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Une rencontre remplie de dangers

07/06/2014 09:05 EDT | Actualisé 07/08/2014 05:12 EDT

J'aimerais rendre un hommage particulier aux policiers décédés et ceux qui ont été blessés à Moncton. La vie de policier est remplie d'incertitudes, parmi celles-ci, des tragédies comme cette folie meurtrière. À tous et toutes, mes sincères condoléances.


1976. Parfois, la vie, ne tiens qu'à un fil. Je vais vous raconter comment, par un joli matin de juin, mon partenaire et moi avons failli y laisser notre peau.

Il commençait à peine à faire chaud. Le flot habituel des voitures se tarissait lentement et nous attendions que la meute passe. Nous allions entamer notre deuxième café quand le répartiteur nous donna un appel de système d'alarme de banque, celui du hold-up. Comme nous étions assez proches, nous arrivions bien sûr les premiers.

Comme d'habitude, Daniel, mon partenaire à spring, est déjà devant la porte. Moi, je lui fais signe, tasses-toi crétin! S'il n'est pas mort ce gars là, ce n'est pas de sa faute. Le 33-5 arrivant en renfort et voyant les jeunes caissières en train de se parler, j'ouvre... Non, la porte est barrée. Alors je regarde à nouveau et tape dans la vitre du plat de la main. Une des jeunes femmes se dirige vers moi et débarre la porte.

- Vous avez barré la porte ?

- Oui, après un vol c'est la politique.

Comme si le voleur allait revenir en disant :

- J'ai oublié le dernier coffre ou j'ai oublié mes gants.

Le temps qu'elle ouvre et qu'on sache ce qui se passe, les voleurs sont loin. C'est rare qu'ils nous attendent sur le coin de la rue.

Comme l'appel appartient au 33-5, Daniel et moi retournons aux nôtres. Nous n'avons pas fait un coin de rue que Robert, le concierge en camisole un peu sale, nous intercepte. Le gros bonhomme nous raconte qu'un couple dort dans un des logis et qu'ils n'ont pas d'affaire là.

- Bon... On va aller voir.

Nous avisons le répartiteur et suivons Robert. Quelques marches et un passage plus tard, nous nous retrouvons devant un gars et une fille, couchés sur ce qui reste d'un vieux sofa sale, tout troué. La fille est nue et plutôt décharnée, le gars est en pantalon, les cheveux longs et sales. Ils semblent dans la jeune vingtaine et complètement défoncés. Dans la chambre règne une odeur de « pas lavé » depuis des jours. Une boite de pizza, des croutes sèches et quelques bouteilles renversées sont étalées sur le plancher.

- C'est eux autres.

Robert se rince l'œil, pas tous les jours qu'une nénette de 20 ans montre ses charmes, même s'ils sont un peu défraîchis.

Je pousse les deux corps. La jeune femme me regarde d'un air perdu de fille qui a dû fumer un sac complet de joints. Je l'aide à se relever et à enfiler sa petite culotte, car elle tombe à répétition.

De l'autre côté du sofa, le jeune râle un peu, tout en s'habillant. À un certain moment, il se penche pour fouiller sous le sofa et Daniel trouve ça étonnant.

- J'cherche mes cigarettes.

Daniel ne le croit pas et donne un coup de pied sur le rebord du sofa. Du coup, il voit le jeune ressortir avec une carabine militaire M1 entre les mains. Le genre qui tire 30 balles en 3 secondes.

- Claude!

Sans y penser, je m'élance sur le bonhomme. S'en suit une furieuse bagarre pour la possession du fusil. C'est à ce moment que mon arme décide de tomber de mon étui. Daniel ne bouge pas, il fixe avec étonnement la bagarre. Finalement, c'est Robert le concierge qui s'empare de mon revolver, me regardant bêtement sans savoir quoi en faire.

Pendant ce temps, le jeune et moi roulons par terre, se tapant dessus à qui mieux, mieux. Je réussis finalement à lui arracher l'arme des mains, lui balançant un direct du droit à m'en péter les jointures. Le voilà sur le cul, bien assommé.

Toujours sous le coup de l'adrénaline, je ramasse la carabine qui contient 20 balles pouvant nous mettre en charpie. Je ne suis pas encore calmé quand je traîne vers la toilette mon matamore saignant du nez, pour lui laver le visage. J'ai tellement de colère que je lui enfonce durement la tête dans le bol de toilette. Je sais, ce n'est pas gentil, pas très humain, mais là, bêtement comme ça, je vous dirai que ça m'a fait beaucoup de bien.

Rendu au comptoir du poste, René, un sergent détective, nous observe avec le kid et son arme. Il lance:

- Ça fait longtemps qu'on le voulait lui.

- Ben, tu le cherchais, le v'la !

C'est drôle. Maintenant que tout est terminé, je ressens un fort goût ferreux envahir ma bouche. Peut-être parce que j'ai eu bien peur. C'est aussi ça la police.

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