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La dépendance numérique

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Il me suffit de vivre quelques moments avec mes fils et petits fils pour réaliser que je ne suis pas de la génération du téléphone intelligent. Je suis de la génération pré télévision, celle des dinosaures de l'informatique.

Je vois dans mon voisinage cette euphorie autour de la «plus nouvelle trouvaille» des gourous de la Silicone Valley. Ceux-là mêmes qui savent tout sur nous par l'entremise des appareils qu'ils nous imposent chaque année. Des nouveautés qu'on s'arrache comme des affamés du tiers-monde et qui font perdurer l'intense dépendance à l'égard de ces appareils dits numériques.

Dois-je me sentir déphasé? Je me fous totalement de ces gadgets qui inspirent cette hystérie. Je n'en ressens aucunement le besoin. Je ne suis pas texto. Le téléphone ordinaire me rend bien service pour de belles conversations de vive voix.

Je suis de la génération qui utilise l'ordinateur comme une dactylo améliorée. J'ai même écrit et publié un livre. Aussi comme un moteur de recherche aisé qui transforme les choses du passé en des éléments du présent! Une mémoire sans fond. Un déluge d'informations. J'écris un blogue qui implique beaucoup de recherches. Trois heures et plus par semaine pour un texte de 1000 mots! Je l'emploie aussi comme un instrument épistolaire pour acheminer et recevoir des courriels. Je me contente rarement de 140 mots. Point à la ligne!

Pas de téléphone portable ni intelligent! Je ne suis pas sur Facebook ni sur Twitter et je m'en porte bien! Je ne sais pas avec qui je twitterais de toute façon et pour raconter quoi ? Mon quotidien n'intéresse peu de gens ni leur quotidien d'ailleurs. Les égoportraits ont peu d'attraits. Des milliers de photos qu'on oublie dans le nuage. Les photos? J'utilise ma caméra que pour les voyages.

Pourtant, les invitations à me joindre à la cohorte numérique sont nombreuses et fréquentes. «Ppa, c'est simple et ça peut servir de GPS». «Grand-papa, regarde les photos amusantes que j'ai prises et mes égoportraits.» «Ppa, je peux voir mon compte bancaire ici et maintenant. Je peux y voir mes courriels en tout temps et je peux texter à volonté n'importe où ».

Je ne nie pas que certaines fonctionnalités puissent être attrayantes, mais je m'en passe facilement. Pour eux, le cellulaire, toujours à la main, est un must et ils ne savent plus s'en passer. Voilà la dépendance qui fait ravage. Tout comme l'alcool, la drogue et le sucre. Tout comme la cigarette et le café dont je me suis sorti il y a 40 ans et dont je me félicite. Plus une «puff », plus une ne goûte. «T'es pas sérieux? Tu ne bois pas de café?», me dit-on avec de grands yeux ouverts». Tous des esclavages dont on se sent mieux après avoir vaincu l'emprise. Je me tiens loin des dépendances. Bravo à ceux qui gardent le contrôle. Ils sont tristement rares à s'exclure d'un excès de dopamine.

Nous sommes devant l'ampleur d'une révolution qui donne le vertige, l'étourdissement de la vie numérique.


Je n'ai jamais vu autant de monde regarder par terre. Sur le trottoir. Dans les parcs. Au restaurant. À l'aéroport. Même au cinéma. Dans un rassemblement, on ne se regarde plus dans les yeux. Un texto peut générer plusieurs réponses et questions auxquelles il faut répondre comme une pluie qui inonde le temps qui devrait être libre. Cela me rappelle, au temps de ma jeunesse, les prêtres qui lisaient leur bréviaire quotidien bien en main en marchant sur la galerie du presbytère.

Pour bien opérer ces gadgets et se souvenir de toutes les fonctions, il faut les utiliser à profusion. Ce que réussissent les accros de ces appareils. Une étude de 2015 démontrait que les participants utilisaient quotidiennement leurs téléphones intelligents à 85 occasions d'environ 30 secondes pour un total de 5 heures par jour.

Je lisais récemment le texte intéressant d'un ex-esclave de l'ordinateur. C'était un journaliste et blogueur impénitent qui passait des heures et des heures devant son clavier et ses gadgets. Sept jours sur sept. 10 heures et plus par jour. Constamment à l'affût. À tel point que sa santé en fut affectée. Ce qui l'invita à diminuer, sinon à se soustraire à cette dépendance. Avant, il vivait dans le déni. Incapable d'y arriver jusqu'à ce qu'il entreprenne une retraite de silence complet d'une durée de sept semaines dans une maison spécialisée.

Silence complet, 24 heures par jour. Personne ne se parle, on ne se regarde plus. Noble silence, comme disent les bouddhistes. Il écrit encore qu'il a médité en marchant lentement, parfois dans le bois et a mangé en silence. Quelques sessions de conférences sur la pleine conscience. Après quatre jours, il vécut la souffrance de la désintoxication comme un drogué. Il était en manque. Puis la souffrance se calma et il commença à apprécier ce silence. Il découvrit le chant des oiseaux et autres choses qu'il ne remarquait plus. Après sept semaines, il était désintoxiqué.

Il reprit certaines fonctions de journalisme à temps partiel. Il prit du temps pour lui-même et pour les autres. Il découvrit qu'il pouvait dorénavant se concentrer sur un livre pendant une soirée et même une journée sans avoir le besoin de consulter son téléphone intelligent. Il soulignait que les gourous de la nouvelle technologie, tout comme ceux de la bière et du tabac, accaparent les dépendants afin qu'ils ne lâchent pas.

Cette histoire démontre l'intensité de cette dépendance et combien il est difficile de s'en guérir. Sans faire l'apologie de l'abstinence, je sais qu'un jour je devrai faire un autre pas plus avant vers cette technologie numérique si je veux rester branché.

Lisez d'autres textes de Claude Bérubé en visitant son blogue Leptitvieux.com

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