LES BLOGUES

En santé: le projet de loi 10, Barrette et Porter

02/10/2014 01:51 EDT | Actualisé 02/12/2014 05:12 EST

Celui qui incarne les idées de la doctrine Porter pourrit dans une prison au Panama d'où il attend son extradition au Canada, mais qu'il conteste bec et ongles. Arthur Porter est l'exemple parfait du mercenaire politique au service d'une cause, d'une mission devrions-nous dire, qui est rarement reluisante dans le contexte de systèmes de santé déficitaire, mais au service des banquiers et autres oligarques.

Les sociétés libres et démocratiques hésitent généralement à recourir à l'un des leurs pour effectuer une sale besogne. Dans le cas de Porter, la besogne au Michigan était particulièrement sale et revenait à paver une autoroute vers la mort pour des milliers de personnes pauvres et vulnérables sans couverture d'assurance maladie, et pour lesquelles on a accéléré le pas vers la fin ultime. Porter a magnifiquement réussi, à un point tel que nos dirigeants, tous fervents adeptes de Mourir dans la dinigité, sont allés le recruter pour lui offrir de véritables ponts d'or. Le MUHC ou Centre universitaire de santé McGill et la présidence du comité de surveillance de nos pseudo services secrets (« My Eye! »). L'arrogance est sans limites chez les conservateurs fiscaux.

Puis les événements se sont bousculés pour notre ami Porter qui bénéficiait quand même d'une relation étroite avec celui qui allait devenir PM du Québec. Puis vinrent le nouveau cabinet, et un quatrième mousquetaire du nom de Barrette avec son projet de loi 10. Par ailleurs, et par-delà les critiques partisanes, le ministre a raison sur un point essentiel: la bureaucratie a tué l'efficacité de notre système de santé. Délais, processus décisionnel, nominations douteuses, salaires excessifs, procédurite aiguë, autant de paramètre qui a contribué à discréditer le navire amiral de nos programmes. Pour solutionner cette crise majeure, on a pas trouvé mieux que de passer d'un extrême à un autre: de la paralysie du processus décisionnel, nous voilà confronté au franquisme institutionnel d'un nouveau ministre hyperpuissant qui se voit Feld Maréchal d'une armée imaginaire dont il compte bien réduire les effectifs et nommer ses propres capitaines.

Mais pour aller où? Quelle est la mission mon général? Quels sont les objectifs avec des milliards en moins du fédéral et le système qui n'est plus supporté par notre régime fiscal? Quel est le modèle proposé?

À j'oubliais. Il faut relire le Clausewitz de la médecine québécoise, le maître à penser de nos élites en matière de santé, le médecin, philosophe et penseur de renommée internationale, le docteur Arthur Porter. J'ironise!

Aux agences qui agissaient autrefois quasiment comme des instances quasi-judiciaires, on leur substitut deux paliers sous le contrôle et l'autorité directe du ministre. WOW! Quelle sera la responsabilité ministérielle en cas d'échec, de dérive, voire de faute professionnelle d'un intervenant du système? Éléphantesque! Accepter le portefeuille de ce ministère dans un futur gouvernement sera suicidaire du point de vue de la responsabilité ministérielle. Le ministre décide de tout, nous dit Barrette. Prépare-t-il son retour à la pratique privée et à son syndicat professionnel pour négocier avec un futur ministre de la santé qui aura un Berretta sur la tempe? Je plains son successeur. Pauvre de lui, comme dirait Sol.

La création des agences et autres créatures de régulation juridico-administratives avait pour objectif de diluer la responsabilité ministérielle en confiant à des « experts » des décisions qui pouvaient avoir un impact direct sur les patients et autres utilisateurs en santé. Malheureusement, le système s'est embourbé et des cliques de fonctionnaires se sont formées pour s'attribuer une autorité réglementaire, quasi judiciaire même, pour jouer au « juge » et ainsi ralentir le processus décisionnel, ce qui a provoqué une inflation des coûts, des délais, des dérives d'autorité et des victimes du système.

Je le répète: le ministre a raison, mais il a tort en confiant la responsabilité des nominations à l'interne à nul autre,...que lui-même! Suite aux scandales qui minent la classe politique du Québec et nos élites en général, on ne peut pas ne pas imaginer le pire. L'ensemble des nominations importantes à l'interne aurait pu être confié à une instance quasi judiciaire, sorte de comité « fast track » comme en arbitrage de construction aux États-Unis, lesquels s'imposent des délais stricts et de rigueur, et des décisions sans appel, par des membres désignés et chosis par une autorité publique, nommément l'Assemblée nationale du Québec.

On aura préféré la voie royale du patronage et des crises politiques! C'est ce qui me fait dire que désormais au Québec la doctrine politique dominante, la façon de faire « Made in Quebec" mais non dite jusqu'à présent, s'appelle désormais la doctrine Porter.

Inspirée de l'extrême droite américaine, elle consiste à exécuter et à supporter la privatisation complète du système de santé, mais opérée de manière tout à fait machiavélique, l'objectif étant de permettre aux fortunés de bénéficier des meilleurs soins de santé disponibles sur le libre marché, à la classe moyenne d'avoir accès à certains services de moyenne qualité, comportant des délais ou des frais et du brasse-camarade. Quant aux autres, les vulnérables, handicapés, assistés sociaux, sans emploi, ce sera... mourir dans la dignité... (adopté à l'unanimité sous le régime péquiste). À Détroit grâce à la doctrine Porter, que les Américains fortunés du Michigan ont été incapables d'appliquer eux-mêmes à leur population défavorisée, on a eût recours à un étranger du nom d'Arthur Porter. Pour beaucoup d'Américains et nombre de vétérans, la fermeture d'hôpitaux offrant des services de charité associés à des églises, ça voulait dire la rue pour y mourir!

Après tout ce brouhaha, que restera-t-il de la Loi sur la santé du Canada qui est de juridiction fédérale et qu'Harper n'a pas l'intention de renforcer, bien au contraire? Rien.

Je rappelle qu'en matière de santé, c'est un peu comme en droit criminel. Le droit substantif ou le Code criminel est de juridiction fédérale alors que l'administration de la justice relève des provinces. En santé, le principe d'un système de santé public et universel est énoncé dans la loi fédérale sur la santé, alors que l'acte de dispenser les soins, la réglementation professionnelle et tout ce qui s'y rattache relèvent de la province.

Tout cela n'a aucun sens. Dites-moi que je rêve. Et Chrétien qui disait ne jamais vouloir soulever des questions constitutionnelles. Je n'en reviens pas. Je rêve, mais c'est un cauchemar!

PLUS: