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<em>Milonga</em>: le bonheur total

19/02/2015 11:37 EST | Actualisé 21/04/2015 05:12 EDT

Quand Danse Danse présente le chorégraphe Sidi Larbi Cherkaoui à Montréal (c'est la 6e fois), c'est toujours un événement. Cherkaoui nous arrive toujours avec des spectacles différents, car il a la curiosité d'aller vers des univers qui lui sont étrangers comme l'art martial des moines du temple Shaolin (Sutra), le flamenco de Maria Pagès (Dunas) ou la sculpture d'Antony Gormley (Babel).

Cette fois-ci, il nous propose sa rencontre avec le tango. Le chorégraphe belgo-marocain a mis trois ans et six longs séjours à Buenos Aires pour percer les codes de cette danse à la fois dramatique, sensuelle et passionnée.

Une fois qu'il en a compris la mécanique, il a créé Milonga, un spectacle dans lequel il habille cette danse centenaire d'atours contemporains. Ça donne, dans le respect de la tradition, une relecture fabuleuse de ce dialogue des corps.

Cherkaoui joue savamment avec les arcanes du tango. Il ouvre son spectacle avec un homme et une femme dansant dos à dos, enchaîne avec un trio d'hommes dont les mouvements sont athlétiques, explore une autre facette du trio, deux femmes se partageant un partenaire, s'amuse à créer une séquence de groupe dans laquelle les danseurs n'ont de cesse de changer de compagnie, imagine une variation sur le thème de la solitude où le sol devient le partenaire de la danseuse. Il y a même un numéro humoristique qui, il faut le dire, détonne dans cette proposition autrement très raffinée.

Le billet de Claude Deschênes se poursuit après la galerie

Milonga: le tango selon Sidi Larbi Cherkaoui


Le tango tel que dansé dans les salles de bal, repose généralement sur l'improvisation. Pas ici. Chaque balanceo, abrazo, caricias, gancho ou cunita est chorégraphié. Au millimètre près oserions-nous dire. Les douze danseurs, dont dix sont issus du monde du tango, deviennent virtuoses. Ils atteignent une précision et une vitesse phénoménale dans l'exécution des mouvements quand ce n'est pas une grâce torride ou une fureur acrobatique.

Notre regard est constamment sollicité. En plus du spectacle de ces corps en fusion, les costumes, particulièrement les robes des danseuses, sont de bon goût et les projections évoquant Buenos Aires, donnent le goût de prendre le prochain vol pour l'Argentine.

Notre ouïe n'est pas en reste. Comme dans la tradition des milongas, ces lieux où on danse le tango, les couples s'exécutent au son d'un orchestre live. Il y a cinq extraordinaires musiciens, sur scène, un quintette constitué, comme il se doit d'un piano, un bandonéon, une contrebasse, un violon et une guitare. Envoûtant!

Danser le tango semble demander à la fois de l'abandon et de la rigueur. Comme spectateur, calé dans notre siège, l'abandon suffit à notre bonheur et avec Milonga de Sidi Larbi Cherkaoui, c'est le bonheur total.

Milonga, au Théâtre Maisonneuve dans le cadre de Danse Danse jusqu'au 21 février

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