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Investir au lieu de couper: une leçon d'économie

23/05/2015 09:20 EDT | Actualisé 23/05/2016 05:12 EDT

J'ai beaucoup traité, dans mes articles, du côté néfaste des mesures d'austérité proposées par le gouvernement libéral sur l'économie québécoise. Je l'ai fait d'une manière factuelle, avec des statistiques à l'appui; je l'ai fait d'une manière émotive, parce que ce n'est pas la vision que je souhaite pour mon pays, et qu'en bout de ligne nous allons tous en payer le prix; et cette fois, je le ferai d'une manière différente, c'est-à-dire en citant une sommité internationale en matière d'économie, quelqu'un dont le discours peut ne pas être partagé par tous, mais à tout le moins respecté, et qui affirme sans détour que la direction prise par nos politiciens n'est pas la bonne.

Commençons tout d'abord par les présentations. Joseph Eugene Stiglitz est un économiste américain né en 1943 ayant étudié aux Massachusetts Institute of Technology (MIT) de Boston et à l'université de Cambridge. Nommé professeur à 27 ans, il a enseigné aux universités de Yale, d'Oxford et de Princeton. Il enseigne actuellement à l'université Columbia. Il a œuvré dans le conseil économique de l'administration de Bill Clinton, et comme économiste en chef de la Banque mondiale. Mais surtout, il a reçu le prix Nobel d'économie en 2001 pour avoir théorisé, avec George Akerlof et Michael Spence, le concept de «l'économie de l'information».

En somme, cet homme est loin, très loin de parler à travers son chapeau lorsqu'il parle d'économie, qu'elle soit mondiale ou sectorisée. Il a récemment passé une entrevue avec le journal La Tribune, où il parle de l'importance de trouver des solutions à long terme pour sortir des crises économiques.

« Aucune économie n'est jamais revenue à la prospérité avec des mesures d'austérité.»

Cette citation, en réponse à une question portant sur la santé économique de l'Union européenne, a été utilisée comme titre de l'article en question, et à juste titre. Mais c'est la suite de sa réponse à cette question qui porte tout son sens: «Il faut absolument éviter de sombrer et de détruire l'industrie, car la reconstruire coûte très cher.»

Ce qu'il faut comprendre ici, c'est que les mesures d'austérité nuisent au démarrage et au maintien des entreprises, particulièrement aux petites et moyennes entreprises (PME) du Québec et d'ailleurs, et ce sont ces dernières qui emploient les populations et leur permettent de bien gagner leur vie. D'ailleurs, il reste sur un thème très cher au PLQ, l'emploi, en mentionnant que les crises économiques ne se terminent qu'avec le plein-emploi, ce qui n'est pas atteint au Québec. Selon l'Institut de la statistique du Québec, le taux de chômage en 2014 était de 7,7% pour l'ensemble du Québec, de 8,2% dans la grande région métropolitaine, avec une pointe de 16,4% pour la région administrative de la Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine. Les libéraux ont promis 250 000 emplois d'ici 2018, et ce que l'on sait, c'est qu'il s'est perdu plus d'emplois qu'il s'en est créé au Québec depuis qu'ils ont pris les rênes du pouvoir. En plus, les emplois créés tendent à tirer de plus en plus vers le temps partiel, donc vers la précarité.

Faut-il alors être découragé par l'ampleur du problème? Pas du tout, si l'on en croit M. Stiglitz:

«La première des priorités est de créer les conditions pour que la demande reparte. Il y a plusieurs moyens de le faire. Je prône pour ma part de le faire en investissant dans l'éducation, dans les technologies, dans l'innovation et dans les infrastructures, ce qui est ardu à enclencher rapidement. Nous devrons également bien comprendre pourquoi jusqu'ici notre économie n'a pas fonctionné et penser à comment nous pouvons faire pour changer les choses. Dans ce cadre, le système financier doit être régulé.»

Si un seul mot devrait être retenu de la citation ci-haut, c'est celui-ci: investir.

L'éducation, les technologies, l'innovation et les infrastructures sont des domaines hautement susceptibles de créer du savoir, des nouvelles idées, de la renommée, et bien sûr, des emplois! Ce qui est exactement le contraire de ce qui se passe actuellement au Québec, où le gouvernement, par ses diverses mesures et coupures dans tous les secteurs, est en train de faire contracter l'économie sous prétexte de l'assainir, au point où les conséquences dans 10 ans seront désastreuses.

«Notre société est pour l'instant trop concentrée sur le court terme, cette conception du système a d'ailleurs provoqué la crise financière.»

Bien content de voir des sommités économiques mentionner pareille évidence, qui pourtant ne semble pas faire l'unanimité chez mes contemporains. Nos dirigeants pensent à la semaine prochaine, à l'an prochain, au prochain mandat, mais ne voient pas plus loin que l'échéance électorale. Mais l'économie n'est pas un sujet qui dure quatre ans, ou cinq, mais une décennie, voire un siècle! Il faut des dizaines d'années pour observer les effets de certaines mesures économiques (comme par exemple, investir massivement dans la création d'emplois locaux dans les régions), mais il n'en reste pas moins qu'elles sont efficaces! Et dans ce contexte, penser à vendre nos sociétés d'État, en tout ou en partie, est une idée scandaleuse qui vise à rapporter quelques millions maintenant, et à nous faire perdre des milliards à long terme....

Et je terminerai sur une dernière citation, qui résume à merveille ma pensée sur le sujet:

«La vraie question n'est pas économique et technique, car nous savons ce que nous avons à faire, mais décisionnelle : nos dirigeants auront-ils la volonté d'agir? Il n'y aura pas de retour à la prospérité si les décisions stratégiques des entreprises continuent à se faire dans l'intérêt de la maximisation des rémunérations des actionnaires».

Merci, M. Stiglitz, pour cette leçon d'économie.

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