Claude Andre

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Dans le tiroir de gauche

Publication: 27/06/2012 08:47

Je devais avoir une douzaine d'années lorsque j'ai choisi le camp qui me convenait le mieux. Bien sûr, c'était manichéen, mais l'enjeu était lui-même binaire : Noirs vs Blancs. Adaptée du célèbre roman Roots d'Alex Haley (1976), la télésérie Racines racontait la saga familiale d'un villageois gambien parti chercher du bois en forêt pour fabriquer un tambour et capturé pour devenir esclave au pays de l'Oncle Sam.

Ma vision du monde n'allait pas changer, bien au contraire, en découvrant les chansons engagées de Renaud, Ferré, Desjardins et consorts, quelques années plus tard. Sans parler de certaines lectures « subversives ».

Au fil de mes années de travailleur, vers l'âge de 16-17 ans, j'ai donc naturellement milité au sein du syndicat tout en gardant en tête une idée qui ne m'a jamais quitté depuis : si les syndicats n'existaient pas, les travailleurs vivraient encore aujourd'hui dans des conditions outrageusement précaires et dangereuses.

Du coup, je découvrais, sourire narquois, que même les gens qui étaient idéologiquement contre les « unions », pensant la plupart du temps en leur for intérieur devenir un jour des patrons prospères, en profitaient largement.

Je ne peux m'empêcher de penser à cet ancien foreman du stationnement, fervent anti-syndicaliste qui se voyait en PDG de la Place des Arts, devenu plus tard chauffeur privé.

Car en attendant d'atteindre ce qui n'adviendrait probablement jamais ailleurs que dans leurs fantasmes encouragés par le rêve américain, les conditions de travail de ces « pelleteux de nuages » s'avèrent décentes parce que tirées vers la haut grâce aux luttes des syndicalistes qu'ils abhorrent pourtant.

Génération X

Mais comme je fais aussi partie de la Génération X, je suis bien placé pour savoir à quel point le corporatisme de certaines organisations syndicales s'avère parfois aussi véreux que peut l'être le capitalisme sauvage.

On n'a qu'à penser, à titre d'exemple, à cette crapoteuse clause orphelin adoptée jadis par un syndicat d'employés de la Ville de Montréal qui entérinait le principe de conventions collectives à deux vitesses : une avantageuse pour les plus anciens et une autre, dépouillée de plusieurs avantages, pour les plus jeunes.

Un ami devenu professeur au collégial a d'ailleurs a dû affronter l'acharnement obstiné de vieux professeurs qui s'accrochaient à leurs privilèges en repoussant constamment le moment de la retraite, l'heure venue. Ces « collègues », convaincus de la préséance de leurs droits seigneuriaux, l'ont empêché pendant de longues années d'obtenir l'emploi permanent qu'il détient enfin aujourd'hui. Je crois qu'il s'en eut fallu de peu à l'époque, frustration oblige, pour que l'ami en question, rouge tendance foncée, ne se laisse séduire par le discours de l'ADQ. Celle de l'historique campagne de 2007 à l'issue de laquelle Mario Dumont a failli devenir premier ministre.

Parce que, tout en partageant le discours dénonciateur des corporatismes boomers, l'ami ne pouvait en toute conscience adhérer, ne serait-ce qu'à une parcelle, du discours « xénophobie soft » auquel carburait aussi la vague adéquiste.

Les anarchistes?

C'est alors que je me mis à repenser à ce photographe anar rencontré un jour dans le port de Marseille qui, entre deux coupes de rouge, me racontait les vertus de l'anarcho-syndicalisme. Une vieille tradition européenne dont le nom a peu de résonnance ici. Parmi lesdites vertus : un fonctionnement du bas vers le haut, plutôt que l'inverse qui empêche le despotisme des individus et, notamment, une séparation nette entre les porte-parole officiels, mandatés par les militants, et l'équipe de négociation des conditions de travail.

Ce qui fait en sorte, grosso modo, que de présumés leaders syndicaux ne sauraient se faire acheter par des patrons puisqu'ils n'interviennent pas dans le processus de la négociation.

Eh oui!, comme c'est le cas avec la CLASSE et sa démocratie directe!

Oui, elle est parfois éprouvante. Oui, ça peut devenir lassant d'accorder la liberté de parole, à tour de rôle, aux hommes et aux femmes lors des assemblées. Mais le progrès social et l'avancement des conditions de vie demandent des efforts.

Or, oui cela peut aussi, parfois, entrainer des situations loufoques comme cette condamnation de certains humoristes qui ont pris part au spectacle de la CHI (coalition des humoristes indignés), mais cela demeure révocable.

Et de loin préférable à ces assemblées où, tels des zombies, les militants, qui votent à main levée dans les congrès, suivent aveuglément la parole sacrée du chef, grand commandeur des croyants...

Et, surtout, la démocratie directe, appliquée aux groupes sociaux (on ne parle pas ici des États) demeure beaucoup plus en phase avec les idéaux humanistes que ne le seront jamais les organisations syndicales affligées de la gangrène corporatiste ou les partis politiques tentés par la xénophobie populiste.

 
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Je devais avoir une douzaine d'années lorsque j'ai choisi le camp qui me convenait le mieux. Bien sûr, c'était manichéen, mais l'enjeu était lui-même binaire : Noirs vs Blancs. Adaptée du célÃ...
Je devais avoir une douzaine d'années lorsque j'ai choisi le camp qui me convenait le mieux. Bien sûr, c'était manichéen, mais l'enjeu était lui-même binaire : Noirs vs Blancs. Adaptée du célÃ...
 
 
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Date de publication  | 
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07:04 sur 29/06/2012
En fait,les étudiants n'ont plus à se faire matraquer par les boeufs à Charest.
Ils n'ont qu'à refuser de payer la hausse .Tous les rouges plus une très grande partie des verts qui s'abstiendraient de payer...et la police libérale n'y pourrait rien.
07:23 sur 01/07/2012
Bonne idée!!! Je vais refuser de payer mes impôts aussi.
07:55 sur 28/06/2012
L'histoire des clauses orphelins a été sur-exploitée par Mario Dumont et quelques autres du même type.Ils défendaient idiotement un principe qui avait pour conséquence de priver les jeunes de travail.
À l'époque,les emplois étaient très rares et les jeunes étaient bien heureux d'en trouver un, même à des salaires et conditions de travail réduits.
07:42 sur 28/06/2012
Il est présomptueux d'affirmer que c'est les syndicats qui ont fait que les salariés sont mieux traités en général aujourd'hui...à preuve l'historique sous représentation aux USA et ils auront acquis tout de même leurs droits au fil des années, comme nous. Et l'anarcho-syndicalisme ne mène à rien: à preuve l'immobilisme décisionnel dans lequel la CLASSE est coincée. Il y a toujours des contres, surtout dans ces mouvements. Ils se verront imposés une décision, parce qu'ils n'en prennent pas.
08:37 sur 28/06/2012
Qu'ils ont été généreux ces capitalistes américains!!Ils ont donné sans qu'on leur demande rien!
09:47 sur 28/06/2012
Non: ils ont demandé, à force de combats sociaux. Qu'est-ce que le capitalisme a à voir là-dedans. Je vous rappelle qu'on en est une. Il semble que les combats sociaux ne soient donc pas l'exclusivité des syndicats (comme les québécois semblent le penser). On parle d'Américains, mais on peut aussi parler d'autres pays avec un taux de syndicalisation tout aussi bas si vous voulez ... Je suis tout à fait d'accord avec vous: vous devriez diminuer votre salaire et le donner aux BS et aux chômeurs puisque par votre commentaire vous penchez pour le Communiste. Ceux-ci ont d'ailleurs bien démontré leur amour de la démocratie et des droits fondamentaux par le passé...
17:27 sur 27/06/2012
Ouais ! Mais ce que vous en menez large...! Bravo pour ce trop court commentaire...
"Ni gris, ni vert,ni gris ni vert ,comme à Ostende ou comme partout ailleurs....(Ferré)
Ben non!| Pas le géant Ferré...Faudrait-il préciser pour le multitude...Je suis baveux !
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Le Kwisatz Haderach
There is no power without brain power.
14:55 sur 27/06/2012
Dans le privé, pas de probleme avec la syndicalistation. Ce sont les lois du marché qui trancheront de toute facon.

Mais dans le publique par contre, c'est la source de tous les maux. Surtout au municipal. Mais auaai au provincial comme au federal.

Heureusement que le federal a compris lui.
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ethrop
micro-bio-tic
09:08 sur 29/06/2012
En conférence à l'Université de Montréal en 1981, René Lévesque a déclaré sans ambage que si c'était à refaire, il n'aurait jamais choisi de donner le droit de grève à la fonction publique dans les service essentiels. Les syndicats dangereux et abusifs sont TOUS dans la fonction publique et para-publique. (Syndicats de profs en haut de la liste)
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musael
Ad majorem consciencia
12:12 sur 27/06/2012
Je crois que la démocratie directe sera la dernière grande illusion démocratique avant que le peuple ne s'en détourne complètement. Quiconque a milité au sein d'un organisme démocratique connait comment les assemblées sont noyautés et comment, à la longue s'établie une certaine culture du pouvoir avec ce que cela implique de courtisanerie, de pleutrerie, de laisser-faire ou de démission morale. Sans parler des pressions, intimidations, désinformations. Dans tous les conseils d'administration, assemblées générales auxquels j'ai participé, j'ai constaté le même genre de phénomène déviant de manière plus ou moin flagrante, plus ou moins prononcé. C'est parfois plein de bonnes intentions qu'on le fait mais pas forcément.
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ethrop
micro-bio-tic
09:14 sur 29/06/2012
Effectivement, c'est aussi mon expérience. La démocratie directe est une illusion et complètement impraticable dans les grands groupes. Le terme même est un euphémisme qui vise à masquer le pouvoir des noyaux militants. Le syndicalisme tel que pratiqué dans le secteur public et para-public est devenu synonyme d'intimidation et de baîllonage des opinions divergentes. Ça prends énormément de courage pour tenir tête aux volontés des exécutifs syndicaux.
11:33 sur 27/06/2012
J’ajoute :

On ne se transforme pas, par magie, en personne vertueuse qui porte en son cœur toute les causes sociales, simplement en se syndicalisant! Une personne qui écrase les autres ne changeras pas, qu’elle devienne patron ou syndiqué! Des petits boss des bécosses, il y en a partout!!
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Pedro Individuo
11:21 sur 27/06/2012
"s'avère parfois aussi véreux que peut l'être le capitalisme sauvage."

Chose inexistante. TOUT ce qu'on rerpcohe au capitalisme est un reproche au CORPORATISME, ie de l'intervention du gouvernement dans l'économie