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L'arme, le policier, le gabarit et l'attitude

05/10/2013 09:48 EDT | Actualisé 05/12/2013 05:12 EST

Ayant été policier pendant 32 ans, j'ai été à même de constater l'évolution des armes de service au département de police du SPVM. Plusieurs questions se posent: Un 9mm est-il l'arme désignée pour un service de police? Si oui, les policiers ont-ils un entraînement adéquat? Les policiers possédant maintenant un plus petit gabarit, se sentent-ils menacés, ont-ils une crainte artificielle faite de fausses croyances?

Les années 60. Les policiers transportaient un Colt38 avec une cartouche tire-pois. Il n'était pas rare qu'une de ses cartouches ne puisse traverser un manteau de cuir. Par contre, les flics de l'époque étaient plus costauds et se servaient souvent d'astuces pour régler des situations dangereuses. S'il fallait se servir de l'arme, il y avait 6 coups et comme le disait si bien les vieux: «Si tu ne l'as pas atteint avec six coups, c'est que tu n'avais pas à tirer.»

Les années 70. Le Smith & Weston est apparu. Plus puissant, mais pas trop quand même, les cartouches semi-chemisées sous-calibrées, étant efficaces lors de tirs de courte et moyenne portée, l'arme est idéale dans un environnement restreint. «Force de frappe». Suite à l'affaire Griffith, ces revolvers furent rendus plus sécuritaires en interdisant «la simple action». Le département fit limer le chien de l'arme *

Les années 90. Nous avons vu apparaître le 357magnum, arme puissante et peut-être un peu encombrante. Les cartouches voyageant plus vite et possédant un pouvoir de pénétration bien plus important. Comme tous les autres revolvers, l'arme n'a que six coups.

Avec les années 2000, arrive le 9mm possédant un pouvoir de pénétration accru et un chargeur de 16 cartouches voyageant à une vitesse fulgurante, ce qui rend l'utilisation plus aléatoire.

Changement de cap

L'Idée première du département de police a toujours été: stopper la personne devant nous, en évitant de la tuer. Une vitesse moins rapide permettant à la cartouche de frapper un os et de s'arrêter. L'idée étant que la douleur réprime toute idée de bagarre ou de fuite. La personne frappée sent bien la balle demeurée logée.

La cartouche du 38, voyage à environ 253m seconde. Assez puissante pour pénétrer un corps, elle a tendance à s'écraser et demeurer à l'intérieur. La douleur est lancinante et durable.

Avec le 9mm, la cartouche est chemisée et voyage en moyenne, à plus de 354m seconde. Possédant une force d'impact plus mince, elle traverse généralement le corps d'un individu et continue à voyager.** Il arrive que poussée par l'adrénaline, la personne ciblée ne se rende pas immédiatement compte de sa blessure.

Comment comparer?

La criminalité en chute libre selon les statistiques, laisse à penser qu'une arme surpuissante n'est peut-être pas l'idéal. Je sais qu'un 9mm fait très joli et très effrayant lorsque l'on regarde un policier. Mais, je suis d'avis que physiquement, quelques pouces de plus feraient le même effet.

Comparons le policier des années 1960/1990 à celui des années 1990/2013.

60/90

-Un revolver 38, un bâton ou lampe de poche matraque, plus tard, un walkie-talkie. À partir des années 80, l'acquisition par le policier d'une veste anti balles cachée sous la chemise, suivi de l'achat par le département, de vestes sous la chemise. On en viendra lentement à l'usage de la veste ostensible.***

-Les policiers avaient un minimum de 5 pieds et 8 pouces, pour un poids proportionnel. Les premières policières étaient d'un gabarit acceptable et savaient se faire respecter.

Quelqu'un à argumenté qu'à cette époque, c'était moins dangereux. On a pas vu le même film. La police des années 70/80 faisait face à des gangs durs: À Montréal, les Dubois, les Italiens, les motards, les gangs de l'Ouest, et j'en passe. Aujourd'hui, le nombre de meurtres est en baisse, celui des vols de banques aussi, il y a moins d'ivrognes agressifs dans les rues.

Les policiers de l'an 2000.

-Un pistolet 9mm, deux chargeurs de 16 cartouches, un bâton télescopique, du poivre de Cayenne, une veste anti balles ostensibles, des gants de cuir., un walkie-talkie, un cellulaire et pour quelques-uns, le fameux Teaser-gun. Quel attirail pour un rapprochement avec le citoyen. Cela irait-il avec le gabarit?****

Et l'entraînement?

N'allez pas croire que l'entraînement des années 60 était parfait, il était plus militaire. Par contre, les policiers avaient droit à des séances de course de fond, de sauts de clôtures, de pompes à volonté, de cours d'autodéfense tous les jours, et ce, pendant quatre mois intensifs. Les aspirants policiers alternaient de cours magistraux aux exercices physiques et au tir, des heures durant. Pas de mise en situation, pas de cours en négociation, pas de judo mental. Les jeunes apprendraient vraiment leur travail en regardant travailler les plus vieux.

Étant en contact avec des gens gravitant autour de l'école de police, je me suis fait raconter par une personne en autorité que lors d'une mise en situation, des aspirants policiers se sont plaints du langage cru d'un comédien interprétant le rôle d'un homme ivre et agressif. Je ne veux pas porter de jugement hâtif, mais que dire?

Un métier exigeant une plus grande force physique.

Quand deux jeunes policières demandent de l'aide et mentionnent «Pas de filles». Quand une policière attend du renfort, alors qu'un homme agressant sa compagne l'invite à se mesurer avec lui. Quand quatre hommes ne suffisent pas à maîtriser un vieillard de 70 ans et qu'il faille faire feu sur lui.***** Peut-être que l'approche client est à repenser.

En fait, sans tout discréditer, il serait temps de cesser de choisir les premiers de classe, les futurs directeurs et de grossir un peu les candidats. Un policier sûr de sa force n'a que peu d'occasions de s'en servir. Souvent, tout est dans le regard et l'attitude. Comme le disait un de mes anciens partenaires de plus d'un mètre quatre-vingt-quinze, en regardant un jeune agressif : «On ne va pas se battre hein?»

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*En actionnant le chien de l'arme vers l'arrière, vous obteniez une plus grande précision au tir à la cible, par contre, la gâchette devenait si sensible que le coup partait au moindre mouvement brusque. Les salles de tir du SPVM étaient truffées de trous bien ailleurs que dans les cibles. Après plus de 3 ans sans pouvoir tirer, les policiers reçurent un nouvel entraînement aux doubles actions.

**Nous l'avons malheureusement expérimenté lors des événements de la rue Saint-Denis, ou un innocent se serait retrouvé sur le trajet de cette balle.

***Les premières vestes servaient à 3 hommes. Ils se la relayaient sur les quarts de travail. Nul besoin de commenter sur l'hygiène.

****Les rapports médicaux sur les maux de dos sont éloquents. Les policiers se plaignent de la lourdeur et de l'encombrement de la ceinture qu'ils doivent porter.

*****J'ai eu à plusieurs reprises, à me mesurer avec des gens armés de couteaux et même d'armes à feu. Plusieurs de ces personnes se sont ramassées à l'hôpital avec un poignet enflé, c'est mieux qu'un cercueil. Dans les cas de couteaux, il y a des techniques d'encerclement, de diversion et d'attaque. L'arme de service doit demeurer l'ultime moyen, celui qui vous sauve la vie.

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