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Les élections sans opposants sont les ennemies de la démocratie

08/08/2013 12:29 EDT | Actualisé 07/10/2013 05:12 EDT

Les élections par acclamation se profilent comme les ennemis de la démocratie. Sans opposition, elles privent le citoyen de son droit élémentaire de voter. La démocratie dépasse largement les considérations d'un seul vote, mais sans ce vote, la démocratie n'existe pas. Sans au moins deux opposants qui offrent un choix aux électeurs, le vote est absent. Un grand danger pour notre liberté lorsqu'il survient à une large échelle comme au Québec.

Lors des dernières élections municipales au Québec, 56% des conseillers et maires (4532, incluant 605 maires) ont gagné leurs postes sans une seule opposition. Seulement 44% (3478) ont été élus à la suite d'un vrai scrutin (sur un total de 8010 postes dans 1100 municipalités. La participation au vote fut alors de 44% au Québec, tandis qu'elle était de 81% en Ontario, de 92% en Colombie-Britannique et de 75 % au Nouveau-Brunswick. Dans la MRC de Drummond, une participation globale de 50% incluait 13 municipalités par acclamation. Au Québec, à ces chiffres s'ajoute un nombre important de postes non comblés. Y a-t-il un problème particulier au Québec?

Pendant que la planète est en feu et à sang pour gagner une parcelle de démocratie et un droit de vote honnête, pourquoi y a-t-il une morosité au Québec, et non dans le reste du Canada? Comment expliquer ce manque d'intérêt pour la scène municipale, surtout dans les petites municipalités comme les 13 de la MRC de Drummond. Il y a péril en la demeure. La gouvernance municipale a-t-elle encore sa raison d'être? Deviendront-elles de nouvelles commissions scolaires? Sans intérêt pour leur mode électoral? Le peu de postes à vraiment élire réduit obligatoirement le nombre de votants en les privant de voter.

Quand l'actualité nous apprend toutes les tractations secrètes qui se trament pour inciter les candidats adversaires à se retirer. Quand on sait tous les efforts consentis pour conserver un profil bas et ainsi ne pas réveiller ne serait-ce qu'un simple intérêt envers le pouvoir. Les élus sans opposition se pourlèchent les babines de satisfaction. Ignorant qu'ils sont - parfois à leur insu, parfois par manigances - des acteurs de la désaffection du peuple face à la démocratie, que l'on fait mourir à petit feu.

Je revendique le droit de voter à St-Cyrille-de-Wendover, ma municipalité. À la dernière élection, le manque d'opposition m'a privé de mon droit fondamental. Un silence. Même le maire actuel n'a jamais fait connaitre son intention de se présenter. On ne savait pas qu'on avait un nouveau maire au lendemain et même longtemps après. En fait, hormis un seul conseiller, tous furent élus par acclamation. Ce seul conseiller a connu une victoire de 12 votes dans un district où seulement 132 citoyens se sont rendus à la boite de votation. Un résultat faible, mais au moins ces citoyens pouvaient voter pour le conseiller, mais pas le maire.

Et ce n'est pas la dizaine de citoyens habitués qui assistent aux séances du conseil qui témoignent de la participation active de la population. Un conseil sans déclaration publique, au profil très bas, dont la transparence se limite aux petites annonces légales dans un journal. La grande majorité des citoyens de ma municipalité ignore toujours un investissement de 4 millions de dollars pour la transformation des boues. L'équivalent du budget. Ils ignorent aussi que les conseillers ont une nouvelle allocation pour la participation aux comités. Que le maire a droit à une indemnité de départ. Qu'un conseiller a obtenu le contrat exclusif de la vidange des fosses septiques. Etc., etc.

Tout est légal, mais la population ignore ces faits simplement par un manque de transparence, qui est la base de toute démocratie. Et par manque d'action efficace de ce conseil, la solution au problème de l'eau potable traine d'une élection à l'autre. Et ne provoque aucunement une saine contestation.

Ce n'est pas en gardant un profil bas qu'on intéresse une population à la chose municipale, mais c'est un excellent truc qui assure une réélection par acclamation.

Peut-on blâmer ces candidats sans opposition. La population en est la principale responsable. Sans cette volonté de se dévouer pour les affaires municipales (le gouvernement le plus proche du citoyen), la démocratie restera sur sa faim.

Pourquoi si peu de gens présentent une candidature? Les Québécois sont-ils plus frileux? Par fierté, craignent-ils de perdre une élection? Considèrent-ils une fonction élective comme un fardeau? Pourquoi, surtout au Québec?

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Quand la commission Charbonneau nous dévoile la magouille qui se triture dans tellement de municipalités, nous avons la preuve que la pénurie de citoyens honnêtes disponibles laisse la porte grande ouverte à l'infiltration des malhonnêtes. On a vu aussi les interventions pour décourager les opposants, car les élections par acclamation sont la clé pour faire entrer la malveillance à l'Hôtel de Ville.

«Aux armes, citoyens, sauvons la démocratie», pour parapher une chanson. Nous sommes en août et les élections se tiendront en novembre. Profitons de l'été pour s'organiser et donner une chance à la démocratie.

Lisez d'autres textes de Claude Bérubé en visitant son blogue Leptitvieux.com

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