Cedric Lizotte

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Une poutine dans le top de... Kuala Lumpur

Publication: 20/12/2012 11:10

C'est maintenant officiel, la poutine, c'est une affaire internationale. La revue en ligne Time Out a inclus une poutine au fromage bleu dans son palmarès du meilleur de Kuala Lumpur pour l'année 2012.

Paru la semaine dernière et proposant des plats très variés, tels un dry pan mee traditionnel ou un plat de thon jaune et d'œufs de caille pochés, le palmarès couronne les « 28 meilleures choses qu'on ait mangées cette année » dans la capitale de la Malaisie.

Pressé de comprendre ce qui peut pousser un restaurant à mettre des variations de notre plat national sur le menu, et aguiché par le fumet de la sauce brune, je me suis donc rendu chez Petite Millie, un resto de type bistrot dans un centre d'achats dans une banlieue huppée de KL. Un restaurant qui offre de la bouffe de qualité situé dans l'équivalent du mail Champlain? Fallait le voir pour le croire...

J'entre dans le centre d'achats et trouve un répertoire pour me diriger. Résultat de ma recherche : plus de 120 restaurants. Ma comparaison avec le mail Champlain est donc probablement un peu tirée par les cheveux.

Le copropriétaire, Lionel Lau, m'accueille sur place et m'offre de goûter à cette version de la poutine : une combinaison de fromage bleu danois, de cheddar doux râpé, de sauce au bœuf et au poivre, de lanières de bœuf sautées, d'oignons caramélisés et, malheureusement, de frites congelées.

Lisez la suite du billet après les photos

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  • La poutine au fromage bleu

  • Le restaurant Petite Millie

  • Le menu

De Drummondville à Kuala Lumpur

Ma première question, et celle sur les lèvres de tout bon québécois : pourquoi?

« Je me suis rendu à un diner donné par Mark McEwan au cours duquel on nous a offert une copie de son livre de recettes, me répond M. Lau. Son livre comprend sa version du plat, une poutine de homard. Je n'y avais jamais goûté, mais j'ai rapidement deviné ce à quoi ça devait ressembler! »

Déjà partenaire dans une aventure de haute-gastronomie française à KL, le restaurant Millésime, M. Lau a voulu ouvrir une succursale plus relaxe. Et pour lui, la poutine faisait parfaitement partie du portrait lorsqu'il a ouvert Petite Millie. « Le quartier ici est plus banlieusard, et les gens ont un pouvoir d'achat. Cependant ceux-ci sont à la recherche d'une manière d'aller manger sans se soucier de comment s'habiller, image-t-il. Parfois, on met même du foie gras sur le menu, et les gens sont prêts à payer pour y goûter, même s'il s'agit d'un endroit très informel. Il y a à peine dix ans, ça n'aurait jamais été possible », estime l'homme d'affaires.

La gastronomie de l'Ouest

Bien qu'il s'agisse d'un restaurant « à la française » à cause de son nom, il ne s'agit pas d'un bistrot classique. En fait, il n'y a aucun item de gastronomie française sur le menu. « Au début, on avait plusieurs items classiques sur le menu. Les Malaysiens n'y étaient pas nécessairement ouverts. On a dû adapter au goût local. Par exemple, lorsque des familles viennent luncher, on avait souvent des demandes pour des hamburgers, même s'il n'y en avait pas sur le menu. On a donc décidé d'en mettre, mais de le faire à notre manière. Qu'on le veuille ou non, il s'agit d'un business... »

D'un autre côté, il estime que les Malaysiens sont prêts à essayer des nouveautés, tel le fromage bleu, encore inconnu - comme fromage en général, d'ailleurs - en Asie. En fait, en Asie, s'il ne s'agit pas de nourriture japonaise, coréenne, chinoise, thaïlandaise, ou toute autre culture asiatique prédominante, il s'agit de bouffe « Western ».

La bouffe malaisienne est très variée, mais relativement cantonnée : des restos chinois dans le quartier chinois, des currys et des biryanis dans Little India, et de la bouffe locale influencée par la Thaïlande dans le nord et par l'Indonésie dans le sud.

Congelées? Vraiment?

Un peu agacé par la présence de frites congelées dans la poutine « lauréate » de Petite Millie, je demande au proprio s'il a de la difficulté à « sourcer » ses ingrédients. « Au pays, plusieurs items sont impossibles à trouver. Je dis souvent qu'il s'agit de barrières économiques déguisées en religion (NDLR : la Malaisie est un pays musulman.) Parfois, nous devons improviser. » Pas de poutine au bacon, donc.

Et, bien sûr, le fameux fromage-qui-fait-skwick est introuvable en Asie.

Mais qu'en est-il des patates?

« Non, il y a assez d'importateurs. En fait, les patates font de plus en plus partie de la diète des Malaisiens urbains. »

S'agit-il de paresse, alors? ...Petite Millie peut peut-être se consoler du fait que plusieurs endroits au Québec commettent aussi le « crime de la frite congelée ».

 

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