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<em>Flic et confidences:</em> un vendeur de drogue pas comme les autres

17/08/2013 12:47 EDT | Actualisé 16/10/2013 05:12 EDT

De retour à Flic et confidences. Je réitère pour certains lecteurs que les affaires présentées sur ce blogue sont réelles et documentées. Certaines d'entre elles, et notamment celle-ci, sont tirées de mon livre La Main gauche du Diable, paru en 2003.

Des policiers avaient coincé une jeune femme pour possession d'héroïne, ils en avaient fait une informatrice un peu malgré elle. Comme le bureau des stups n'était intéressé que par les gros coups, on m'avait confié la jeune femme, fille d'un ministre influent. Pour moi, ça importait peu, elle aurait été la fille du président des États-Unis ou d'un travailleur ordinaire que ça aurait été pareil.

Le temps de causer avec la belle et de comprendre tout ça, nous voilà sur ma moto pour faire un achat. Tout se passe bien, la rencontre se fait. Toujours assise sur la moto, F. échange un petit sachet pour quelques dollars. Je remarque que le jeune homme est accompagné par une petite fille de six ou sept ans. Sur le coup, je ne dis rien, mais après la rencontre, F. me raconte que la mère de notre vendeur, à peine sortie de l'adolescence, est à l'hôpital et se meurt d'un cancer. C'est donc lui qui sert de chef de famille. Bien sur, il n'a pas de travail, pas de gardienne pour la petite et pas de père pour chapeauter la tribu. Pas brillant comme solution, mais c'est l'idée qu'il avait de garder sa sœur près de lui. J'avais déjà vu une mère danser nue avec sa fille de 13 ans. Elle aussi voulait avoir un œil sur sa tribu. On ne choisit pas toujours les bonnes solutions, mais celles qu'on a devant soi.

La décision fut prise rapidement. Après quelques vérifications avec l'hôpital, je laissai le jeune homme travailler encore un peu. Je devais trouver une solution au problème. Ce n'est pas tout de l'arrêter ou d'intervenir autrement, il faut aussi protéger l'informatrice, voir qui est derrière et juger de la dangerosité.

Il me faudra une bonne semaine pour tout régler. Je ne voulais surtout pas mettre le jeune en prison, il en avait assez sur les épaules. Des amis travailleurs de rue et sociaux prendront la relève et feront un job plus que convenable. Le jeune aura finalement du soutient. Quand les gars des stups me demanderont comment ça avance. Je dirai simplement : «Tout est réglé».

Je ne sais pas pour vous, mais pour moi c'était la solution. N'oubliez pas, il n'y a pas de mauvaises réponses. Juste des visions différentes.

Pour la petite histoire, la fille du ministre s'évaporera dans l'air et se fera coincer en Thaïlande. Ici pour un sachet, elle aurait eu un... «Ne fais plus ça». Son départ pour l'Asie ne fut pas une grande perte. Elle doit y être encore.

La semaine prochaine: la police que l'on mérite.

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