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L'équilibre mondial selon Hillary Clinton

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Hillary Clinton a offert aux Montréalais mardi soir une prestation à la hauteur de son indéniable talent politique. À la fois inspirant et froidement lucide.

Parmi l'assistance, la première ministre québécoise en pleine campagne électorale et ses deux principaux adversaires ont d'ailleurs répondu présents. Ils ont bu ses paroles à l'instar d'un parterre constitué de plusieurs milliers de personnes.

Honneur aux femmes

Madame Clinton a naturellement commencé par un sujet qui lui tient à cœur : l'égalité hommes-femmes et les droits des femmes dans le monde. Ou plutôt cette inégalité qui l'a longtemps maintenue dans l'ombre de son mari. Elle était bien évidemment en terrain conquis dans la province avant-gardiste sur ces questions. Ses différentes fonctions l'ayant amené à voyager aux quatre coins du monde, elle a été témoin des énormes disparités en la matière. Reste qu'un peu plus tard elle devra battre légèrement en retraite sur la délicate question du congé de maternité paradoxalement inexistant dans un seul des pays occidentaux : les États-Unis.

Avec une assurance déconcertante, l'excellente oratrice n'a pas buté sur un seul mot de toute la soirée. Elle a poursuivi son ravissement de l'auditoire du Palais des congrès en glissant subtilement vers l'économie. Tout d'abord en faisant le lien entre l'incroyable force économique que représentent les femmes dans les pays où leurs droits et leur éducation sont les plus avancés. Elle en a par la suite tiré la conclusion indiscutable que les pays à la traîne sur la question passent à côté d'un formidable potentiel de croissance.

Le poids des dollars, le choc des dollars

Mais n'oublions pas qu'Hillary Clinton est une politicienne de très haut rang, étasunienne de surcroît. Chaque avancée pour la cause des femmes était inlassablement doublée du mot « croissance ». L'adjectif « économique » étant fortement suggéré dans la foulée immédiate. D'ailleurs le « Dare to compete !» (Osez entrer dans la course) qu'elle a lancé aux femmes sonnait également parfois étrangement comme une course aux profits. Il faut préciser que l'événement était organisé par la Chambre de commerce du Montréal métropolitain. Pas de hasard ni de coïncidence.

Au fil de la soirée, la chimie et la physique opèrent telle une mécanique bien huilée. Nommant tour à tour la directrice générale du Fonds monétaire international (FMI) Christine Lagarde, Goldman Sachs, Coca-Cola et Wal-Mart, elle n'a pas oublié de rappeler que la providence vient de chez elle et nulle part ailleurs. Et d'enchaîner avec l'exploitation des ressources naturelles comme la quintessence, à juste titre (hélas), du leadership international.

La vieille Europe et la pauvre Russie

Nouvelle transition toute en finesse, l'ex-secrétaire d'État passe de l'économie à la géopolitique. Le crescendo arrive enfin au point le plus fort de la soirée et on sent la candidate de velours et de fer. Et attention le velours ! Après avoir poliment distillé quelques bonnes paroles sur l'environnement et le réchauffement climatique, la lutte pour l'Arctique a repris le dessus. Entre nécessité rêveuse d'une coalition des gouvernements pour protéger les écosystèmes et besoin de profiter des ressources naturelles (sic !). Parce qu'après tout l'exploitation des ressources est la quintessence du leadership international, non ? D'ailleurs Hillary Clinton considère qu'aujourd'hui l'Europe est vulnérable, car n'ayant pas su appliquer une politique énergétique efficace. Touché.

Les prémices de retour en guerre froide du moment formeront la conclusion de l'allocution-questions-réponses. Tout d'abord Madame Clinton rappelle à quel point certaines régions éloignées de la Russie sont plus proches du pays en voie de développement que de Moscou. Sauf qu'en début de soirée elle abordait aussi les écarts édifiants au sein même des États-Unis. Et en général ce sont les enfants qui trinquent, quel que soit le pays de résidence de la pauvreté. L'ombre de l'Ukraine continue à planer sur la soirée et l'OTAN s'invite comme la solution. Hillary Clinton aura d'ailleurs fait raisonner un « Hope for the best, prepare for the worst ! » à la fois fascinant et inquiétant.

Et concernant le partenariat économique privilégié entre les États-Unis et le Canada, elle glisse poliment que rien ne se fera sans le Mexique. Le sud semble plus attrayant que le sous-pôle Nord, nous voilà prévenus.

Que les choses soient claires : Hillary Clinton n'a jamais réellement été une first lady. C'est une femme intelligente, extrêmement brillante, et sa luminescence force le respect. On parle bien ici de luminescence par contre, et non d'incandescence.

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