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Un jour de l'An de flics

31/12/2016 09:12 EST | Actualisé 31/12/2016 09:12 EST

Pour la majorité des gens, le 31 décembre, c'est l'attente d'un décompte lors d'une soirée festive. Ce n'est pas totalement faux. Mais il y a des gens comme des flics, des pompiers, des chauffeurs de taxi, des infirmières et des médecins qui doivent bosser. Les services essentiels, c'est aussi ça.

Puis il y a les gens seuls, les malheureux, les suicidaires et ceux qu'on ne voit pas. Il y a les putes qui se foutent bien du jour de l'année, les sans-abri tentant de se réchauffer derrière la bâtisse d'Hydro. Quelques âmes perdues assises au D.D. ou au Tim, n'ayant rien à attendre, sauf un café tiède.

Je me souviens une nuit du jour de l'An 1979, Jean et moi étions en pleine patrouille. Les appels se bousculaient et nous avions déjà réglé deux bagarres. Ça aussi, les bagarres du Premier de l'an, ça fait partie de nos tâches. Nous venions tout juste de ramasser un café spécial au Green Garden que Benny, le serveur en chef, offrait à tous les flics du secteur, quand on a reçu un appel de femme blessée. Elle s'était ouvert les poignets et le sang pissait sans arrêt. Pas le temps d'attendre l'ambulance, la pauvre se ramassa dans la voiture de police et Jean, en conducteur de F1, nous amena à l'hôpital St-Luc en moins de trois minutes.

À l'urgence, le bonhomme Côté et le gros Murphy eurent tôt fait de la placer sur une civière. L'interne, presque un gamin, eut un mal fou pour retenir la grosse femme, elle voulait juste mourir en paix. Il lui fallut l'aide de Murphy ; le gros homme savait s'y prendre avec les âmes perdues. Il s'approcha lentement et murmura quelques mots, voilà... Elle s'était calmée. Murphy la laissa aux bons soins du jeune docteur et vint nous serrer la main. C'était quand même la nouvelle année !

Nous étions à peine dehors qu'un appel nous envoyait à l'autre bout du secteur pour une bagarre dans un de nos chics clubs. C'est à trois voitures que nous y sommes entrés. Par chance, car plus d'une dizaine de gars aux gros muscles et de filles en paillettes se frappaient à qui mieux mieux. Le plus près de moi manqua de chance ; il fit un joli salto avant pour atterrir sur une colonne. Jean avait déjà maîtrisé son homme qui, grimaçant de douleur, obéissait avec beaucoup de bonne volonté. La petite fête cessa immédiatement, tout ce beau monde qui nous faisait face décida que ça ne valait plus la peine. Finalement, le videur fit son travail en ramassant les verres cassés. Lui aussi devait travailler et pas qu'un peu.

Comme à tous les ans, il y avait un petit réveillon au poste, pas grand-chose, mais juste assez pour ne pas oublier l'esprit de cette journée. Un peu de tourtière, quelques sandwichs et un verre de vin par flic. Cette nuit-là, les officiers fermaient les yeux tant qu'il n'y avait pas d'exagération.

L'heure de pause terminée, on se ramassa une nouvelle fois à St-Luc avec un ivrogne au bras cassé. Il venait de débouler les marches enneigées d'un bloc miteux de la rue Dorion. Côté s'en occupa rapidement et nous entraîna dans un petit local pour nous offrir le dernier café spécial de la nuit.

C'était l'époque : tout le monde se connaissait, tout le monde se parlait, il n'y avait pas de flic, de docteur, d'infirmière ou de pompier. Il n'y avait que des êtres humains.

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