'est aussi faire partie du jeu qui brise l'économie circulaire. La chaîne Dollarama est d'ailleurs le système le plus schizophrénique qui soit : née en 1992 à Montréal, entreprise locale donc, elle se développe à la vitesse de la lumière en vendant des produits fabriqués à l'autre bout du monde pour une bouchée de pain. À la lumière de ces faits, peut-on inclure Dollarama à la liste des fleurons québécois?

Pour la petite histoire, le fonds bostonien Bain Capital, dont l'un des fondateurs est Mitt Romney, ancien candidat républicain à la présidentielle américaine, est entré au capital de Dollarama en 2004. En 2009, Dollarama est introduite en bourse avec le succès que l'on connaît et une suite fulgurante qui, pour l'instant, ne se dément pas. Bain Capital est ausi réputé pour des procédures judiciaires visant le fonds dans des cas d'évasion fiscale et de banqueroute frauduleuse orchestrée.

Changement de propriétaire

Je rêve donc donc d'une nouvelle enseigne : les magasins Québec inc. Au moins le nom est clair. Le principe? N'y vendre que des produits fabriqués ici.

Plus besoin de retourner la moindre marchandise. Tous les fournisseurs font travailler des gens d'ici. On y vendrait des objets utiles de la vie courante, de l'art, des aliments d'ici, des idées de cadeaux, et peut-être mêmes des alcools québécois si la SAQ y mettait de la bonne foi. Bien sûr, tout cela existe déjà de façon morcelée et éparpillée, notamment grâce aux marchés publics, mais avec une perception populaire parfois plus pittoresque et champêtre que réellement engagée.

Mais peut-on imaginer un instant apprivoiser le jeu capitalistique en lui mettant des garde-fous allant dans l'intérêt de la communauté, et éviter qu'une réussite finisse par tomber dans des excès pernicieux? Peut-on le pirater de façon à ce qu'il soit pris à son propre piège en imposant de nouvelles règles sur une mission qui ne pourra être dénaturée quels que soient les détenteurs?

Mettons que Québec inc. devienne un jour un salon de l'artisanat permanent qui fleurit à travers toute la province et qu'un jour, victime de son succès, un fonds d'investissement y jette son dévolu face à une Caisse de dépôt et placement du Québec volontairement impuissante. Mettons que même en sortant du giron québécois, une pilule empoisonnée oblige toute poursuite des activités de Québec inc. à la condition de strictement se fournir auprès d'entreprises québécoises employant du monde d'ici. Et de payer ses impôts ici. Nous aurions donc une entreprise à charte, avec une vraie mission inaliénable. Pas un mouvement Desjardins en perdition de ristournes. Ni un repli autarcique. Mais plutôt une conscientisation de notre pouvoir d'achat.

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