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Refuser la misère et l'austérité libérale: une stratégie économiquement fiable!

21/10/2014 12:02 EDT | Actualisé 03/03/2015 11:12 EST

Mon dernier billet de blogue traitait des coupures libérales en tous genres qui ne concernent que les classes moyennes et les plus démunis. Un autre exemple, qui date un peu mais qui reste dans la même veine, avec des coupures majeures dans le programme PAAS-action et dans les mesures d'employabilité pour les personnes atteintes de problèmes de santé mentale. À titre d'exemple, le PAAS action ajoute un montant au chèque d'aide sociale (entre 100 et 150 $ par mois, pour environ 20 heures par semaine) pour que la personne entreprenne des démarches liées à l'employabilité et au développement des compétences. Couper dans ce type de programmes pour des clientèles spécifiques et vulnérables, ça représente des économies minimes, ça affecte des gens qui déjà partent avec deux prises dans la vie, et au final, ça va coûter plus cher au système puisque ces personnes vont rester toute leur vie sur l'aide sociale si aucune aide ne leur est apportée, tout en ne réussissant pas à prendre leur santé en main, avec les conséquences que cela implique pour le réseau de la santé. En bref, c'est « cheap » à l'os, et au final, on ne réalisera aucune économie d'échelle, on joue seulement avec la dignité des personnes.

Quand on analyse le «leitmotiv» libéral se voulant le champion de la compréhension de l'économie, on voit mal comment ils font leurs calculs. Techniquement, l'économie est régie par la loi de l'offre et la demande, par la saine compétition entre les entreprises, institutions et autres et par la consommation de masse (qui amène de la richesse via les profits des entreprises, taxes en tous genres, etc.) En clair, plus les gens ont un pouvoir d'achat intéressant, plus ils peuvent consommer, payer des taxes et ainsi en faire profiter les entreprises, qui elles aussi paient des taxes, etc. Or, toutes les hausses dans tous les secteurs font exactement le contraire!! En diminuant le pouvoir d'achat des contribuables, on enfonce encore plus le Québec dans la stagnation et la récession, on restreint la consommation, donc les taxes qui y sont rattachées, et donc les revenus de l'État! C'est un cercle vicieux...et ne me parlez pas de baisses d'impôts!! Baisser les impôts pour hausser tout le reste, c'est comme le veut l'expression populaire, « déshabiller Pierre pour habiller Paul » (ou le contraire?, whatever).

La facture hydroélectrique du Québécois moyen a bondi de plus de 16 % depuis les dernières années; le prix du gaz augmente sans cesse, celui des aliments de base aussi. Les programmes sociaux sont vus comme du « gras sur l'os » et donc réduits au possible, les frais afférents reliés aux études, qu'elles soient primaires, secondaires ou universitaires, augmentent à la même vitesse que les coupes en éducation. Les services tarifés en santé suivent le même rythme. On veut augmenter le coût des places en CPE. Les permis de conduire, plaques et immatriculations, passeports et autres documents officiels sont aussi en fortes hausses. Les loyers dans les grands centres urbains sont à un niveau presque ridicule, surtout dans les quartiers centraux. Et les salaires? Excluant ceux des hauts dirigeants, ils augmentent très peu. Comment voulez-vous que le citoyen moyen puisse se permettre de consommer, et donc de faire tourner notre économie, s'il peut difficilement joindre les deux bouts pour ses besoins de base???

Et malheureusement, le citoyen moyen n'est pas le plus à plaindre. Les plus démunis de notre société, communément appelés « pauvres », « BS », « parasites » ou autres jolis petits noms, sont eux aussi affectés par toutes ces hausses qui ne semblent pas avoir de fin. Par contre, leurs revenus (voir ici l'aide sociale) ne couvrent même pas 50 % de leurs besoins de base!! Il a été évalué que le coût mensuel de la vie pour les besoins de base (logement, nourriture, vêtements et « autres ») pour une personne seule à Montréal se chiffre à 1437 $ par mois. Le chèque mensuel d'aide sociale est de...704 $ par mois pour cette même personne, incluant les crédits de solidarité. Je ne sais pas pour vous, mais moi, je n'appelle pas ça « vivre », j'appelle ça « survivre. » Et la majorité des gens vivant de l'aide sociale ne sont pas des « crosseurs » comme on se plaît à les appeler. La plupart d'entre eux ont des maladies incapacitantes, un handicap majeur ou de jeunes enfants à charge sans soutien familial, ce qui constitue des contraintes sévères à l'emploi. S'il y a effectivement des personnes qui abusent du système, quels en sont les coûts réels pour la société comparativement aux compagnies qui nous ont flouées de millions de dollars en corruption-collusion comme on a pu le voir à la Commission Charbonneau? Sans minimiser la fraude, quelle qu'elle soit, on peut gratter les dessous du sac pour voir si des « cennes » se cachent, mais il serait plus intelligent de s'attaquer aux gens qui ont les deux mains dans le sac...

Vendredi dernier, c'était la Journée mondiale du refus de la misère. Et de la misère, au Québec, il y en a de plus en plus. Détrompez-vous, la courbe n'est pas dans le bon sens : toutes ces mesures d'austérité qui touchent les classes les moins fortunées vont accélérer le processus d'appauvrissement du Québec, nous forçant ainsi à devoir couper encore, évidemment aux mêmes endroits...un autre cercle vicieux, et comme le premier, encore sur le dos des moins nantis. Quel État voulez-vous, QuébécoisEs et Québécois? Un État qui se bâtit en laissant pour compte une frange de sa population qui ne peut malheureusement pas se prendre en charge, ou un État inclusif, qui tente par moyens, énergies et innovations de trouver une place à tous et chacun dans un système planétaire profondément inégalitaire? Je vous laisse deviner mon choix...

J'aimerais en profiter pour remercier du fond du cœur mes collègues de toutes professions, de toutes confessions et de toutes régions du Québec, qui travaillent dur, avec souvent peu de moyens, pour aider ces gens qui en ont le plus besoin, pour les écouter, pour les orienter, pour les aider à conserver la tête haute alors que leur situation est tout sauf enviable. Intervenants socio-communautaires, travailleurs de rues, de corridors ou de milieux, travailleurs sociaux, professionnel(le)s des réseaux de la santé, de l'éducation et de l'emploi, organisateurs communautaires, directeurs d'organismes communautaires et d'institutions, physiothérapeutes, psychothérapeutes, éducateurs spécialisés ou non, bénévoles et citoyens, je vous lève mon chapeau. Grâce à vous, malgré les coupures, malgré l'idéologie crasse voulant que les pauvres soient pauvres par leur faute, malgré l'épée de Damoclès planant régulièrement au-dessus de vos têtes, vous aidez des gens à se rebâtir, à guérir, à reprendre un peu de dignité dans un monde qui souvent les laisse pour compte, et si possible, à reprendre leurs vies en main. Merci à vous!!

Quant à nos chers dirigeants, je vous souhaite ardemment de vivre ne serait-ce qu'un mois les conditions vécues par les gens bénéficiant de l'aide sociale. Vous comprendrez mieux alors le sens du mot « solidarité »...

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