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Qu'on laisse le Québec décider

24/09/2013 12:30 EDT | Actualisé 23/11/2013 05:12 EST

Cela fait déjà plusieurs semaines, voire même plusieurs mois, que la question de la Charte des valeurs québécoises est sur toutes les lèvres. Mais pas juste au Québec. Le Canada anglais - ses représentants politiques et médiatiques, on s'entend - se déchaîne lui aussi dans ce dossier.

Ce qui me désole le plus, en fait, concerne la réaction des partis fédéraux à l'annonce de la Charte. Ces partis canadiens qui, encore une fois, tentent de s'immiscer dans les affaires du Québec. Pas comme si cela était étonnant, bien au contraire : cela perpétue une longue histoire d'ingérence continuelle. Ainsi, Justin Trudeau et son Parti libéral du Canada (PLC), tout comme Thomas Mulcair et son Nouveau parti démocratique (NPD) ont vite fait de monter aux barricades suite à l'annonce de Bernard Drainville le mardi 10 septembre dernier.

Quant au gouvernement d'Ottawa, mené par les troupes conservatrices de Stephen Harper, il est rapidement intervenu par l'entremise des ministres Denis Lebel puis Jason Kenney pour affirmer que le gouvernement du Canada n'hésiterait non seulement pas à contester la Charte des valeurs québécoises sur le plan politique, mais également à prendre les moyens juridiques nécessaires pour la défaire, si elle venait à être adoptée par les députés de l'Assemblée nationale, que les citoyens du Québec ont pourtant dûment élus pour les représenter.

Depuis, le gouvernement conservateur s'est quelque peu distancié de la question, mais le NPD, lui, en remet. Lundi dernier, le chef Thomas Mulcair est même allé jusqu'à déclarer que son parti était prêt à financer - rien de moins! - les recours qui seraient éventuellement pris contre la Charte des valeurs. Alors que son caucus compte en très grande majorité des élus du Québec, il ose affirmer qu'il prendra des moyens pour museler ceux-là même que son parti est censé représenter à la Chambre des communes. Cela prend une bonne dose de culot, c'est le moins qu'on puisse dire.

Et ce n'est pas tout. Jeudi, ce sont les députés de l'Assemblée législative ontarienne qui se sont prononcés unanimement contre la mise en place de toute Charte de valeurs dans leur province, en réaction au débat se tenant au Québec, dénonçant du même coup à grands cris le projet de leur voisin. Rappelons-nous par ailleurs que l'Ontario est venu bien près d'instaurer des tribunaux de la charia, la loi islamique, sur son territoire il y a quelques années.

On peut, très légitimement, être d'accord ou pas avec la question de la laïcité et la façon dont ce projet est porté par le gouvernement du Parti québécois de par sa fameuse Charte des valeurs québécoises. Cependant, il est faux de vouloir noyer l'importance de ce débat de société, au nom de la bonne entente (ou pour éviter de la «chicane», qu'on déteste tellement au Québec) et ainsi lui reléguer le titre de «faux problème» comme l'a fait le chroniqueur Benoît Aubin dans le Journal de Québec au lendemain de l'annonce de la Charte.

C'est un enjeu qui est au contraire appelé à être débattu dans tous les pays occidentaux dans les années à venir et ce, dans un sens comme de l'autre (on n'a qu'à se référer à la France qui tend de plus en plus vers la laïcité versus la Turquie qui revient tranquillement sur ce principe alors que la laïcité de son État était déjà acquise). C'est, pour ainsi dire, un incontournable débat qui se profile à l'international. Et le Québec - soumis aux politiques du multiculturalisme canadien - ne pourra certainement pas s'en dérober. Mais le choix que les Québécois feront au terme de ce débat n'appartient ni aux médias canadiens - dont l'opération de Québec-bashing est encore une fois grandiose - ni aux députés des autres provinces, et surtout pas aux partis politiques fédéraux. Les changements proposés, qu'ils soient adoptés comme tels ou qu'ils soient remoulés, seront inscrits dans la Charte québécoise des droits et libertés de la personne, il faut le rappeler.

Si les conservateurs, les libéraux ainsi que les néo-démocrates souhaitent - dans un rare moment de coalition - faire front commun contre le Québec en lui opposant la Charte canadienne des droits et libertés, grand bien leur fasse. Cela vaut également pour les provinces canadiennes qui seraient tentées de suivre la voie de l'Ontario. Qu'à cela ne tienne : on ne s'étonnera toutefois pas si une forte fièvre indépendantiste vient à regagner les Québécois. On les comprendra. Car être indépendant, cela signifie de prendre toutes les décisions pour l'avenir, soi-même, sans entrave d'une quelconque autorité supérieure: ici, Ottawa. Autrement, on y reste subordonné et une réelle capacité décisionnelle continuera de nous échapper collectivement. Peu importe ce qu'on veut décider.

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