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Pourquoi ne pas abolir les pourboires!?

06/07/2013 08:52 EDT | Actualisé 08/09/2013 05:12 EDT

À la sortie du restaurant, j'ai payé mon repas 20 $ plus les taxes de 15 % soit 3 $ pour un total de 23 $. Mais j'ai laissé au serveur un pourboire de 3 $ pour, dans les faits, payer l'employé du restaurateur. À la discrétion du service, me dira-t-on. Foutaise: frais de service 15 %! Résultat: une somme globale de 26 $ pour un repas annoncé 20 $. Pourquoi faut-il payer un pourboire dans un restaurant? Pourquoi le restaurateur ne paie-t-il pas ses employés comme toutes les diverses compagnies qui offrent un service au client? En laissant 3 $ sur la table, c'est payer un service sans les taxes, donc c'est payer au noir au vu et au su de tous. Même le ministre des Finances pratique ce qu'il exècre.

Il est vrai que si le restaurateur assume le salaire total de son employé, il devra ajouter les taxes. Le prix de la facture sera légèrement plus salé, soit 26,45 $. Pour quelle raison doit-on esquiver les taxes dans ce cas-ci, alors que c'est illégal socialement? Le restaurateur aurait dû annoncer son repas 23 $ plus les taxes. Évidemment, de son côté, il devra assumer les charges étatiques de tout patron. Tout comme le salarié qui devra déclarer son vrai salaire. Mais les deux auront droit aux bénéfices sociaux normaux accessibles à tous les salariés et entreprises.

Pourquoi la tarification du taxi n'est-elle pas ajustée pour inclure le salaire du chauffeur? Pourquoi l'hôtel ne paie-t-il pas le salaire de son bagagiste? Donner un bon service fait partie de la tache de chacun. Reste à la gérance de s'assurer de la qualité. Ce n'est certes pas au client d'assumer cette responsabilité ni la fonction de rémunérer le travailleur. On jurerait que les établissements cherchent à abdiquer par leur gérance réduite la qualité du service. Tellement plus facile de mettre le client à contribution.

Que j'achète des meubles ou une automobile, le service qu'on me rend est souvent supérieur et il n'est jamais question de pourboire. Le revenu du vendeur fait partie intégrante de la masse salariale. Comme dans toutes les bonnes institutions. Le cordonnier n'exige pas de gratification. L'épicier, le postier, le professeur et l'horticulteur non plus.

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Je m'interroge sur le pouvoir dont jouissent les lobbies et les arguments fallacieux qu'ils doivent décliner pour convaincre les fonctionnaires responsables des prises de décision. Comment peut-on défendre l'indéfendable?

Une campagne publicitaire tente pourtant de sensibiliser les citoyens au phénomène désastreux pour une société qu'est le paiement au noir, en dessous de la table, selon une autre expression. Et en même temps, on tolère et on édifie en tradition cette forme d'économie souterraine qu'est le pourboire. Ce système est néfaste pour l'État qui y perd des revenus importants, mais aussi pour l'employé qui se prive d'avantages sociaux. Seul le proprio semble y faire des gains.

Je passe ici sous silence toutes les entourloupettes qui sévissent dans ce milieu. Le gouvernement évalue à 8 % le pourboire à déclarer quand il dépasse souvent les 15 % dans les établissements plus haut de gamme et les bars achalandés. Même le salaire minimum indécent, accordé aux employés à pourboire, doit être remis discrètement à la direction. Les témoignages sont nombreux à cet effet. Je pourrais remplir cette page d'exemples.

Quel gouvernement aura l'audace d'abolir simplement le pourboire pour une simple raison de justice envers tous les autres contribuables honnêtes. Tous les employés travaillent fort pour gagner leur vie. Tous les employés honnêtes cherchent à être compétents et conscients de la qualité du service envers le client. Tous les propriétaires d'entreprises de services doivent rémunérer adéquatement leurs employés et s'assurer de la qualité du service qu'ils rendent.

Je ne vois plus aucune affinité avec l'origine de cette pratique. On ne laissait que la petite monnaie sur table. C'était pour boire. Abolissons cette pratique moyenâgeuse, abolissons le pourboire et ses entourloupettes.

Lisez d'autres textes de Claude Bérubé en visitant son blogue Leptitvieux.com

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