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Qui paie la note en fin de compte?

01/10/2014 02:45 EDT | Actualisé 01/12/2014 05:12 EST

En déposant le projet de loi 10, le Parti libéral se propose de faire des économies en coupant dans les agences de santé et des services sociaux et, semble-t-il, regarde aussi du côté des commissions scolaires et autres lieux où se concentrent tous les ronds de cuir inutiles sans visages et payés grassement à même nos impôts.

Couper dans les services aux citoyens? Que nenni! Le bon docteur Barrette se pose en chien de garde des services essentiels aux citoyens...

Et pourtant, qui sont tous ces gens qui, par le scalpel chirurgical du docteur Couillard, sont à ce point inutiles que de s'en délester fera émerger l'économie du Québec entière hors du gouffre financier? Du bois mort, toutes ces femmes et ces quelques hommes qui soutiennent les personnes les plus vulnérables de notre société: les malades, les personnes âgées, les personnes handicapées, et notre jeunesse?

On ne coupera pas des services directs, dit-il, mais dites-moi qu'est-ce qui est plus direct que ces secteurs d'emploi, les deux seuls parmi les 18 secteurs d'emploi de qualité répertoriés par Statistique Canada où les femmes figurent en majorité? Du bois mort, ces femmes qui sont maintenant les réelles pourvoyeuses de leur famille? Car qu'on se le dise, le pacte social maintenu jusqu'aux années 60 où les hommes-chefs de famille rapportaient l'entièreté du revenu familial est fini depuis longtemps.

D'une part, les femmes sont maintenant scolarisées et entrent de plain-pied dans le marché de l'emploi, et d'autre part, la structure familiale ne repose plus que sur les hommes.

Derrière ces coupures d'emploi, je répète: dans les seuls secteurs qui offrent un salaire équitable et des conditions d'emploi de bonne qualité pour les femmes, derrière ces coupures, il y a des familles. Parce que le fardeau économique des familles, messieurs Barrette, Couillard et Leitao, est aujourd'hui majoritairement porté par les femmes.

On ne peut vraisemblablement envisager que vous tentez, délibérément, de retourner les femmes à leurs cuisines, mais dites-vous bien que le résultat est le même: en coupant dans les secteurs largement occupés par les femmes, vous appauvrissez les familles et vous élargissez encore le profond gouffre entre les plus pauvres et les plus riches de notre société.

Cette mesure, ajoutée à vos ambitions de vouloir gratter un peu dans l'universalité du programme de financement des CPE et à celles, très machistes, de vouloir investir massivement dans les secteurs d'emploi hautement masculins tels que l'industrie lourde dans la réactivation du Plan Nord, a de quoi inquiéter tout le mouvement féministe, mais aussi toute la structure économique du Québec, car si le Québec a été touché en moindre mesure que l'Ontario et plusieurs autres provinces du Canada, c'est justement parce qu'au même moment où frappait le plus gros de la dernière grande crise économique mondiale, le Québec investissait massivement dans son économie réelle en permettant l'accession de 70 000 femmes au marché du travail grâce à son programme de financement des CPE.

Votre vision de l'avenir du Québec, messieurs, est à mon avis la meilleure manière de fragiliser le pays face aux prochaines crises qui ne manqueront pas d'arriver. Peut-être devriez-vous réaligner votre angle d'attaque dans la planification de votre budget 2015 et prendre un peu de recul pour mieux comprendre les impacts de vos mesures sur le tissu économique du Québec.

Parce qu'en bout de ligne, qui paiera la note de votre budget d'austérité, si ce n'est les citoyens eux-mêmes et les générations à venir? Parce que le but d'un gouvernement responsable n'est-il pas de soutenir le développement socio-économique d'un pays plutôt que de le fragiliser?

> Projet de loi 10