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<em>Deux jours, une nuit</em>: une leçon d'humanité des frères Dardenne

09/01/2015 10:40 EST | Actualisé 11/03/2015 05:12 EDT

Huit mois après Cannes, voici enfin sur nos écrans, le film Deux jours, une nuit des frères Dardenne avec Marion Cotillard.

Deux jours, une nuit nous amène au cœur d'une problématique toute contemporaine : la cruauté du monde du travail quand les entreprises sont en mode rationalisation.

Le poste de Sandra est aboli. La petite équipe dont elle fait partie à l'usine de panneaux solaires Solwal à Liège, en Belgique, s'est tellement bien partagé sa tâche pendant son congé de maladie pour cause de burn-out, que la direction considère qu'on peut désormais faire sans elle. Même que sa mise à pied permet de verser aux quinze employés restants une prime de mille euros. Une décision que le patron fait entériner par ses employés par un vote à main levée.

Le titre du film des frères Dardenne fait référence au temps que Sandra, leur personnage principal, a pour convaincre ses collègues de travail de changer cette décision par la tenue d'un nouveau vote. Secret celui-là.

Deux jours, une nuit n'est pas un film glamour. On est, comme toujours avec les frères Dardenne, dans le social. Il y avait un risque avec leur proposition. La démarche de Sandra pour convaincre des travailleurs de renoncer à leur boni pour qu'elle sauve sa job, aurait pu être répétitive. Comme la chanson du Roi, sa femme et le petit prince venus chez-moi pour me serrer la pince.

Mais le talent des Dardenne c'est d'offrir une réponse différente à chaque plaidoyer de Sandra. L'un ne veut pas renoncer à sa prime parce qu'il n'y a qu'un salaire qui rentre, l'autre parce que l'argent est déjà dépensé pour une nouvelle terrasse, un troisième, aussi pris à la gorge, sera solidaire. Et ainsi de suite dans un suspense qui carbure à l'émotion brute.

Les réalisateurs ne jugent pas les motifs de chacun, mais, comme spectateur, on est interpellé par le dilemme: solidaire ou individualiste? Qu'est-ce que je ferais dans la même situation?

Le film repose sur les épaules de Marion Cotillard. Elle incarne avec brio ce personnage de femme épuisée et fragile qui doit se battre pour sauver son travail. La présence d'acteurs peu connus de nous ajoute au réalisme de ce film austère, mais néanmoins remuant.

Le film avait été très bien reçu à Cannes, mais le jury, présidé par Jane Campion, ne lui avait accordé aucun prix. Soit. Huit mois après le Festival, je vous suggère de lui donner sa chance, car les Dardenne nous servent là une belle leçon d'humanité.

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