Christian Leray

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Pour des radars-photo...mobiles

Publication: 22/02/2012 14:33

Les radars-photo sont-ils simplement des machines qui ne « servent pour l'instant qu'à payer la bureaucratie » comme le dit la députée caquiste Sylvie Roy, ou y-a-t-il quelque chose de plus? Quelque chose qui fait qu'ils sont indispensables?

La réponse est simple: si les coûts de fonctionnement du projet semblent démesurés (une fois de plus! On parle de frais de fonctionnement total de 13,6 millions de dollars pour 15 radars, ce qui signifie qu'un radar revient quasiment à 1 million de dollars, ce qui n'a aucun sens!), les résultats sont là. La Presse rapporte ainsi les propos de Pierre Moreau, ministre des transports, qui affirme que: « dans les 15 zones du projet, on a noté une diminution moyenne de près de 12 km/h, une baisse d'environ 65% des excès de vitesse et de 99% des grands excès de vitesse ainsi qu'une diminution de 20 à 30% des accidents. »

Il est donc incontestable que les radars permettent de sauver des vies et évitent à bien des gens de finir le reste de leurs jours en chaise roulante, ce qui épargne d'importants frais de santé à la société, frais qui ne sont pas pris en compte dans le calcul du coût de revient des radars. Cependant, tout est-il parfait et est-il bon d'étendre l'expérience à tout le Québec en se basant sur le même modèle? La réponse est non. Et la meilleure illustration en est le modèle français.

Avant d'implanter de nouvelles mesures, le gouvernement serait avisé de regarder en détail ce qui s'est fait ailleurs afin d'éviter de reproduire les mêmes erreurs, et ce quel que soit le domaine. Il devrait aussi regarder sa propre histoire. Il éviterait ainsi les erreurs du passé, car le Québec a déjà eu des radars-photo, mais ceux-ci ont été retirés. Pour éviter qu'une telle déconvenue ne se reproduise, ne serait-il pas urgent de comprendre ce qui s'est alors passé?

En France, l'implantation des radars a tout d'abord été un franc succès. La réduction du nombre de morts et de blessés graves suite à la mise en place des radars a été spectaculaire. Au-delà des chiffres, la sensation sur la route a totalement changé. J'ai beaucoup connu les routes françaises avant la mise en place des radars et c'était invraisemblable. Les gens roulaient comme des fous. Se faire doubler par des voitures fonçant à plus de 180 km/h sur les autoroutes était chose commune. Et la situation était pire dans les villes et sur les routes de campagne. La France présentait alors un bilan routier catastrophique.

L'introduction des radars a tout changé. Quand je suis revenu moins d'un an après leur mise en service, je me retrouvais à dépasser tout le monde! Fini ces chauffards qui arrivaient comme des fous dans votre dos en vous faisant des appels de phare pour vous dire de leur laisser la place. Le bilan routier s'est alors considérablement amélioré tandis que la « pression » sur les routes diminuait drastiquement.

Mais la situation allait assez vite changer. En effet, en France (ainsi qu'au Québec), les radars sont fixes, c'est-à-dire qu'ils sont installés définitivement à la même place. Lorsque je suis revenu en France deux ans plus tard, j'ai constaté une évolution du comportement des conducteurs : la plupart continuaient de respecter les limites de vitesse, mais plusieurs roulaient à nouveau comme des fous... avant de freiner brutalement. En fait, en y regardant de plus près, j'ai constaté que c'était uniquement les gens du département en question (repérables à leur numéro de plaque d'immatriculation) qui se comportaient de cette façon. La raison en était simple : ils vivaient dans la région et savaient parfaitement où se trouvaient les radars. Entre deux appareils, ils savaient qu'ils ne courraient aucun risque d'être flashé et en profitaient en appuyant plus que de raison sur le champignon... avant de freiner soudainement à l'approche du radar suivant.

Encore deux ans plus tard, je reviens en France. Et que vois-je? La circulation commence à retrouver son niveau d'avant l'installation des radars. Tout simplement, car même les gens qui roulent peu ont fini eux aussi par savoir où se trouvaient les radars. Et si vous ne savez vraiment pas où ils sont, il y a une technique très simple pour ne pas se faire prendre : suivre quelqu'un qui roule vite, car vous pouvez être à peu près certain qu'il se permet de faire un excès de vitesse, car il sait où se trouvent les radars.

Ce genre d'analyse, vous ne le trouverez pas dans les discours officiels et dans les rapports publiés par les groupes d'experts. Ces personnes malheureusement sont totalement coupées des réalités et ne sortent pas des chiffres. Du coup, que concluent-elles? Qu'à long terme, les radars ne sont pas efficaces.
Claude Guéant, le ministre français de l'Intérieur, a voulu répondre à sa façon en faisant enlever les panneaux annonçant les radars. Ce fut un tollé et il dut reculer. Que faire alors?

Les Québécois sont imaginatifs. Quand on leur présente un bon concept, ils sont capables de l'adapter et de l'améliorer. Ce fut le cas du Bixi, inspiré du Vélib parisien, mais auquel on a adjoint un système de bornes démontables l'hiver, concept d'ailleurs revendu avec plus ou moins de succès à d'autres villes. Il faudrait faire de même avec les radars-photo.

Dans leur cas, il est évident qu'ils sont peu efficaces à long terme. Au bout de quelques mois, les automobilistes se sont habitués à leur présence. L'exemple le plus évident est le radar-photo installé sur l'autoroute 15 sud. Si vous n'êtes jamais passé par là, je vous invite à vous y rendre (en dehors des heures de pointe), c'est un véritable spectacle, ça vaut la peine! Le radar est positionné en face de la sortie Atwater. Pour se rendre, les automobilistes doivent passer par le fameux échangeur Turcot, où tout le monde roule, sauf exception, à environ 100 km/h (soit 30 km/h plus vite que la limite permise!). À l'approche du radar, l'autoroute fait un virage à gauche: je vous conseille d'être vigilant à cet endroit.

En effet, vous risquez de rentrer dans les voitures devant vous... car celles-ci soudainement n'avancent plus! Tout à coup, tout le monde roule entre 50 et 60 km/h! Pourtant à cet endroit on est encore à plus de 500 mètres du radar. Celui-ci dépassé, cette longue procession s'étire encore, les automobilistes s'assurant un petit 500 mètres de marge de sécurité pour être bien sûr de ne pas être pris. Puis l'allure reprend et après l'intersection avec l'autoroute 10, il n'y parait plus: presque tout le monde est de nouveau quasiment à 100 km/h! Du beau boulot!

Ce qu'il faudrait faire, c'est donc s'inspirer du Bixi et faire des radars... mobiles. Ils pourraient être installés sur des petites remorques et les policiers (ou des équipes spéciales) pourraient les déplacer tous les 15 jours ou tous les mois, afin que les automobilistes n'aient pas le temps de s'y habituer. Il faut que la crainte de se faire prendre soit constante. À ce moment, la vitesse diminuera durablement et nos routes seront plus sures. Il ne fait aucun doute que le bilan routier s'améliorera et la SAAQ pourra fièrement publier un bilan routier en amélioration.

Évidemment, tout ne sera pas réglé, loin de là. Mais quand on sait que la vitesse est impliquée dans la moitié des accidents, on se dit que l'on résoudrait déjà une partie du problème. Les autres variables de l'équation étant:

-- l'état du réseau du routier, qui laisse très clairement à désirer (et l'on sait combien l'état d'une route peut avoir comme impact sur le nombre d'accidents)
-- et la formation des conducteurs, défaillante en Amérique du Nord (comme vient encore de le rappeler dans cet article le Journal de Montréal)

Je reviendrai sur ces deux points dans mes deux prochains billets. En attendant, il est à espérer que le gouvernement aura compris l'importance d'installer des radars mobiles et non fixes. Mais j'en doute et il est très probable que le Québec se retrouve couvert de radars-photo fixes dont l'impact sera très limité. Et je ne parle même pas de leur emplacement, qui fait débat. Dommage.