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Une vie de flic

10/08/2013 10:04 EDT | Actualisé 01/01/2014 01:01 EST

Depuis quelques semaines, plusieurs blogues, billets et commentaires portent sur la bêtise des policiers, la protection dont ils bénéficient lors d'enquêtes sur des incidents mortels, sur des comportements agressifs ou disgracieux, sur leur manque de jugement et leur manque d'empathie.

Il y a dans cette province, plus de 15 000 policiers, œuvrant dans les grandes et moins grandes agglomérations. Alors, partons du fait qu'ils ne sont que des êtres humains, des êtres qui nous ressemblent, avec des qualités et des défauts tout comme nous. Ils ont une vie comme la nôtre, une vie avec des hauts et des bas. Pensez que dans cette société, il y a une moyenne de 15% de délinquants, dont un noyau de 5% constituant les pires criminels. Maintenant, soyons optimistes et disons-nous qu'après tous les tests et enquêtes pour devenir policier, il en passe 3% au lieu de 15%, il va encore y en avoir suffisamment pour ternir la réputation de tous les autres. Rien ne peut garantir l'honnêteté ou la fiabilité, pas même et surtout pas un salaire.

Un policier ne doit jamais perdre patience, il est payé pour ça? Pensez que lorsque vous êtes au travail et que vous êtes payés pour ça, combien de choses pourrait-on vous reprocher? Comme si un salaire devenait un cachet à prendre le matin, la petite pilule bonheur, un rempart contre la stupidité ou la déprime.

Un flic se promène avec un pistolet, pas un tournevis. Si par malheur, il lui arrive de tirer sur quelqu'un, croyez-vous qu'il jubile? Deux de mes confrères ont fait des dépressions majeures suite à la mort d'hommes qui étaient pourtant des dealers ou des voleurs. Un de ces policiers à fait deux tentatives de suicide. Personne ne veut avoir la mort d'un autre sur la conscience. Mais dans ce job, on ne te demande pas ton avis. Tu es jugé sévèrement par des gens qui auraient fait ceci ou cela, tout en ne connaissant rien des événements.

Lors des derniers événements de Montréal Nord, on m'a demandé d'être à une table de concertation. J'ai eu droit à «policier raciste», «petit blanc», «tueur d'enfants» et quand j'ai eu le malheur de dire: «Je n'ai pas vu de pancartes demandant aux gangs de rue de cesser de tuer des gens», tout ce beau monde a cessé de me parler. Pourtant, le compte des deux dernières années dépasse largement le total des méchants flics depuis 1987.

Un flic n'est qu'un être humain, mais il figure parmi le plus haut taux de gens divorcés de notre société, sa moyenne de survie est de plus ou moins 60 ans et le taux de suicide reste encore le plus élevé des corps de métier.

De quoi parle-t-on à un flic lors de soirées mondaines? Cherchez un peu... Qui n'a pas questionné un ami, un beau-frère, un cousin flic. Disons juste une question et il y a 20 personnes dans l'entourage. Devinez combien de questions aura-t-il à répondre?

À Montréal, quand vous regarderez un flic dans la quarantaine, pensez qu'il a vu au moins une centaine de morts dans sa carrière. Des meurtres, des suicides, des accidents, des malades en fin de vie. Qu'il a eu à s'occuper de dizaines de victimes sur qui on a tiré, qu'on a poignardé, agressé sexuellement, des enfants comme des vieilles dames battues. Qu'il a été confronté à des tentatives de suicide de toutes sortes. Que l'on a pointé une arme en sa direction au moins trois fois en 20 ans. Qu'il a dû se battre avec des hommes ivres, drogués ou tout simplement en colère. Qu'il a eu à trancher des cas litigieux et souvent faire face à la déontologie pour l'avoir fait. Qu'il a reçu un nombre impressionnant de quolibets plus ou moins drôles, des bouteilles, des pierres, de la peinture et j'en passe. Souvenez-vous de Deux Gains-burger et de l'eau, un classique des années 70.

Oui, il est payé pour ça! Payé pour se jeter à l'eau dans une tentative de suicide, escalader une rampe sur un pont, sortir un cadavre de dessous un wagon de métro ou laissé mort depuis des semaines, d'assister à des attentats, ramasser une jambe et regarder la cervelle du gars se répandre. Et pire, d'annoncer à des parents la mort d'un enfant. Combien voulez-vous être payé pour ça?

Oui, ces flics font eux aussi des erreurs, ils sont comme nous tous, des humains. Et si vous pensez qu'on les a préparés à tout ça, j'admire votre grande naïveté.

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