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Dr Barrette, le manque de prévention rend le système de santé «intenable»!

Selon de récentes données, 30% des jeunes de 5 à 17 ans et 60% des adultes québécois présentent désormais un surplus de poids.

25/08/2017 06:00 EDT | Actualisé 25/08/2017 06:19 EDT
Sasha_Suzi via Getty Images
En tant que ministre de la Santé, vous devez envisager toutes les solutions possibles aux problèmes que vous avez soulevés et la prévention est certainement incontournable.

Le 22 août dernier, lors d'un congrès médical, vous avez affirmé que la pression financière sur le système de santé est « de plus en plus intenable » et que les gouvernements sont « à la croisée des chemins ». Bien que réellement critique, cette situation n'est guère surprenante. Depuis des années, les organismes et professionnels de la santé ne cessent de souligner l'urgence de prévenir l'obésité et de promouvoir davantage les saines habitudes de vie pour réduire les coûts de santé. Pourtant, on regarde le mur qui s'approche sans emprunter véritablement le chemin de la prévention : les gestes posés ne suffisent pas.

Pendant ce temps, l'obésité continue d'augmenter et les maladies chroniques font des ravages. Selon de récentes données, 30% des jeunes de 5 à 17 ans et 60% des adultes québécois présentent désormais un surplus de poids. De plus, plus de la moitié des personnes de 12 ans et plus souffre d'au moins une maladie chronique, et le quart en a au moins deux.

Vous avez raison, il reste peu de temps avant de frapper le mur.

Dans un tel contexte, il faut non seulement de bonnes politiques publiques, mais du soutien et un investissement à la hauteur de la gravité de la situation. Faire de la « prévention en santé » une priorité n'est pas un luxe, mais bien un impératif. Il est nécessaire d'avoir une véritable volonté politique et un solide plan d'action s'accompagnant de moyens financiers sans précédent. Vous avez raison, il reste peu de temps avant de frapper le mur. Il faut donc un véritable projet de société à ce niveau-là, et ce, dès maintenant.

En tant que ministre de la Santé, vous devez envisager toutes les solutions possibles aux problèmes que vous avez soulevés et la prévention est certainement incontournable. Il est inacceptable que des millions de Québécois souffrent de maladies invalidantes et coûteuses alors qu'elles peuvent être prévenues en créant des environnements plus sains et en offrant les conditions de vie indispensables à la santé aux plus défavorisés. Les maladies cardiovasculaires, le diabète de type 2 et certains cancers peuvent être évités par une saine alimentation et un mode de vie physiquement actif. Il faut mieux soutenir les Québécois et bâtir des milieux de vie où les choix sains sont plus faciles à faire.

Évidemment, la prévention en santé nécessite des ressources de l'État et elles sont limitées. C'est en partie dans cette optique que de nombreux groupes, dont la Coalition québécoise sur la problématique du poids, militent pour la mise en place d'une redevance sur les boissons sucrées. La littérature scientifique démontre bien la nocivité de ces produits, qui sont surconsommés au Québec. L'Organisation de coopération et de développement économiques estime aussi que cette mesure fiscale est l'une des plus prometteuses en matière de coûts-bénéfices : en plus de lancer un signal clair à l'égard de la consommation régulière de ces boissons, les revenus générés peuvent être investis en prévention. D'une pierre deux coups ! D'ailleurs, plusieurs pays et juridictions américaines ont opté pour cette action avec succès. Elle doit aussi faire partie du plan d'action québécois.

Est-ce votre gouvernement qui aura le courage de réellement prioriser la prévention en santé en y investissant massivement ?

Est-ce votre gouvernement qui aura le courage de réellement prioriser la prévention en santé en y investissant massivement ? Votre gouvernement réalisera-t-il les actions nécessaires pour permettre de ralentir l'escalade des coûts de santé ? Monsieur Barrette, à la croisée des chemins, n'hésitez pas : prenez le virage de la prévention !

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