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Steven Spazuk: peindre avec la suie

28/01/2015 02:38 EST | Actualisé 30/03/2015 05:12 EDT

L'artiste Steven Spazuk n'utilise pas l'huile, l'aquarelle, l'encre, le crayon ou l'aérosol dans son travail. Sa matière à lui, c'est la suie. En effet, l'artiste de Léry, en bordure du lac Saint-Louis, crée ses œuvres à l'aide du résidu que produit la combustion d'une chandelle ou d'un flambeau qu'il façonne à l'aide de pinceaux, de plumes ou la pointe d'un exacto.

J'ai fait la connaissance de Steven Spazuk en 2001 alors qu'il commençait à développer cette technique unique. Je me souviens m'être prêté à son concept de portrait qui consistait à imprimer son profil sur une feuille enduite de suie.

14 ans plus tard, alors que les médias du monde l'ont découvert à leur tour, je le retrouve à la faveur d'une deuxième exposition en trois mois à la galerie C.O. A.. Il n'a pas changé, toujours aussi chaleureux et allumé, mais je suis ébahi de voir comment il a raffiné son art y amenant matière à réflexion.

L'exposition Autres convictions et interprétations met notamment en scène une ménagerie menacée d'extinction. Pour qu'on saisisse l'urgence, les ours polaires, pandas et pingouins de Steven Spazuk sont affublés de grenades sur la tête ou, encore, ses oiseaux picorent la mèche d'une bombe. Ses images ont du punch. Vous ne serez pas surpris d'apprendre que Spazuk est issu du monde de la publicité, il a notamment contribué à la fondation de l'agence Tam-Tam.

Le billet de Claude Deschênes se poursuit après la galerie

Autres convictions et interprétations de Steven Spazuk à la galerie C.O.A


Dans les œuvres qu'il donne à voir jusqu'au 7 février, Steven Spazuk exploite sa passion pour l'ornithologie. Les oiseaux sont omniprésents. Dans Dreaming of a better world, différentes espèces partagent une même branche, faisant fi de leurs différences. « Ça, c'est mon côté utopique, ma réaction au monde qui va mal », dit-il, en nous faisant découvrir les détails de cette fresque sertie de diamants et de lèvres amoureuses.

L'artiste expose aussi quelques portraits dont deux en hommage à ses parents réalisés avec la technique du fumage et un autre, spectaculaire représentant sa mère d'après une vieille photo. Le foulard qu'elle porte est constitué de fleurs découpées dans des magazines, une activité à laquelle s'adonne compulsivement sa mère dans ses moments de démence sénile. Il s'étonne lui-même du résultat final, car le fichu coloré évoque ceux que les femmes portaient autrefois en Ukraine, le pays de son grand-père immigré au Canada en 1911.

Pour l'anecdote, mentionnons que Spazuk doit son patronyme à une erreur. Son aïeul s'appelait Nicola Spasik mais comme il était illettré et ne parlait ni l'anglais ni le français, il n'a pu empêcher les officiers d'immigration de le baptiser Spazuk.

Aujourd'hui, Steven profite de cette méprise. Faites Spazuk sur Google et vous tomberez immanquablement sur le peintre du feu ou de la suie selon la manière qu'on décide de le qualifier. Son nom est aussi unique que sa technique. Un atout pour la galerie C.O.A. (acronyme de Certificate of authenticity) qui le représente.

Parlant de la galerie, ses murs et ses planchers blancs et son éclairage Del se révèlent un écrin idéal pour la présentation de ces œuvres majoritairement en noir et blanc. Le local, situé au 6405 Saint-Laurent, est un nouveau lieu d'exposition situé entre Bellechasse et Beaubien, une portion du boulevard en plein essor. Il a été inauguré il y a huit mois par Jean-Pascal Fournier, un comédien et artiste qui a ajouté le commerce de l'art à son arc.

Après Montréal, Steven Spazuk repart dans le vaste monde. En 2015, ses oeuvres seront présentées dans différents contextes aux États-Unis, en Grèce, en Norvège et en France.

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