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Transparence financière: les partis politiques doivent donner l'exemple

08/06/2016 10:00 EDT | Actualisé 09/06/2017 05:12 EDT

Le concept de transparence en matière de gestion des deniers publics fait l'unanimité, pourtant de façon générale les pratiques actuelles sont loin d'être vertueuses. Les scandales liés aux dépenses faites à mauvais escient ont beau faire parfois les gros titres, rares sont les mesures efficaces prises pour éviter que les mêmes erreurs se répètent. Une déficience culturelle liée à un problème d'éducation et à une certaine résignation collective.

Rendre des comptes au grand public

Pour qu'une saine transparence au niveau gouvernemental entre dans les mentalités, une telle habitude doit être prise avant d'accéder au pouvoir. Aujourd'hui la règle est qu'un don à un parti politique doit se faire sans aucune promesse de contrepartie. Erreur. Il devrait y en avoir une essentielle pour donner l'exemple: la visibilité sur la façon dont l'argent accumulé est ensuite dépensé. Les partis politiques n'ont bien évidemment jamais assez de cet argent qui est leur nerf de la guerre des communications: présence indispensable sur les réseaux sociaux, envois massifs de courriels, sondages pour récolter des informations et constituer une base de données à la fois solide et élargie au-delà des membres grâce aux logiciels de plus en plus sophistiqués... tout a un prix. Les partis sollicitent inlassablement les citoyens pour pouvoir se donner les moyens de représenter les idées qu'ils défendent, et de ce fait ils leur sont redevables des moyens financiers qu'ils obtiennent. Ils doivent bien plus qu'un rapport financier illisible au commun des mortels.

À l'heure où tout le monde a accès à son compte bancaire en ligne, tout parti politique devrait être capable de présenter ses mouvements financiers en données ouvertes. La page d'accueil Internet de toute entité politique devrait offrir une vue de son compte bancaire: solde et nature des entrées et sorties d'argent, avec la possibilité de trier par date et par objet. Dons reçus, dépenses publicitaires, salaires, dettes: rien de bien compliqué. Le nombre de membres aussi devrait être une information disponible instantanément. Quand on est capable de retracer les moindres clics et gestes de la population qui s'intéresse à vos activités, on est forcément capable de lister une donnée aussi basique que le nombre de personnes qui adhèrent sur le papier à vos convictions.

Finalement l'information ne doit pas se limiter aux membres: elle doit être publique, accessible et compréhensible. En ce sens on pourrait déjà s'attaquer au désintérêt croissant des populations à la politique et au fatalisme du «tous pourris».

Corruption, groupes d'influences et copinage

L'enjeu est de taille: afficher ses mouvements financiers implique en avoir une gestion presque irréprochable. Car accéder au pouvoir avec les sommes considérables à brasser que cela induit donne vite le tournis à certains, voire presque tous, qui se laissent facilement submerger par les montants. Et c'est ici que le jeu de la corruption commence. Faute d'exercice, on se laisse aller à l'octroi de contrats à untel ou unetelle pour telle ou telle raison, tel service rendu ou attendu, telle promesse à tenir pour se faire réélire. Ou plutôt non, ce serait l'inverse en fait: à force de pratiquer de cette façon au niveau du parti, une fois au pouvoir on en vient à gouverner comme on dirigeait son parti, à faire un amalgame qui finit par éclater au grand jour comme les scandales auxquels nous sommes habitués.

Et la règle est valable tant pour les gros que les petits partis: il est toujours plus facile d'avoir un volet programmatique sur la transparence quand on est loin d'accéder au pouvoir, encore faut-il être capable de se l'appliquer à sa propre échelle. En réalité l'exercice démocratique est constamment mis à l'épreuve dans toute organisation politique, proportionnellement aux sommes en jeu. Car il en faut toujours plus dans ce modèle néolibéral qui court à sa propre perte. Même au sein du sacro-saint Fonds Monétaire International certaines voix, dont les économistes Jonathan Ostry, Prakash Loungani et Davide Furceri, se sont fait entendre pour dénoncer les effets pervers du modèle économique globalisé.

Le lobbying et ses travers monétaires dénaturent la confiance que les électeurs devraient avoir en leurs élus. Les contrats accordés dans le plus grand secret, à l'heure où les gouvernements taillent à grands coups d'austérité, sont la vermine de la crédibilité politique.

Des données vraiment ouvertes

Qui peut se targuer d'avoir déjà consacré du temps à décortiquer des données ouvertes? Certainement une part infime d'entre nous. En donnant l'exemple sur la transparence de leurs finances, les politiques donneraient l'habitude aux citoyens de se faire rendre des comptes. Et pas seulement en période électorale. Mais pour l'heure on ne voit par-ci par-là que quelques initiatives de données ouvertes lancées en grande pompe dans certaines administrations et qui finissent par accoucher d'une souris. Puis la souris meurt.

Il y a donc un problème d'éducation. D'abord avec des outils accessibles et dynamiques permettant de faire ressortir les noms des fournisseurs, leur redondance le cas échéant et les montants en jeu comparativement à ce qui se fait. Ensuite, divulguer toute l'information clé qui pourrait laisser entrevoir des conflits d'intérêts: relation entre les dirigeants décideurs et les responsables chez les clients. Enfin établir des rapports synthétiques, périodiques et facilement consultables dans le temps. Une fois ces trois paramètres démocratisés, plusieurs pourront jouer le rôle de «lanceurs de questionnements».

En attendant, nous en sommes très loin. Quand les politiques seront irréprochables sur leurs flux financiers, ils pourront faire la morale aux entreprises et peut-être mettre un terme aux cadeaux fiscaux qu'ils leur accordent en légiférant de façon outrageusement accommodante... En retour de quoi? On se le demande.

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