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La nostalgie du temps du Dr Marcus Welby

20/07/2014 08:19 EDT | Actualisé 19/09/2014 05:12 EDT

Bien sûr, il faut être de ma génération pour avoir regardé cette série télévisée si populaire : Dr Marcus Welby. L'histoire du médecin de famille disponible se rendant souvent à domicile pour soigner ses patients. Loin d'être du cinéma, je me souviens personnellement d'un pédiatre qui s'est déplacé à notre résidence un samedi soir pour soigner notre bambin, devant des parents affolés.

À cette époque, bien souvent les médecins ne percevaient aucun honoraire pour les familles trop pauvres. Les toubibs de l'époque assumaient au surplus de nombreuses mauvaises créances. La maladie a aussi ruiné bien des familles sans assurances. Nul besoin d'appareils sophistiqués pour leur permettre de diagnostiquer un malaise. Eh oui! Je sais! Les temps ont changé. Il suffit d'avoir vécu les deux extrêmes pour le réaliser.

Depuis la mise sur pied de l'Assurance-maladie du Québec, la profession s'est fonctionnarisée. Les patients souffrants doivent aujourd'hui se rendre au bureau ou à l'hôpital pour rencontrer leurs spécialistes qui sont d'ailleurs assurés du paiement de leurs honoraires par le gouvernement. Et d'une garantie de travail. Nul doute : la compétence des médecins plus scolarisés, les équipements plus sophistiqués, les meilleures connaissances et les découvertes avancées grâce à la recherche enrobent les disciples d'Esculape.

Comment devenir millionnaire ? Une carrière dans le secteur de la santé! Usant d'un rapport de force outrancier, des négociations les ont avantagés au point de représenter un fardeau financier à l'État. Le ministère de la Santé patauge dans un déficit anormal. Les praticiens eux s'enrichissent pendant que la population s'appauvrit allègrement. Et la société se plaint d'un manque d'accessibilité et d'une attente démesurée pour des soins élémentaires. Quel prix doit-on payer pour des services normaux ?

Pendant ce temps, le gouvernement, et particulièrement pour les fonctions importantes, est dirigé par des médecins et des représentants du même secteur. Le premier ministre, le Dr P. Couillard, est un médecin, le ministre de la Santé, le Dr Gaétan Barrette, est un médecin et le ministre de l'Éducation, le Dr Yves Bolduc est aussi un médecin.

Les trois ont participé à des négociations avec leurs confrères. Une situation incestueuse! Sommes-nous face à une confrérie ! Il ne reste qu'au docteur Godin, président des médecins de familles et défenseur émérite du Dr Bolduc, à rallier les rangs des confrères politiciens. Et pourtant, plusieurs médecins en autorité ont déjà démissionné. Par soutien ou par chantage ? Ou par double emploi.

Avec les médecins, on ne parle plus de patients, mais d'argent. L'important salaire à l'acte n'est plus suffisant pour accomplir simplement sa tâche. Il faut y joindre des primes. Pourquoi sont-ce les hauts salariés qui ont besoin d'une carotte pour simplement faire leurs taches. Une situation qui frôle l'indécence. Les tribulations du Dr Bolduc qui font les manchettes ne peuvent que laisser un goût amer à une population dont les revenus sont plus faibles.

Il faut à un député au moins 60 heures par semaine pour accomplir sa tâche. Il doit en plus consacrer ses fins de semaine à son comté et le lundi à son bureau de comté. Ouf! Pour un salaire d'un peu plus de 100 000$. Il faut autant d'heures à un médecin de famille pour desservir environ 1200 patients. Pour un salaire approximatif de plus de 200 000$. Et un bonus de plus de 200 000$ pour devenir le médecin de famille de 1500 nouveaux patients. On se demande comment un toubib député peut accomplir toutes ces tâches en une seule semaine. À moins qu'un revenu de plus de 450 000 $ justifie amplement un travail de bourreau de plus de 120 heures par semaines. Je me questionne sur la qualité du travail accompli. Pauvres patients! Pauvres citoyens du comté! Un travail d'usine!

D'autant plus que ce « docteur » dont il est question a négocié ces conditions à titre de ministre de la Santé. Il a beau défendre cette situation bec et ongles, il démontre qu'il est plus payant d'être un député dans l'opposition qu'un ministre. Quoi de plus naturel pour une population d'être amère. Cette bourde lui trainera à la patte pour des années à venir au point d'être préjudiciable à la tâche qui l'attend.

Vouloir s'enrichir en faisant une entourloupette publique avec l'argent du public reste un geste minable et pas digne d'un serviteur de l'état.

Et que dire de son chef qui a fait des déclarations concernant l'éthique, l'intégrité de nos administrations publiques et la transparence de son gouvernement. En dépit de cela, il soutient un ministre pris en faute morale et permet les invectives personnelles contre les adversaires par l'autre médecin, lui qui promettait aussi d'élever le débat et de ne pas rabaisser les autres par des attaques personnelles. Une situation de crise qui mine son administration à moins qu'il pose des gestes éloquents à la hauteur du chef d'État qu'il souhaite être. Et du médecin intègre!

Comme on peut s'ennuyer parfois du temps du Dr Marcus Welby. Autre temps, autres mœurs.

Lisez d'autres textes de Claude Bérubé en visitant son blogue Leptitvieux.com

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