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Bahamas: victime oubliée du réchauffement climatique?

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Disclaimer: Christophe Mazurier est président du conseil d'administration de la banque Pasche, dont une partie des activités bancaire sont localisées aux Bahamas.

Montée des eaux. Bouleversement de l'écosystème marin. Recrudescence des catastrophes naturelles. L'archipel des Bahamas, comme nombre de petits états insulaires, se trouve en première ligne face aux ravages du réchauffement climatique... Avec des moyens très limités pour amortir le choc. Les Bahamas ne sont pas seulement l'un des lieux de villégiature exotique les plus prisés pour touristes américains ou une place financière de renommée internationale. C'est également un petit état de 350 000 habitants, constitué de 700 îles et îlots nichés à fleur d'eau au milieu de la mer des Caraïbes. Et quand on sait que le point le plus élevé du pays culmine à 63 mètres d'altitude, on cerne mieux les enjeux que constitue l'adaptation (à cette échelle, on ne peut pas parler de lutte) contre le réchauffement climatique.

A fortiori quand on sait que 60% de l'économie bahamienne repose sur le tourisme, que 80% de la surface du pays se situe à moins d'un mètre du niveau de la mer et qu'en prenant en compte les récentes projections scientifiques, un tiers des installations touristiques sont considérées comme menacées à moyen terme (tout comme 38% des aéroports, 14% des routes et 90% des ports de l'archipel). Résident bahamien, je me suis engagé au côté des autorités locales, dès la publication du rapport du GIEC, pour participer à la définition d'un programme national et identifier les principales vulnérabilités de l'archipel. Si la montée du niveau de la mer (estimée entre 80 centimètres et un mètre au cours des 50 prochaines années) est évidemment le premier défi mis en évidence par le GIEC, d'autres difficultés moins prévisibles se sont présentées à nous. Tout d'abord l'impact qu'aura, avant même d'être perceptible par l'Homme, cette élévation du niveau de la mer sur la barrière de corail, menacée d'être submergée et in fine détruite par le réchauffement de l'eau.

Une barrière de corail et des fonds marins paradisiaques qui constituent l'une des principales attractions touristiques de l'archipel et qui constituent un actif irremplaçable pour les Bahamas. Une fois disparus, l'attractivité touristique de l'île sera très fortement menacée... et son économie sabrée. Plus globalement, c'est tout l'écosystème marin de l'archipel qui sera bouleversé à moyen terme, remettant profondément en cause les activités de pêche, qui sont un des poumons économiques des Bahamas et qui garantissent des revenus à une large part de la population. Mais la biodiversité terrestre, extrêmement fragile dans le cadre insulaire, va également être menacée par ces changements climatiques. La liste des calamités ne s'arrête hélas pas là. Les terres agricoles sont également menacées par la montée des eaux (qui réduira mécaniquement leur superficie à mesure que la mer grignotera les terres arables), mais également par l'augmentation de la salinité des eaux, telle que prévue par le GIEC.

Hausse du niveau de la mer et accroissement de la salinité des eaux marines auront un impact encore plus dramatique: elles risquent à terme de polluer les réserves en eau douce de l'archipel (faute de rivières et de sources, les réserves en eau de Bahamas proviennent exclusivement des précipitations) et de rendre toute forme de vie plus difficile aux Bahamas. Ce scénario n'est pas celui d'un mauvais film-catastrophe. C'est une réalité dont les premiers symptômes se font déjà sentir, notamment sur la barrière de corail qui se fragilise un peu partout dans les Caraïbes, ou par l'apparition de ces «super-ouragans» d'une violence inédite que les médias relaient de plus en plus régulièrement. Une réalité globale face à laquelle les moyens d'intervention d'un État comme les Bahamas sont par définition très limités. La partie n'est toutefois pas perdue d'avance tant les autorités bahamiennes ont conscience de la gravité des enjeux et se montrent résolues à agir pour protéger l'équilibre écologique de l'archipel.

Depuis 2012, le premier ministre bahamien Perry Christie a lancé, en collaboration avec les autorités de 14 autres États insulaires des Caraïbes, un plan d'action pour sanctuariser les zones les plus fragilisées de l'archipel, y compris des appétits des promoteurs immobiliers. Mais seules, elles demeureront impuissantes. La communauté internationale doit se réveiller et intervenir dès maintenant pour soutenir les Bahamas et les autres micro-États insulaires (surtout dans les Caraïbes, l'Océan indien ou encore le Pacifique), qui sont les premières victimes identifiées du réchauffement climatique.

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