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Le bonheur de Philippe Couillard, ou l'opium du peuple et du politique !

23/03/2014 09:04 EDT | Actualisé 23/05/2014 05:12 EDT

Le rêveur pourrait bien jouer un bien mauvais tour à l'homme d'action ! Voici que le chef du Parti libéral rêve de voir le Québec retourner dans le giron constitutionnel à temps, mais sans précipitation, pour fêter le 150e anniversaire de la Confédération. Et, s'il est élu au poste de premier ministre, comment pense-t-il y arriver ?

En attendant stoïquement que ses interlocuteurs anglophones se déclarent prêts à reconnaître le Québec comme société distincte et acceptent ses demandes historiques? Pourtant, le chef du Parti libéral sait ou devrait savoir que lorsque les intérêts anglo-saxons et québécois entrent en conflit, les intérêts du Québec sont toujours défavorisés

Face à cette démarche inhabituelle de Philippe Couillard, qui frise l'inconscience, il est raisonnable de penser que ses vis-à-vis anglophones qui ont toujours eu « le dernier mot » doivent s'en donner à cœur joie en refusant à l'avance d'entrer dans son jeu. Le considérant comme un parfait casse-pied, il est raisonnable de penser qu'il se fera rapidement claquer la porte au nez.

Courageux bonhomme que ce Monsieur Couillard qui, au royaume de la sublime et éternelle étroitesse d'esprit fédéral, pourrait se faire répondre: « Québec, je me souviens de toi vaguement, sans espoir ! Depuis le dernier référendum, tu n'es plus qu'un vague souvenir ».

Cette proposition déconcertante, pathétique, voire désinvolte, du chef du Parti libéral, qui veut banaliser les droits du Québec en les réduisant au concept « du bonheur des Québécois », démontre à l'évidence que Philippe Couillard n'est pas l'homme de la situation pour diriger le Québec.

Mais comment réagirait Léon Dion, le «confesseur» de Robert Bourassa, face à la politique attentiste de l'actuel chef du Parti libéral? En « fédéraliste fatigué », il lui répéterait ce que l'expérience lui a appris: « On ne peut négocier avec le Canada anglais qu'en lui tenant un couteau à la gorge ».

Plus surprenant, c'est comme si le chef du Parti libéral ignorait ou feignait d'ignorer « le miroir aux alouettes fédéral » qui a brûlé bien des ailes. Un miroir fait d'illusions, de leurres, de tromperies et de coups tordus. En se référent à deux exemples, laissons parler les faits.

1) L'engagement de Pierre-Elliot Trudeau, le 14 mai 1980, six jours avant le référendum. Un engagement à dessein formulé de manière à laisser croire aux Québécois qu'un Non conduirait à un renouvellement du fédéralisme qui les satisferait (« Nous mettons nos sièges en jeu... »). On connaît la suite.

2) La nuit 4 au 5 novembre 1981, qu'on appellera plus tard « La Nuit des Longs Couteaux », le gouvernement fédéral, à l'initiative de Jean Chrétien, parvient à s'entendre avec les neuf provinces anglophones, tandis que le Québec est tenu à l'écart des discussions.

Ces faits et bien d'autres confirment les paroles prémonitoires prononcées par le père du député Stéphane Dion : « Depuis 1763, le Québec n'a plus d'Histoire. Sinon celle, à réfraction, que nos conquérants veulent bien nous laisser vivre, pour nous calmer. Cette tâche leur est d'autant plus facile que nous sécrétons nos propres bourreaux. »

Par contre, comme tout ne peut être négatif, lors de ces visites des capitales, Philippe Couillard pourra constater, s'il ne le sait déjà, que le ras-de-bol du Canada anglais et des journalistes de certains médias anglophones envers le Québec est si élevé que dans l'éventualité d'un référendum pancanadien portant sur la question « Souhaitez-vous que le Québec reste dans le Canada », le verdict tombera, sous la forme d'une réponse sèche, dure, très dure, impitoyable même, voire cruelle pour les fédéralistes québécois. Ils comprendront alors que le mémorable « Love In » du dernier référendum ressemblait davantage à la déclaration d'amour d'une femme inconstante qui aurait dit au Québec : « Je t'aimerai d'amour toujours, aujourd'hui ».

Et si à notre tour, afin de démontrer notre ras-le-bol et surtout notre fierté, nous reprenions à notre compte l'expression « Finies les folies », utilisée jadis par Pierre Elliot Trudeau alors qu'il menaçait de mettre la clé dans la porte de Radio -Canada pour des raisons partisanes. « Finies les folies », terminé le tournis et le vertige sans fin des rencontres constitutionnelles qui finissent inexorablement pour le Québec par un cul-de-sac.

Ce rejet clair et net du Québec par le Canada pourrait toutefois avoir l'avantage de donner le feu à des négociations entre deux futurs voisins qui pourraient s'inspirer du modèle de la Tchécoslovaquie qui a obtenu un divorce à l'amiable. À notre tour, qu'il nous soit permis de rêver!

Et à ceux qui proclament que l'Indépendance du Québec aura comme conséquence de briser le Canada, il faut répondre qu'il serait surprenant que « le plus beau meilleur pays du monde » soit un géant au pied d'argile. Un pays si faible que le départ d'une seule de ses composantes pourrait anéantir, voire briser et détruire. Manifestement, hormis pour faire peur, cette évaluation des dommages collatéraux résultant de l'Indépendance du Québec demeure peu crédible !

Car, une fois le choc de l'Indépendance passé, le Canada s'en remettra rapidement. Puis, tout reviendra à la normale avec à la clé des relations de bon voisinage. Chaque pays étant maître de sa destinée.

Tout ceci pour dire que sans le vouloir, en levant le voile d'une amnésie collective à laquelle les politiciens fédéralistes contribuent tous les jours, Philippe Couillard a rappelé aux Québécois qu'avant d'être une jouissance matérielle, le bonheur est un «bonheur public». C'est-à-dire une liberté, une liberté politique qui invite les Québécois à devenir ensemble ordonnateurs de leur propre destin. En d'autres termes, «de décider de leur avenir !»

Et pour remercier Philippe Couillard de sa déclaration portant sur le bonheur, pourquoi ne pas compléter la devise « Cur Non » de la famille d'Antoine De Saint-Exupéry en lui disant de façon claire et nette: « L'Indépendance, pourquoi pas ! »

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