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La grande peur d'Internet: sommes-nous tous devenus paranos?

23/04/2015 10:02 EDT | Actualisé 23/06/2015 05:12 EDT

Une question me taraude depuis des mois. Des mois que je lis ou que j'entends parler des dangers d'Internet, des menaces à notre vie privée, des méchants gouvernements qui nous espionnent dans nos téléphones, nos tablettes et nos ordinateurs, des compagnies qui «scrapent» sans vergogne nos données publiées sur le Web et ce, dans le but inavouable de nous ficher, analyser, compartimenter et déshumaniser en bits de consommation pour publicitaires avides...

Le sujet est de toutes les émissions de radio, de télé, de reportages, tous plus sensationnels sur les plateformes Web ou dans les médias traditionnels. Ce qui a fait déborder mon grand vase au cours des récents jours, c'est tout l'espace médiatique donné à la nouvelle série documentaire interactive «Traque interdite» (qui a son hashtag #traqueinterdite et son compte Twitter @Traqueinterdite), lancée en grandes pompes au Lab de la SRC.

Et par la suite, le billet de @Mathysc sur le blogue Triplex de la même SRC, concernant un nouveau film sur Aaron Swartz, un petit bollé du Web qui s'est suicidé en 2013.

Ce n'est pas que je ne prends pas au sérieux cette prétendue dérive du Web vers tout ce que l'Humanité a de plus tordu : Far Web, cyber-criminalité, cyber-intimidation, vol d'identité, cyber-fraudes, espionnage, rançongiciels, hameçonnage et tutti quanti, mais il me semble qu'on perd de vue l'image globale ici, que nous sommes tous et toutes devenu(e)s paranos. Le Web et l'Internet ne sont que le reflet ou le produit de ce que les utilisateurs en font. Et ce n'est pas vrai que nous sommes tous des pourris, des fraudeurs, des maniaques et des espions ou que pour éviter d'être exposé au «mal numérique et pourquoi pas, bientôt cybernétique avec l'avènement des robots», nous devions à tout prix nous réfugier dans une mine désaffectée, bétonnée et à l'abri de tous les assauts des engins de recherche ou encore nous faire disparaître du Web comme certaines applications le proposent ou encore se cacher dans les méandres du Deep Web grâce à Tor et ses semblables et ainsi fuir «Big Brodata»...

Le coeur de Big Brodata

Et m.... qu'en est-il devenu du peer-to-peer, du partage d'information, de la collaboration à Wikipédia, du Web gratuit et ouvert, de la transparence, de la conversation et de la sérendipité ? Vous vous souvenez du Open Government Initiative? En voici un extrait tiré du blogue de la Maison-Blanche et de la main d'un président qui, en 2008, avait galvanisé tous les espoirs :

«Openness will strengthen our democracy and promote efficiency and effectiveness in Government.

Government should be transparent 

Government should be participatory 

Government should be collaborative»

Beaucoup d'eau a coulé sous les ponts depuis et ce gouvernement ne s'est pas montré à la hauteur de ses prétentions, mais...

Ne sommes-nous pas en train de jouer le jeu de ceux qui tentent de nous faire taire collectivement? De la surveillance de la NSA à ceux qui veulent mettre fin à ces grands principes en les trahissant sciemment et en faisant ensuite couler volontairement l'information? N'avons-nous pas abdiqué la liberté sur l'autel de la sécurité?

En 2011, j'ai eu une discussion avec Jimmy Wales, le fondateur de Wikipédia, que j'avais invité à webcom en 2010 et avec qui j'avais lié des liens cordiaux (capture ci-dessus). Je voulais lui demander de participer à un panel en virtuel avec Julian Assange. Il a véhément refusé, traitant l'autre de tous les maux... Je ne comprenais pas alors pourquoi le coulage volontaire...

D'autre part, avons-nous été aussi bouffés par l'appât du gain facile créé par la bulle spéculative créée par l'arrivée en bourse de Facebook et encore là, renié les beaux principes de l'ouvert-gratuit-libre? Faut-il mettre définitivement une croix sur le Web collaboratif, autrefois nommé 2.0? Ou y a-t-il encore des raisons d'espérer que les avancées promises par le Web et l'Internet se matérialisent pour le plus grand bien, dans des domaines tels que l'éducation, la santé, la science, la démocratie citoyenne, la recherche fondamentale ou tout simplement dans le rapprochement des peuples de notre petite planète ?

Bref... J'ai écrit ce commentaire à Catherine Mathys sur le blogue de Triplex. Oui, oui. Les commentaires sur les blogues, ça existe encore.

«Bonjour Catherine ! J'ai moi-même participé avec de nombreux billets, dont celui-ci, dans lequel je parle de Swartz, à cette frénésie de la protection des renseignements personnels, protection de notre vie privée et à la venue du Big Brother Data. Mais je me demande, en sceptique que je suis, à qui profite cette paranoïa ambiante concernant l'Internet et justement alimentée par Snowden et Assange qu'on veut arrêter, mais qu'on laisse participer à toutes les conférences possibles. Aux compagnies de sécurité informatique comme Symantec ? L'enjeu est de taille: Des milliards $$$ en ventes de logiciels censés nous protéger. Il y a là matière à réflexion. Où est donc passé le Web ouvert et collaboratif ?

L'enjeu est de taille

Et comme par hasard, en parcourant Twitter, avant de publier ce billet, je suis tombé, merci à Jon Husband, sur le billet de Harold Jarche intitulé: «OpenSource Workers», un billet qui commence ainsi : «Openness enables knowledge-sharing, which fosters innovation through a diversity of ideas. Trust emerges in networks that are open and transparent».

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