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Il est plus facile de partir que de revenir

27/04/2014 09:06 EDT | Actualisé 27/06/2014 05:12 EDT

Le choc du retour est le symptôme perceptible du retour en terre natale de tous les expatriés. Jamais facile, mais sournois, ce choc apparaît le plus souvent sous différentes formes.

Comme pour le soldat qui revient d'une expédition d'un an. Comme pour le travailleur qui s'expatrie dans ses fonctions. Comme pour ce jeune qui parcourt le monde avec son sac à dos. Comme pour cette femme qui ira rejoindre un conjoint dans une ville ailleurs. Comme pour l'équipage du Sedna après une absence de plus d'un an. Comme ce fut mon cas et celui de mon épouse après une aventure de huit ans sur notre voilier.

Non seulement faut-il parler du choc du retour, mais aussi du choc culturel de l'arrivée en terre inconnue, sans aucun repère, au milieu de gens aux us et coutumes si différents, assailli par des rites et une nourriture aux antipodes des nôtres. L'élémentaire bienséance consiste à séduire ses hôtes pour faire tomber toute la xénophobie latente et toute méfiance à notre intrusion. Puis s'intégrer aux fêtes populaires et autres. Surtout partager et parler de la bouffe : le grand sujet rassembleur !

L'effort de parler la langue du pays, du moins la baragouiner ajoute à l'accueil. L'exotisme qui entoure la nouvelle destination tient lieu de catalyseur et devient un outil à notre intégration.

Aucune attente de notre part, sinon celle de la découverte de ce nouveau pays, fort de notre propre identité.

D'un autre côté, parce qu'il y a l'attente de retrouver sur le seuil de la porte ses pantoufles qui n'y sont plus, le retour déstabilise et cause un malaise souvent incompris chez l'enfant prodigue.

Comment expliquer le taux élevé de divorce chez nos militaires qui reviennent ? Cette vie de violence et de mortalité, de peur et de souffrance ne peut qu'avoir marqué le soldat, qui trouvera que des balivernes dans les retrouvailles. Personne ne peut le comprendre.

Comment élucider l'impression de tourner en rond et le manque de productivité du travailleur qui réintègre son foyer ? La concentration sur son travail est déficiente. La culture étrangère s'est incrustée dans sa tête.

Comment justifier la déception qui se lit sur le visage du jeune qui revient d'un tour du monde ? Il trouve que la vie d'ici ne lui offre si peu d'excitation. Il cherche la même curiosité chez ceux qu'il a quittés. Quelle déception chez celui ou celle dont chaque journée se passait hors de sa zone de confort ! La débrouillardise donnait à ses expériences une valorisation. Il ne pense qu'à repartir.

Comment comprendre que l'équipage du Sedna a vu la fin de tous les couples aux retrouvailles ? Comme pour le militaire, l'intensité de chaque journée ne correspondra plus avec la famille à la maison. Même le psychologue à bord en a subi également les contrecoups.

Comment expliquer l'arrimage avec mon pays qui ne fut pas une réussite à court terme. Idem pour mon épouse. Ô combien j'ai tourné en rond ! Vivant un malaise incompris ! Le choc donna une baffe à mon identité.

Je ne me sentais plus appartenir à ce nouveau pays qui devenait une escale de plus. Un bouleversement important dans ma vie. Le syndrome de la pantoufle sur le seuil la porte !

Pendant les huit années de mon absence, tant de choses ont changé. Une photo captée avant mon départ ne ressemble en rien à celle prise au retour.

Le pays a changé. Moi aussi. J'ai dû m'adapter à une trentaine de pays. Mes intérêts ont pris une tangente différente. Mes amis sont toujours là, mais ma place dans le groupe a été prise par quelqu'un d'autre. Eux aussi ont évolué dans une trajectoire différente de la mienne. On ne peut quitter ses proches sans provoquer un bris, une fracture.

Une révolution électronique s'était abattue sur le Québec et avait changé la donne. Le téléphone cellulaire pointait seulement le nez au départ.

Au retour, tous avaient leur cellulaire à l'oreille, même le fiston à la maternelle. Les acteurs à la télévision n'étaient plus les mêmes. C'est quoi Star Académie dont tout le monde parle ? Le yogourt à 1,25$ valait 4$.

La référence des prix, augmentés à une hauteur de trois à quatre fois, m'a déstabilisé. Il y eut un black-out. Un trou de huit ans pendant lequel le pays et ses valeurs se sont métamorphosés. Un malaise, un inconfort, une crise d'identité pour le revenant. Pourtant gonflé d'aventures, d'expériences à raconter.

Prendre le problème à bras le corps s'est imposé. Une cure d'années !

Refaire le chemin de l'Histoire de mon pays depuis mon enfance pour me l'approprier à nouveau. La revivre. Puis faire le pont entre les deux rives du trou en comprenant toutes les facettes de l'évolution survenue dans cette brèche. Un travail de titan pour le réussir.

Aujourd'hui, des psychologues se spécialisent dans le phénomène. Des entreprises proposent des programmes d'aide. Même l'Armée est prise à partie pour ses soldats laissés à eux-mêmes.

Je comprends le soldat, le travailleur, le jeune voyageur, l'épouse qui ont tous vécu le choc du retour, car... il plus facile de partir que de revenir.

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