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Scolariser les jeunes avant de soigner les vieux?

11/11/2016 06:28 EST | Actualisé 11/11/2016 09:26 EST

Comme toujours, nous émettons facilement des doutes sur les divers sondages, ou du moins sur leur méthodologie. Dans le plus récent numéro de L'actualité, on y dévoile le résultat d'un sondage Léger portant sur l'éducation et le vieillissement. On y apprend que 7 Québécois sur 10 «préfèrent voir le Québec s'occuper de l'éducation plutôt que de la qualité de vie des aînés»! Soit 57% contre 27%!

Le texte souligne que c'est un changement majeur au Québec sur un sondage précédent. Une nouvelle qui fait dresser le peu de cheveux sur la tête d'un vieux qui clame l'intérêt insuffisant que portent les gouvernements à la qualité de vie des vieux. Je souhaite que nos élus ne s'attardent pas à ce constat qui me laisse perplexe.

Sans vouloir contester le sondage, je souligne l'étrangeté d'une mesure. Sous le titre «Scolariser les jeunes avant de soigner les vieux», la question suivante suit: «Si le Québec devait choisir entre s'occuper en priorité de l'éducation de la population ou de la qualité de vie des aînés, que devrait-il faire? Prioriser l'éducation ou la qualité de vie des ainés?»

Total : 57% éducation, 27% aînés

18-24 ans: 73% éducation, 20% aînés

25-34 ans: 70% éducation, 16% aînés

35-44 ans: 70% éducation, 15% aînés

45-54 ans: 46% éducation, 43% aînés

55-64 ans: 40% éducation, 39% aînés

65 ans et plus: 53% éducation, 34% aînés

Sur les 1 000 personnes interrogées, le tableau indique la moyenne totale suivante: 57% pour l'éducation et 27% pour la qualité de vie des vieux. Ce qui me désole, mais ne me surprend pas!

En consultant la répartition du tableau, je remarque que les trois segments qui regroupent les plus jeunes de 18 ans à 45 ans donnent des résultats de 73% à 70% pour l'éducation tandis que la qualité de vie des aînés oscille entre 15% et 20%. Nulle surprise puisque cette frange des répondants considèrent leurs intérêts et leur avenir. Les jeunes parents y voient l'avenir de leurs enfants.

Cette marge se rétrécit dans le segment des 40 à 54 ans, soit 46% à 33 %, un écart plus mince mais presque égal. Déjà, on voit la vieillesse poindre à l'horizon. On s'y considère comme adulte selon le sondage.

Le segment suivant soit celui des 55 ans à 64 ans donne le résultat suivant: 40% à 39% pour l'un et l'autre. Une presque égalité pour l'éducation et la qualité de vie des aînés. On y célèbre autant l'éducation qu'une qualité de vie pour la vieillesse qui est à leur porte.

Là où le bât blesse, c'est dans le dernier segment, soit celui des 65 ans et plus, la case de la vieillesse qui est la mienne. Le score est le suivant: 53% à 34%. Wow! Faut-il croire que les aînés sont masochistes alors qu'ils se situent dans le segment qui inclut les plus pauvres, pour lesquels la qualité de vie est primordiale et souvent absente? La vie s'allonge dans le segment de la vieillesse et la mauvaise qualité de la vie peut être longue, surtout dans un CHSLD. Ils s'en inquiètent.

Ou est-ce que les répondants au sondage font partie majoritairement de la classe des retraités à l'aise de la grande entreprise ou du gouvernement, ceux qui peuvent se payer la qualité de la vie? Ils font partie de l'important groupe qui peut se payer les voyages, les restaurants, etc.

Que seulement 34% des aînés de 65 ans et plus vouent une priorité à leur qualité de vie me semble absurde. Je crois que le sondage aurait du donner au moins un 50%-50%, sinon un léger avantage à la qualité dont il est question: beaucoup plus près des 54-65 ans.

La moyenne des trois derniers segments aurait été plus probable: 50-50%.

Les jeunes ne connaissent pas la vieillesse et n'y accordent que peu d'intérêt. Ce qui est normal. Le sondage le démontre. Un jour, ils la côtoieront. Mais les vieux ont côtoyé la jeunesse et les études dont ils ont bénéficié ou été privé. Les vieux ont la sagesse de regarder la société davantage dans son ensemble puisqu'ils l'ont vécue. Ils savent que toute société doit s'éduquer pour grandir. C'est pourquoi le sondage aurait dû accorder à l'éducation une place importante, mais une place égale à la qualité de vie des vieux, dont il s'agit d'une préoccupation primordiale. Avec un volet sur la santé, les résultats auraient complété le triumvirat car une égalité correspondrait à une plus juste réalité chez les aînés.

Pour les vieux, cette qualité de vie implique aussi la santé, dont il n'est pas fait mention dans ce tableau ci-haut. 34%? Quelque chose cloche dans ce sondage. Scolariser les jeunes 57% et soigner les vieux 27%.

Lisez d'autres textes de Claude Bérubé en visitant son blogue Leptitvieux.com

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