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Les relations de l'Université McGill avec la dictature esclavagiste du Qatar

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En mars 2012, l'Institut des études islamiques de l'Université McGill recevait un don substantiel de 1 250 000$ de l'État du Qatar. Qu'une université s'efforce de favoriser l'avancement des connaissances sur la civilisation islamique apparaît tout à fait fondé et pertinent étant donné l'importance des sociétés musulmanes dans l'histoire humaine et dans le monde d'aujourd'hui. Le point préoccupant de l'affaire ne se situe pas sur le plan de la recherche universitaire. Il vient plutôt de la source même du don. Car quelle sorte de pays est le Qatar? Voilà la question de fond.

Le Qatar est une pétromonarchie immensément riche qui constitue une des pires dictatures actuelles. L'émir exerce un pouvoir absolu sur ses sujets et ne tolère aucune opposition. Les partis politiques y sont interdits. Profondément sexiste, la société qatarienne est fondée sur un patriarcat archaïque où les hommes décident de tout et tiennent les femmes sous leur tutelle. À l'Université du Qatar, filles et garçons étudient sur deux campus séparés. L'excision est encore pratiquée dans certaines régions. Conformément aux lois de la charia, l'homosexualité y est condamnée sous peine d'emprisonnement de cinq ans et de 90 coups de fouet.

La population est formée d'environ 20% de nationaux contre 80% d'expatriés qui sont essentiellement des travailleurs migrants. Ces expatriés viennent surtout de l'Inde et du Népal et sont tenus pour des êtres inférieurs. Leurs conditions de travail sont extrêmement pénibles et elles ont d'ailleurs été dénoncées par plusieurs organismes internationaux comme une forme d'exploitation éhontée. La situation s'est empirée depuis que le pays s'est lancé dans la construction de nombreuses infrastructures sportives en vue de la Coupe du monde de soccer qui s'y tiendra en 2022. Les patrons qataris forcent les expatriés à travailler sans relâche sous des chaleurs accablantes, sans aucune possibilité de négociation ni de représentation, car les syndicats y sont interdits. Serge Truffaut, dans son éditorial du Devoir du 26 mai 2014, a associé à juste de titre ce scandale au phénomène grandissant de l'esclavage dans le monde, dont le Qatar est un des pires coupables.

L'Université McGill s'est déshonorée en acceptant un don de cet État infâme. Au cours du débat sur le projet de charte de la laïcité, elle n'a pas hésité à invoquer la liberté académique pour justifier son opposition à l'interdiction du port de signes religieux dans les institutions publiques. Les autorités de McGill auraient dû faire preuve d'un peu plus de retenue. Elles devraient savoir que le mercantilisme complaisant est incompatible avec la liberté académique et que les universitaires sont parmi les premiers citoyens à devoir dénoncer sans concession toute violation des droits humains. La dignité et l'esprit de justice commanderaient à l'Université McGill de rendre le don qu'elle a reçu du Qatar avec une lettre de dénonciation des abus abjects qui sont commis dans ce pays.

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