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Le putois violeur

02/08/2014 10:48 EDT | Actualisé 02/10/2014 05:12 EDT

Juin 1984. Une jeune femme se promène dans le parc Jarry, elle sort de la piscine. Un homme noir dégageant une forte odeur d'urée s'approche d'elle et l'agrippe violemment. La jeune femme se débat, mais le violeur est décidé, il pousse sa victime dans les fourrés et l'agresse. Le tout dure moins de 20 minutes puis l'homme s'esquive rapidement.

Encore sous le choc, la jeune femme se rend au poste où les policiers prennent sa plainte, vont à l'hôpital et font le nécessaire habituel.

Le lendemain, le gros Georges glisse la plainte sur mon bureau. Rapidement, je prends rendez-vous avec la jeune femme qui me raconte l'histoire.

- Il puait, le bâtard!

Après quelques minutes de discussion, je décide de l'emmener à l'identité judiciaire. Lucie, c'est le nom de ma victime, ne réussit pas à identifier son agresseur. Je la ramène et lui tends ma carte, lui enjoignant d'appeler immédiatement si elle se retrouve confrontée avec son agresseur.

Une fois au poste, je demande aux policiers du secteur d'être vigilants et d'ouvrir l'œil. Dans mes moments calmes, j'arpente les allées du parc. On ne sait jamais.

Trois jours plus tard, dans l'après-midi, la jeune femme retourne à la piscine du parc Jarry, elle sort de l'eau et s'étend sur le ciment. Quand elle lève les yeux, un homme accolé à la clôture la dévisage. Le violeur! Au bord de la panique, elle se lève et appelle le 911. Quelques minutes plus tard, l'homme est retrouvé caché dans les haies entourant l'entrée de la piscine.

À mon arrivée au bureau, le violeur est en cellules. Juste à l'odeur, je sais que c'est notre homme. Je dois me pincer le nez tant la puanteur est insupportable. Pourtant, j'en ai l'habitude, mais là, il bat des records...

- Mais tu ne te laves jamais toi?

Quelques mots me suffisent pour comprendre son état mental. L'homme me lance des phrases comme...

- Je suis Dieu et toutes les femelles veulent mon corps.

Je n'ai pas envie de répondre et ça ne servirait à rien.

Finalement, tard dans la soirée, Lucie vient identifier le suspect sur une parade d'identification. Elle qui semble malgré tout forte et au-dessus de tout ça, en ressort tremblante, apeurée, presque démolie.

- Je n'aurais jamais pensé être aussi bouleversée. Il fait peur ce câlisse-là!

Quelques semaines plus tard, le violeur plaide coupable.

Deux années se passent et me voilà de retour dans Notre-Dame-de-Grâce. Une désagréable impression s'empare de moi, lorsque je lis un rapport d'agression sexuelle. «Un homme noir qui sent à plein nez. »

Je convoque immédiatement la victime qui reconnait la photo du suspect. C'est avec hargne que je reprends la traque et en moins de 24 heures, il se retrouve dans mes cellules. Même discours, mêmes effluves. L'homme putois est devant moi.

Cette fois, je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour que l'homme demeure en prison. Il finira à l'institut Pinel. Mais à la fin de l'enquête, six jeunes femmes auront payé le prix fort pour cette incarcération définitive.

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