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Évasions fiscales à faire dresser les cheveux sur la tête

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En lisant les lignes suivantes, les cheveux vont vous dresser sur la tête. Après avoir écrit mon article sur les libertariens, dans lequel je démontrais que Google, Apple, Facebook, Amazon et eBay ne payaient que des impôts minables aux États-Unis, ceci légalement grâce à l'évasion fiscale, et en lisant le texte de Katie Noël dans L'Actualité, je découvris que «3000 milliards de dollars échappent au fisc des pays occidentaux chaque année grâce aux stratégies des entreprises et des banquiers, selon le Tax Justice Network. Ce montant correspond à plus de 75 % du budget 2015 des États-Unis».

Imaginez ! «À l'échelle planétaire, plus de 21 000 milliards de dollars sont détenus dans des paradis fiscaux», selon toujours le même organisme, et tout cela transite «par des législations de complaisance».

Bermudes, Barbade, îles Caïmans, île du Man, Luxembourg, îles Vierges britanniques, Irlande ! Dans ce dernier cas, Apple n'y paie qu'un impôt de 2 %. «Le plus grand exportateur de bananes au monde est l'île de Jersey, où personne n'a jamais vu une banane pousser», déclare Alain Denault de l'UQAM, cité par Katie Noël.

Dire que sans ce fléau, nous paierions tous moins d'impôts et de taxes.

Même l'émission Enquête a déjà démontré que la firme KPMG a conseillé plusieurs entreprises dans des stratagèmes d'évasion fiscale en allant, en plus, chercher des subventions gouvernementales.

Malgré toutes ces dénonciations évidentes et bien documentées, le silence le plus opaque règne. La légalité de l'opération sert de paravent. Tim Cook d'Apple en a fait la démonstration devant le Congrès américain, qui y a vu son impuissance. Pour régler une portion du problème, en 2016, une taxe de 14 % sera prélevée sur les profits des multinationales américaines à l'étranger.

Pour illustrer un ordre de grandeur, sachez que 340 multinationales américaines ont des filiales au Luxembourg, dont 30 entreprises du Québec. Des centaines sous d'autres cieux. On cite des milliards de dollars.

Au Québec et au Canada, la priorité n'est pas l'éducation ni la santé, c'est l'évasion fiscale. En faisant payer leur dû aux «profiteux», il y aura suffisamment de dollars pour financer l'éducation et la santé.

Tant que ce problème ne sera pas réglé, la note des dépenses gouvernementales sera assumée par la classe moyenne et les PME. Qui paiera pour nos infrastructures, nos services et nos routes ? Toujours les moins nantis. Nous !

Les profits exonérés de tout impôt n'enrichissent que les magnats, les grands patrons, les actionnaires, créant trois classes de richesse, soit les super-riches qui évitent de payer leur part, la classe moyenne payante, et la classe pauvre. Voilà tous les ingrédients de base pour créer un climat explosif et malsain. L'Histoire nous a montré tellement d'exemples de révolutions à nous donner des frissons. Une situation injuste pour les entreprises qui paient et qui n'ont pas accès aux échappatoires. En somme, pour les honnêtes citoyens et entrepreneurs.

Vient d'apparaître dans notre viseur Uber, un bel exemple d'évasion fiscale. Curieusement, le siège social de cette entreprise est situé aux Pays-Bas, comme plusieurs compagnies qui font de l'évasion. Les chauffeurs reçoivent leurs maigres chèques de paie des Pays-Bas, imaginez ! J'écris les «maigres» chèques, parce qu'ils sont tous des temps partiels qui ne gagnent pas 30 000 $, donc ne paient pas de TVQ et de TPS. Comme travailleurs autonomes, sans recevoir de TP4 de la compagnie Uber, il y a fort à parier qu'ils ne déclarent pas ces revenus, donc, sans impôts.

Cette compagnie ne verse aucun impôt, ni au Québec, ni au Canada, puisque son siège social est dans un paradis fiscal et que leurs profits sont dirigés vers de multiples paradis fiscaux. Quel intérêt a-t-on de protéger cette entreprise qui prive de revenus des payeurs de taxes honnêtes et des entreprises honnêtes payeuses de taxes.

Quand on sait que Google, le plus grand tricheur d'impôt, est le copropriétaire d'Uber avec une grande banque, on se retrouve avec l'idéologie libertarienne qui semble plaire à plusieurs de nos gouvernants. Qui paiera nos services de santé et d'éducation ? La classe moyenne honnête et les PME honnêtes.

Pourquoi ce silence de nos gouvernants sur ces milliards de dollars qui s'échappent vers les paradis fiscaux ? Où est le courage de nos gouvernements ? L'argent est disponible, mais sous d'autres cieux. Le récupérer signifiera des pays et des citoyens plus à l'aise, où chacun paie sa juste part.

Quand je lis les chiffres ci-haut mentionnés, les cheveux me dressent sur la tête. Nous nageons dans l'amoralité. Comment la légalité peut-elle exister à ce chapitre ? Il ne suffit que de lois pour rendre le tout illégal. Malheureusement, il y aura toujours des banquiers, des fiscalistes, des avocats et des politiciens pour les contourner et perpétuer le système. Comme cela se fait aujourd'hui et se fera demain. Et dire que ces gens dorment sur leurs deux oreilles chaque nuit. Tout comme nos gouvernants qui, eux, dorment sur la switch.

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