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François Bugingo n'avait aucun filet chez ses employeurs

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En écoutant régulièrement François Bugingo au 98,5 FM Montréal, j'ai plus d'une fois ragé devant la légèreté de ton de Benoît Dutrizac. Après un préambule du genre « On passe aux nouvelles zinternationales avec notre ami François...», qui lui répondait « Bonjour Monseigneur... », Dutrizac y allait d'une liste d'épicerie: Burundi...y se passe quelque chose au Yémen... du nouveau pour Badawi? Ou, encore, tu rentres d'Europe, vas-y... Et Bugingo d'enchaîner les multiples sujets comme s'il était seul à connaître et à maîtriser la matière du jour.

Des médias franchement démunis

Pour qui a fréquenté assidûment la presse québécoise, c'est bien connu que la plupart des médias commerciaux sont passablement perdus quand il s'agit de nouvelles internationales. Sans bureaux ni journalistes en poste à l'étranger, avec souvent un seul abonnement à un fil de presse qui relate les évènements lointains, ces médias en sont souvent réduits à couvrir les grands faits divers de la planète comme ils le font à la maison.

En donnant le score d'un tremblement de terre (nombre de morts, de disparus, pertes économiques, aide internationale), en montrant les images de migrants entassés dans des embarcations ou en se demandant tout le temps si notre premier-ministre va s'en mêler en intervenant aux Communes. C'est ainsi que la plupart de nos médias récupèrent les histoires d'ailleurs en nous montrant un angle québécois ou canadien du mouvement international djihadiste.

L'homme-orchestre

D'où l'intérêt manifesté par plusieurs pour François Bugingo, cet homme-orchestre autoproclamé qui dit avoir visité 152 pays et avoir une tonne de contacts dans toutes les grandes capitales.

Qui était chargé dans ces médias de vérifier ses dires? De le mettre au défi de prouver ce qu'il avançait? En tout cas, sûrement pas Benoît Dutrizac qui, en ondes, le laissait dire tout ce qu'il voulait. À l'occasion, lui demandait-on confidentiellement ses sources? Qui payait ses nombreux voyages à l'étranger? Ses employeurs ou des commanditaires privés, comme des gouvernements étrangers intéressés à rehausser leur image? On ne connaît pas le modus operandi du monsieur, pas plus que l'on sait si les médias qui utilisaient ses services s'étaient donnés en cours de route les moyens de l'appuyer.

Pas un employé, seulement un collaborateur

L'attitude de TVA m'a fait sourciller. Il n'était pas un employé à proprement parler, mais seulement un collaborateur. Ah bon... Je comprends que Bugingo était à contrat et qu'il sera plus facile de s'en défaire le temps venu, mais est-ce que cela veut dire qu'un collaborateur n'a pas à se soumettre à la même rigueur qu'un journaliste permanent? Qu'il a plus de latitude qu'un autre?

François Bugingo produisait en abondance. Un blogue dans le Journal de Montréal, de nombreuses interventions à TVA-Nouvelles, une émission d'actualités internationales sur les ondes de LCN. Employé ou collaborateur, peu importe à la quantité d'espace médiatique que Bugingo remplissait, il était l'image même de la convergence si chère à Québecor.

On ne fait pas de l'information, comme on fait de la soupe...

J'ai travaillé dans plusieurs des médias concernés. Télé-Métropole, il y a longtemps, LCN pendant deux ans après trente années à Radio-Canada. J'y ait fait tous les métiers, rédacteur, reporter sur le terrain partout au Québec, à Toronto, à Washington. J'ai été journaliste à l'affectation, chef de pupitre au Téléjournal puis rédacteur-en-chef.

Si vous saviez le nombre de vérifications qu'il faut faire dans une journée avant de publier une nouvelle. L'insistance qu'il faut mettre pour s'assurer d'avoir au moins deux sources sûres. Le suivi qui est donné à toutes les étapes de la production. Et pour y arriver, il y a des structures, des garde-fous, un vrai code d'éthique. Ce n'est pas vrai qu'on peut demander à une seule personne de tout couvrir, de tout savoir, d'être partout et d'avoir une opinion bien sentie en un claquement de doigts.

L'information internationale, c'est du sérieux

Oubliez un instant les fabulations de François Bugingo et tournez le miroir vers le visage des patrons de presse qui ont laissé leur «collaborateur» en mener très large et qui n'ont jamais mis de filet de sécurité sous ses pieds.

Rigueur, rigueur avait un jour dit Pierre Bruneau en commentant une bourde à l'antenne de son compétiteur qui avait annoncé la défaite de Jean Charest à Sherbrooke. C'est bien arrivé, mais seulement à une élection suivante. Le commentaire pourrait très bien se faire à l'envers aujourd'hui.

Il n'y pas si longtemps encore TVA, qui aime vanter sa proximité avec les téléspectateurs, proclamait haut et fort : «TVA c'est vrai». Un slogan qui ne passerait plus la rampe surtout quand les nouvelles viennent de loin et qu'elles sont laissées dans les mains d'un seul homme.

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