Christian Feuillette

RECEVEZ LES NOUVELLES DE Christian Feuillette
 

Révolution tranquille, phase 2?

Publication: 04/06/2012 08:05

Nous sommes tous devant un inconnu, un vide. Où s'en va cette crise? Il est impossible de le savoir, même si certains tentent d'élaborer des stratégies pour pouvoir la maîtriser ou en tirer d'improbables profits. Mais il y a actuellement un momentum, phénomène assez rare dans l'histoire d'un peuple. Toujours fin analyste, Jacques Parizeau l'a constaté, et dans le cadre d'une conférence a fait un rapprochement de ce mouvement avec la Révolution tranquille des années 60, dont il a été un des artisans. «Cela, a-t-il dit, sent, à l'heure actuelle, un extraordinaire réveil d'une génération...» Par leur courage, leur générosité et leur détermination, les étudiants québécois ont déclenché un soulèvement collectif d'une rare ampleur, qui attire l'intérêt, voire l'admiration, du monde entier.

Dans les manifestations et les concerts de casserole à répétition, s'exprime désormais un ras-le-bol généralisé contre un gouvernement usé, corrompu et incapable, mais se dessine aussi nettement une protestation contre le système du néolibéralisme qui s'est imposé aux commandes un peu partout dans le monde et particulièrement à Québec et à Ottawa. Qu'est-ce que ce fameux néolibéralisme? Alors que la pensée libérale qui a présidé à la Révolution tranquille était axée sur la défense des libertés et la générosité sociale, le néolibéralisme peut se définir par la «dictature de l'économie». Mais pas l'économie telle qu'on l'entend généralement, au sens de l'administration optimale des ressources au profit de tous. Non, plutôt une économie au service d'un petit nombre de possédants s'enrichissant toujours plus, et appauvrissant de façon proportionnelle la masse du commun des mortels, tout en les abrutissant par le contrôle qu'ils exercent sur les médias.

Le prétexte de «l'économie» est du reste devenu un leitmotiv récurrent, un commode paravent, dont usent et abusent nos gouvernements, surtout au fédéral, pour décréter des lois spéciales réprimant le droit de grève des travailleurs : Air Canada, Postes Canada, Canadien Pacifique, alouette... Toute une panoplie de nouveaux tarifs ainsi qu'un cortège de lois, telle la réforme de l'assurance-emploi, sont également préparés pour avantager les employeurs au détriment des citoyens ordinaires. Si, encore, notre appauvrissement collectif servait aux peuples les plus déshérités de la terre, dans le cadre d'une mondialisation redistributrice, cela serait une consolation, mais non, ces peuples sont, dans le système du néolibéralisme, qui n'est tout compte fait qu'une association de filous, de plus en plus misérables et présentement acculés à la famine dans un grand nombre de pays.

L'heure n'a-t-elle pas sonné pour une nouvelle Révolution tranquille au Québec, qui mettrait fin au règne de cette religion dominante du néolibéralisme? Nous pourrions être en fait la première société d'importance dans le monde à pouvoir tordre le cou à ce système d'exploitation, et cela aurait des répercussions immenses sur l'ensemble de la planète. Des élections sont promises, mais cette révolution pour un changement de société ne se fera pas seulement à travers les partis politiques. Le soulèvement actuel doit déboucher sur des États généraux sur la société québécoise, rassemblant le plus grand nombre de citoyens, afin de dégager des consensus et déterminer une action commune.

 
Suivre Le HuffPost Québec