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Je me sens toujours mal.. de ne rien faire

31/10/2013 11:39 EDT | Actualisé 31/12/2013 05:12 EST

Je me sens toujours mal... ou le portrait d'une génération qui se sent obligée de toujours donner son 110 %, dans tout, avec tout le monde, tous les jours.

Samedi matin, je me réveille trop tôt comme d'habitude. Je rêve de dormir jusqu'à 11 : 00 ou midi comme ma sœur de 20 ans en est encore capable. Mais moi, j'en suis incapable. À 9 : 00 maximum je suis complètement réveillée la fin de semaine. Mon corps est tellement habitué d'être en carence de sommeil que, dès qu'il dépasse les « 7 heures en moyenne » de sommeil, il se réveille! Récupérer mon sommeil ? Quelle drôle d'idée ! Donc, samedi matin, 9 : 00, je suis super réveillée, mais je n'ai aucune énergie ; je suis une larve humaine et je n'ai qu'une seule envie : me reposer, ne rien faire de la journée. Ce que je ne ferai évidemment pas ...

Situation récurrente : j'ai souvent envie de « ne rien faire », mais dans les faits, j'en suis incapable. J'ai toujours l'impression que je devrais faire quelque chose. Que je devrais être en train de maximiser mon temps !

Que ce soit au bureau ou dans notre vie personnelle, on se sent obligés de donner son 110% dans tout, avec tout le monde, et ce, 7 jours sur 7.

Mon petit ange penché sur mon épaule droite me dit que j'ai de très bonnes raisons d'être à l'aise à l'idée de ne rien faire. J'ai des semaines chargées, je suis au bureau tous les matins à 8 :30 et je n'arrête pas de la journée...à chaque jour !

On se sent obligés d'être constamment en mode production : il nous faut produire au maximum, être efficace, juste, créatif, intelligent, posé, toujours faire le bon commentaire au bon moment, livrer les meilleures idées, les meilleurs projets et ce, tout le temps, tous les jours. Pourtant... est-ce vraiment réaliste d'être « super » à tous les jours ? Absolument pas !

Un récent article paru dans la revue Urbania consacré à la génération Y, simplement intitulé « Génération Must Have it All », a suscité de vives réactions sur les médias sociaux. (lien : http://urbania.ca/blog/4480/generation-must-have-it-all)

Ce billet évoque justement notre propension à ne jamais nous accorder de pause, parce qu'on se dit : « peu importe : il faut être extraordinaire. » (extrait de Génération Must Have it All, Urbania, Aurélie Lanctôt )

Serait-on incapables de se convaincre que c'est OK une journée d'être juste... OK ? On reste au bureau jusqu'à ce que notre cerveau soit trop mort pour fonctionner convenablement ou efficacement. On rentre souvent trop tard chez soi, le cerveau dans la brume, les jambes qui flanchent et les paupières lourdes. Ä peine sortis du bureau, on n'a qu'une seule envie : rentrer écouter la télévision et se coucher le plus tôt possible. D'un autre côté, notre liste de trucs qu'on « devrait faire » défile dans notre tête :

• cette amie que je n'ai pas vue depuis des mois, je devrais aller prendre un verre avec elle;

• ma mère se plaint que je ne vais jamais souper avec elle, je devrais aller la voir!

• ma meilleure amie me demande d'aller suivre ce cours de Zumba avec elle depuis des mois, en plus c'est une bonne façon de faire de l'exercice... j'ai peut-être encore le temps de me rendre si je me dépêche;

• je pourrais m'avancer sur ce dossier ce soir;

• je dois aller à l'épicerie... il n'y a plus rien à manger! ah ! et puis je devrais faire une tarte aux pommes ou au moins un dessert élaboré cette semaine;

• ah ! et puis je devrais aller au gym, oui je dois absolument aller au gym au moins 3 fois par semaine!

Le problème, c'est qu'on n'en a pas tant que ça, de vraies obligations, mais qu'on se sent toujours mal de ne pas s'en trouver, justement, des obligations. En ce samedi où je me suis réveillée trop tôt et que j'ai accepté, pour une rare fois, de dire à mon amie ce que je pensais vraiment : « Je n'ai pas envie de faire quoi que ce soit, je n'ai pas envie d'aller bruncher ni de magasiner. Je ne veux rien faire. » Elle m'a répondu « Mais là... on est samedi! On ne peut pas rien faire! On travaille comme des folles toute la semaine, il faut bien profiter du peu de temps libre qu'on a. »

Conclusion : On vit tous le même dilemme. On se sent tous mal, tout le temps... On se sent mal de ne rien vouloir faire ou on se sent mal de ne pas être allés au gym 3 fois cette semaine. On se sent mal de ne pas recevoir nos amis à souper plus souvent. On se sent mal de ne pas aller voir notre famille toutes les semaines. On se sent mal de ne pas cuisiner plus souvent. Tout ce qu'on veut faire, c'est relaxer, mais on « overbooke » notre week-end mur à mur pour « profiter du peu de temps libre qu'on a ».

Y comprenez-vous quelque chose ? Pas moi. Mais bon... on se complait tous dans cette étrange contradiction.

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