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Les dissidentes du groupe punk rock Pussy Riot méritent notre appui

17/08/2012 03:48 EDT | Actualisé 17/10/2012 05:12 EDT
AP
A masked demonstrator takes part in a protest in O'Connell Street, Dublin, against the conviction of members of the provocative Russian punk band Pussy Riot, Friday Aug. 17, 2012. The three female band members have been in jail for more than five months because of an anti-Putin prank in Moscow's main cathedral. A judge is due to rule on their case Friday. (AP Photo/PA, Niall Carson) UNITED KINGDOM OUT NO SALES NO ARCHIVE

Ce texte a été co-écrit avec Andrew Cash, député fédéral dans Davenport.

« Je n'ai pas peur du verdict frauduleux à peine dissimulé de ce prétendu tribunal parce qu'il peut me priver de ma liberté. Personne ne peut me priver de ma liberté intérieure.»

Cette déclaration aurait pu facilement être prononcée par Alexander Solzhenitsyn, Nelson Mandela ou Ken Saro Wiwa. Mais ces mots ont bien été formulés par Maria Alekhina du groupe de musique Pussy Riot. Son « crime » a été d'organiser une prière punk, en compagnie des deux autres membres du groupe Nadezhda Tolokonnikova et Yekaterina Samutsevich, afin de dénoncer la corruption du régime de Vladimir Poutine. Le procès des trois musiciennes et leur condamnation subséquente pour vandalisme et « haine religieuse » ont été une parodie de justice du début à la fin.

Et pourtant, la dignité avec laquelle ces jeunes artistes ont fait face au tribunal russe a permis de dévoiler au monde le véritable visage du gouvernement antidémocratique de Vladimir Poutine.

C'est ironique que le procès ait eu lieu en même temps que les Jeux olympiques de Londres. Les festivités olympiques ont été une incroyable célébration de la diversité culturelle et de la solidarité internationale. Au milieu de tous les numéros de la grande cérémonie d'ouverture, nous avons eu droit aux hymnes punk « God Save the Queen » et « London Calling ».

Choisir de faire un clin d'œil au groupe Sex Pistols comme le symbole par excellence du caractère britannique est hautement ironique. Il y a trente ans, les Sex Pistols étaient pour le monde de la musique populaire et la classe politique britannique ce que Pussy Riot est aujourd'hui pour la Russie. « God Save the Queen » a été la seule chanson de l'histoire de la musique populaire à avoir été considérée comme étant tellement menaçante que son nom a été rayé de la liste du Top 40 (même si cette chanson a longtemps été numéro 1). Des responsables publics ont demandé que le groupe soit banni et même assassiné (voir le documentaire L'Obscénité et la Fureur). Ce groupe de l'ouest de Londres représentait une menace pour l'ordre établi en Angleterre et l'identité britannique.

À cette époque, nous étions au début de l'adolescence. La réaction hystérique aux chansons de groupes comme les Sex Pistols et Clash nous attirait immanquablement vers leurs albums. Le mouvement punk a contribué à notre éducation musicale, sociale et politique. Les albums de ces groupes ont eu le même rôle que les samizdats pour une génération de jeunes qui croyait qu'on pouvait bâtir un monde meilleur. Nous n'avons jamais cessé d'y croire.

Durant les années 1980, notre groupe L'étranger était très engagé politiquement sur la scène post-punk torontoise. L'un des enjeux dont nous avons beaucoup traité a été le combat contre l'apartheid. Les gens ont tendance à oublier que la pression de la communauté artistique internationale dans les années 1980 a permis de garder la question de l'apartheid dans la liste des priorités politiques. Les musiciens de tous les genres n'ont jamais baissé les bras dans leur campagne qui a finalement mené à la libération de Nelson Mandela et éventuellement à la chute du système d'apartheid.

charlie

Charlie Angus (député de Timmins - Baie-James) et Andrew Cash (député de Davenport) étaient membres du groupe punk L'étranger basé à Toronto.

Le mouvement punk nous a formés par rapport aux enjeux politiques et culturels. D'une certaine façon, le chemin parcouru pour passer du jour où nous avons fait la première partie des Dead Kennedys au jour où nous avons participé à l'ouverture de la 41e législature n'a pas été si long. Nous encourageons les membres de Pussy Riot à envisager un parcours similaire. Nous sommes convaincus qu'elles seraient une voix beaucoup plus crédible au parlement russe que certains des membres qui y siègent actuellement.

Le poème de trente secondes de Pussy Riot nous a démontré que la musique et la dissidence politique ont encore la capacité d'entraîner le changement. Cet événement nous rappelle que les artistes jouent un rôle unique au sein d'une société. Bien sûr, ils nous divertissent, mais ils sont également le reflet de notre culture et de notre conscience. Pour cette raison, le droit à la protestation artistique doit être valorisé et protégé.

Le groupe Pussy Riot n'est que le plus récent exemple d'une longue série d'artistes qui ont été persécutés pour avoir menacé l'ordre établi. Pete Seeger a été sur la liste noire durant des décennies. Sa carrière a été compromise et presque détruite par les responsables américains durant les années 1950. Et pourtant aujourd'hui, Pete Seeger est considéré comme le représentant par excellence de la musique folk américaine.

D'autres artistes n'ont pas eu sa chance. Victor Jara a été le porte-parole des demandes de changements au Chili. L'un des premiers gestes de la junte militaire de Pinochet a été de l'assassiner. Avant de le tuer, ils lui ont symboliquement cassé les doigts. Malgré tout, ses chansons ont continué de raisonner dans la conscience du peuple chilien.

Les artistes de Pussy Riot ont déjà passé six mois en prison. Leur unique crime a été d'utiliser l'art pour plonger un régime corrompu dans l'embarras. D'autres artistes, de Madonna en passant par Paul McCartney, ont publiquement pris leur défense. Il est temps que les politiciens fassent de même. Si ces jeunes musiciennes peuvent être emprisonnées, alors n'importe qui en Russie peut être emprisonné. Dans les mots de Bruce Cockburn : « Prêtez attention au poète, vous avez besoin de lui et vous le savez / ne laissez pas le système vous duper, tout ce qu'il veut c'est de vous contrôler. »

Les membres de Pussy Riot ont tenu tête à un homme. Nous devrions les applaudir, et non les emprisonner.

Le procès des Pussy Riot