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Mario Beaulieu chef du Bloc Québécois: enfin, une victoire!

20/06/2014 01:16 EDT | Actualisé 22/08/2014 05:12 EDT

« Enfin, une victoire! » se sont écriés les militants de Mario Beaulieu lorsque sa nomination a été annoncée au théâtre Le National, samedi matin, remportant le suffrage avec 53,5% des voix. Il faut dire que le clan des « purs et durs », comme certains le nomment (les autres seraient-ils dès lors des impurs et des mous? Je ne le crois pas), n'a pas l'habitude de gagner. Depuis le référendum de 1995, il a été marginalisé au sein des partis politiques indépendantistes, alors que ces derniers déployaient des stratégies bonententistes de « gouvernance souverainiste ». Au lieu de vouloir provoquer quoi que ce soit, on préférait attendre. Attendre la conjoncture parfaite, les fameuses « conditions gagnantes ».

En toute honnêteté, je crois que cette stratégie était viable un temps. Cela explique les succès du Bloc Québécois sous l'ère Duceppe, puisque le sentiment indépendantiste était largement réactionnel : d'abord, à l'échec de Meech en 1990, puis aux révélations du scandale des commandites en 2004. Cependant, à partir du moment où la grogne suivant la Commission Gomery s'est dissipée, l'appui à l'indépendance n'a cessé de reculer. Lentement certes, mais sûrement. Tout ça, pendant que la nouvelle génération se politisait sans être mobilisée sur le « pourquoi » du projet de pays. Dans ce contexte, les partis indépendantistes ne peuvent plus se permettre d'attendre éternellement une tempête constitutionnelle qui ne viendra possiblement jamais. Nul besoin d'attendre de claquer la porte-suite à une crise : nous sommes capables, rationnellement, de jauger le pour et le contre. Il faut seulement faire le travail différemment.

En ce sens, l'arrivée de Mario Beaulieu à la tête du Bloc Québécois est rafraîchissante. Elle marque une page de l'histoire du mouvement indépendantiste, un changement de stratégie important, puisque M. Beaulieu soutient qu'il ne faut pas seulement « se préparer à réagir », mais être proactifs sur le terrain en faisant la démonstration positive du projet de pays, et ce, particulièrement dans les cégeps et les universités.

Avec Mario Beaulieu, j'ai confiance pour l'avenir du mouvement indépendantiste. Non seulement il saura reconnecter le Bloc Québécois sur sa base électorale de 35 à 40% de la population - laquelle était passablement ébranlée ces dernières années avec une raison d'être laissée pour compte -, mais il saura répondre avec brio aux nombreux défis l'attendant de pied ferme.

Dans un premier temps, il faut remobiliser la jeunesse québécoise autour de la question nationale. Les jeunes ont besoin de causes porteuses pour s'y associer et, on ne le dira jamais assez, pour être convaincant, il faut être convaincu. Assumer clairement l'option indépendantiste redorera le blason du Bloc Québécois auprès des générations Y et Z. De plus, la présence de nombreux jeunes dans l'entourage du nouveau chef Mario Beaulieu ne pourra que faire boule de neige. Il est en effet prouvé que les jeunes sont largement politisés par le biais de modèles. Un jeune s'identifiera à un parti politique s'il y retrouve des éléments auxquels il peut s'associer. En plus de rajeunir le parti, la grande présence et implication des jeunes au Bloc Québécois - notamment via les candidatures lors des prochaines élections en 2015 - est donc de très bon augure pour reconquérir cette frange essentielle de la population québécoise.

Dans un second temps, il est primordial de travailler avec les communautés culturelles. Un sondage récent indique qu'en Écosse, les nouveaux arrivants appuient davantage l'indépendance que leurs concitoyens écossais « de souche », et ce, de l'ordre de 64% chez certains groupes alors que la proportion est actuellement de 48% au sein de la population. Bien qu'au Québec, les idées préconçues à cet égard soient tenaces, il est faux de prétendre que c'est peine perdue, que les nouveaux arrivants n'adhéreront jamais à notre projet de pays. Les statistiques nous montrent qu'après le référendum de 1995, bien que l'appui à l'indépendance ait stagné, les citoyens issus de l'immigration y sont davantage favorables qu'ils ne l'étaient auparavant. Après l'épisode de la Charte des valeurs, certains ponts sont toutefois à rebâtir, mais le terreau est bel et bien fertile. Après tout, comment des individus ayant vécu l'indépendance de leur propre pays pourraient-ils être fondamentalement contre celle de leur pays d'adoption? Encore une fois, une bonne dose de pédagogie est nécessaire, mais il importe surtout d'aller vers eux afin qu'ils se sentent la bienvenue en tant que nouveaux Québécois. Une chose est sûre : jamais je n'ai vu autant d'immigrants impliqués au sein du mouvement indépendantiste que dans l'entourage de Mario Beaulieu. Ce dernier a d'ailleurs toujours affirmé qu'il s'est d'abord impliqué au Parti québécois en tant que président de Montréal-centre afin de travailler à rejoindre les communautés culturelles. Naturellement, en tant que chef du Bloc Québécois, ce sera certainement l'une de ses priorités.

Dans un troisième temps, il faut unir les indépendantistes de toutes les allégeances. Le Bloc Québécois est en le lieu de rassemblement tout indiqué, puisqu'il est le seul parti indépendantiste sur la scène politique fédérale. Par ailleurs, Mario Beaulieu a déjà amorcé ce travail primordial. Au sein de son organisation de campagne se côtoyaient des militants du Parti québécois, d'Option nationale et de Québec solidaire. Déjà, les assises se préparent. Mario Beaulieu, avec le Bloc Québécois, les solidifiera. Cela est sans compter les nombreux liens qu'a tissés M. Beaulieu avec les organismes de la société civile au cours de son mandat à la Société Saint-Jean Baptiste de Montréal.

Maintenant, avançons. Cap sur 2015!

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