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Un gars qui cherche le trouble... le trouve!

11/07/2014 11:38 EDT | Actualisé 10/09/2014 05:12 EDT

1974. Nous étions encore de nuit et comme d'habitude ça bardait au centre-ville. On en était à notre deuxième visite au poste avec un détenu. Celui-ci avait décidé de nous essayer. Il avait tenté de jouer au matamore devant ses chums. Il ne pensait pas que le gars en uniforme devant lui pourrait lui faire mordre la poussière et égratigner son beau manteau de cuir.

Maintenant, il est là, à attendre à mes côtés que son tour arrive pour l'enregistrement. Il faut dire qu'au poste 33, il y a régulièrement une file d'attente pour les détenus. Le pauvre gars regrette son emportement et aimerait bien négocier, il est même prêt à nous payer si on veut bien le laisser filer.

- Un peu tard hein ?

-B en... j'voulais pas vous faire chier.

- Ben, c'est drôle, tu l'as fait pareil!

- J'vous ai-tu fait mal?

- Non.

En fait, j'ai juste aggravé mon entorse au poignet, un coup de bâton de la veille. Une femme, mais toute une femme. Nous étions au beau milieu d'une bataille entre plusieurs lesbiennes, au chic café Pont de Paris sur la rue Saint-André. Moi, le galant homme, je tentais de calmer les furies. J'y ai perdu une montre et des verres fumés. Pire, une des filles, un monstre de 100 kilos ayant ramassé un morceau de bois, avait décidé de m'en donner un coup sur le poignet droit. Maudit que ça fait mal! Alors ce soir, ma patience ressemble un savon usagé, assez mince.

40 minutes plus tard, le gars est en cellule discutant avec un autre poivrot et nous voilà de retour sur le macadam. On dirait que pour un moment, la ville se calme. Peut-être que le monde a besoin de reprendre son souffle.

Yves, mon joyeux partenaire à moustache, décide de passer par la Catherine. Les filles qui y travaillent nous font des petits signes d'amitié. Comme à son habitude, Janis vient nous jaser un peu. Ce gars est peut-être la plus belle des filles que je connaisse. Sauf peut-être pour Lucie, Diane et Louise qui sont de vraies filles. Mais comme transsexuel, Janis est une des tops. Rares sont les hommes qui s'en sont aperçu avant de... Même que mon sergent, Edgar le tata, l'a frenché en lui tâtant les seins. Maudit qu'il m'a haï ce gars-là. Il voulait avoir Janis, je lui ai présenté Janis. Pas ma faute s'il n'a pas allumé.

Finalement, on se retrouve encore une fois sur la Main. Yves conduit lentement en sirotant un éternel café. Le quart de nuit est pénible pour lui. Au coin de la rue de De La Gauchetière, nous regardons un groupe de jeune courant après un bonhomme détalant comme un lapin. Yves dépasse tout ce beau monde et arrive à la hauteur du gars. À notre vue, le jeune homme tout tremblant lève les mains dans les airs puis saute à l'arrière de notre voiture. Le troupeau qui le poursuit nous crie d'une seule voix.

- C'est lui l'assassin, l'autre va mourir !

- De quoi vous parlez?

Une grosse masse de suif asexuée tente de nous expliquer entre deux halètements que notre méchant bonhomme a tenté de tuer un autre gars qui baigne dans son sang, à l'intérieur du club St John.

Tout de suite, je demande des renforts. En fait, au bruit des sirènes, ils arrivaient de toute façon. Quelqu'un du club a sûrement téléphoné. Mon suspect est dans l'auto et ne veut surtout pas en sortir. Je me précipite à l'intérieur du club le plus merdique de la Main pour me retrouver face à un blessé que je connais de longue date. Une petite crapule, qui vise à en devenir une plus grande. L'homme aime bien baver et détrousser les clients. Cette fois, c'est lui qui se retrouve par terre maculé de sang.

- Ça fait mal...

- Ouais... Mais t'es pas mort!

Finalement, l'ambulance arrive et il est transporté à l'hôpital. Pendant ce temps, avec les autres policiers, nous fouillons la place pour retrouver l'arme. Comme on ne peut la retracer, c'est notre suspect qui nous y amène. Le pauvre gars n'a pas de dossier, un gars tranquille, un gars de la campagne, qui n'avait pas la moindre idée, quand on lui a dit d'aller sur la Main pour s'amuser, que ça finirait comme ça! Une autre voiture le transporte au poste et pour nous... direction l'hôpital.

À l'urgence de St-Luc, le malfrat commence à m'insulter. Je réplique durement.

- Ton gars a raté une belle occasion de nettoyer la Main, faudrait lui donner une médaille.

L'infirmière vient s'en mêler.

- Cet homme est un être humain, il est blessé et vous devriez avoir honte de lui parler ainsi.

- Alors, ton être humain, je te le laisse.

Je n'avais pas envie de continuer la discussion. Comment lui dire que son être humain n'était qu'une merde? Un gars profitant des filles, des vieux et des paumés. Un suceur de sang, sans foi ni loi. Il me restait une partie de nuit à terminer, je serais plus utile sur la route. Cette jolie infirmière ne me pardonnera jamais. Nous aurons quelques prises de bec... Pas d'atomes crochus, j'imagine.

Quelques semaines plus tard, ce jeune bandit disparaîtra de la circulation. La SQ le retrouvera couché sous une épaisse couche de terre. Il avait bavé les mauvaises personnes, des motards. Il cherchait le trouble et l'avait trouvé!

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