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Pendant que je vieillis bien, d'autres s'acharnent à tenter de rajeunir

30/08/2014 09:19 EDT | Actualisé 30/10/2014 05:12 EDT

Quand j'avais 40 ans, je trouvais atrocement vieux les gens de 60 ans et plus. J'osais affirmer que leurs propos passéistes flirtaient avec le radotage. Dans le confort, avec leur passé, ils ignoraient que le monde avait changé. Je souhaitais qu'ils s'occupent à autre chose. Qu'ils nous laissent toute latitude à bâtir le monde futur. Que de choses absurdes peut-on dire à cet âge ? Surtout, quelle vision négative peut-on propager sur la vieillesse, cette vieillesse qu'on atteint 25 ans plus tard ?

Maintenant que j'ai 73 ans, je trouve les jeunes de 40 ans, bien jeunes. Les 30 années qui me séparent d'eux sont pleines d'un savoir qui leur fait défaut. Je prêche évidemment pour ma paroisse. Le radotage dont ils nous affublent est en fait un passé, un passé fécond qui s'exprime et conseille ; là où l'on puise la sagesse. Est-ce que le monde a changé ? Dans les faits, seul l'environnement de l'homme s'est transformé ; mais pas l'Homme lui-même. Il est toujours le même. Si complexe que nous ne vivrons jamais assez vieux pour en saisir toute sa complexité. Les connaissances qui viennent avec les années aident à nous y retrouver un tant soit peu.

En somme, j'aborde ce sujet pour nous inciter à célébrer la vieillesse. À 40 ans, on devrait voir la vieillesse comme un avenir prometteur de sa vie auquel on aspire. Hélas, on ne souhaite pas l'atteindre puisqu'on la présente comme une étape insignifiante, dégradante, radoteuse, handicapée. Quel avenir obscur ! Entre 40 et 65 ans, on emporte dans son sac à dos ces préjugés opiniâtres. À 65 ans, le miroir nous renvoie encore l'image biaisée de la vieillesse, celle dans le sac à dos ; stéréotypée et fausse. Pourtant, la vieillesse que je vis est heureuse, active et féconde. Une tout autre image.

Nous voilà rendus à l'âge où les rides commencent à orner les yeux rieurs. L'âge où apprendre à lire les rides fait découvrir tout un monde. L'âge où les vieilles chansons font revivre les beaux moments, où les souvenirs permettent de revivre les grandes émotions. Mais pour ceux qui regardent la vieillesse dans le sac à dos, seule la course au rajeunissement apparait comme l'issue qui arrête le temps. Accroire la prospérité d'une industrie parce qu'elle propose les pseudo-secrets de la jouvence. Pour paraitre plus jeune, on s'habillera à la mode, on s'enduira de crème miracle, on fera appel à quelques injections de botox par ici, par là. Et pour vaincre les aspects les plus réfractaires, une petite chirurgie vaincra les aléas de cette étape de la vie. Il faut absolument paraitre plus jeune sinon c'est la catastrophe. Si on nous dit que nous paraissons tellement jeunes, on bombe le torse.

Un médecin a titré son livre Vieillir et rester jeune. Pourquoi ne pas laisser la jeunesse aux jeunes ? Pourquoi la leur subtiliser ? Et laissons la vieillesse au vieux. Pourquoi ne pas avoir titré son livre comme suit Vieillir en forme ou encore Bien vieillir ? Je préfère qu'on me dise que je vieillis bien. N'est-ce pas là le plus beau compliment ? Comme une petite fille qui rêve de devenir une grande fille ou une adulte, pourquoi ne rêverions-nous pas d'accéder à la vieillesse, d'y voir sa beauté différente, de profiter de son savoir et même d'apprendre à lire les rides ? Une étape de maturité pour peaufiner son être. Une étape où les souvenirs nostalgiques sont si agréables à l'âme. L'étape où c'est l'âme dont il faut prendre soin et non le corps. Une étape pour atteindre la sagesse et le bonheur : les ultimes cimes de la vie.

Il faut célébrer la vieillesse auprès des plus jeunes, car c'est là qu'on dessine l'allure de cette étape à venir. Il faut donner le goût de devenir vieux comme le podium de la vie. Un projet de vie ! Il faut changer la perception qu'ont les jeunes de la vieillesse. Il y a bien sûr les balafrés de la vie. Il y en a à tout âge. Il faut adoucir les affres de la vie. Mais il y a une majorité, celle qui se valorise et atteint la vraie substance de cette vieillesse dont les années se prolongent sans cesse. Il a certes matière à espérer y accéder et à y faire un projet de vie.

Une madame Rose a sauté en parachute à l'âge de 80 ans. Une animatrice à la radio lui affirma : « Mais, vous n'êtes pas vieille, Rose, vous êtes resté jeune ! Bravo ! » Les cheveux m'ont dressé sur la tête. « NON, Rose n'est pas jeune. Elle a 80 ans. Elle est une vieille audacieuse et en forme.»

Comme le sont encore plusieurs vieilles et vieux de son âge. Bravo, Rose, pour avoir montré que vous pouviez réaliser ce rêve à 80 ans ». Ils sont nombreux à réaliser ce que la vie ne leur a pas permis de faire. Ils sont nombreux à apporter une contribution à la société. Elles sont nombreuses les belles têtes blanches qui scintillent ! Les beaux vieux ! Ceux-là avec une aura qui rayonne autour d'eux quand ils passent.

C'est cette image qu'il faut propager à toute la société pour qu'on aspire sereinement à atteindre la vieillesse, pour qu'on trouve beaux nos vieux, pour qu'on leur dise merci pour leur apport passé et présent. Et surtout que les vieux les croient et se voient avec le même regard.

Si jeunesse savait. Si vieillesse pouvait. Si la jeunesse tétait au mamelon du savoir et de l'expérience, que de belles choses elle pourrait faire, soutenue par de bons vieux supporteurs.

Si ce texte vous inspire, pourquoi ne pas laisser un commentaire dans le carreau qui suit un peu plus bas. Que vous soyez d'accord ou non avec moi. Ou que vous voyez le phénomène sous un autre angle. Allez écrivez. Ceci dessinera un meilleur portrait du sujet.

Lisez d'autres textes de Claude Bérubé en visitant son blogue Leptitvieux.com

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