Catherine Fournier

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À toi qui désires aller vivre en Ontario

Publication: 03/12/2013 00:52

«J'ai envie d'aller vivre en Ontario». Ce commentaire, lu ici même sur le Huffington Post Québec après que le ministre des Finances, Nicolas Marceau, ait livré sa mise à jour économique à l'Assemblée nationale jeudi dernier m'a fait sursauter. Non pas que j'en sois surprise - on peut lire des commentaires de la sorte tous les jours - mais je ne peux m'empêcher d'en être exaspérée. Mon billet d'aujourd'hui s'adresse donc à ce lecteur. Et à tous ceux qui se reconnaissent en lui.

Cher lecteur désirant aller vivre en Ontario,

Laisse-moi d'abord te dire que je ne suis pas friande des comparaisons. Elles n'offrent pas les meilleurs portraits d'une situation, tous domaines confondus. J'accepte toutefois, pour te répondre, de me prêter aujourd'hui au jeu. Regardons donc ensemble quelques faits, si tu le veux bien.

Oui, il est vrai que le déficit québécois atteindra 2,5 milliards de dollars cette année. Oui, c'est beaucoup d'argent «dans le trou». Je l'écris entre guillemets, car il faut savoir que cet argent sert à financer des services, essentiels pour la plupart. Encore faut-il aussi savoir que le déficit représente une donnée volatile... Mais soit. En se fiant aux données du ministère des Finances, le déficit du Québec en 2013, en pourcentage du PIB, sera de 0,7%. La moyenne de l'OCDE - les pays riches -, se situe quant à elle à 4% selon l'Institut de la statistique du Québec (ISQ). En Ontario, c'est 1,7%. Un point de pourcentage de plus que le Québec! La différence est encore plus grande quand on jette un œil au déficit par habitant pour 2013. Au Québec, il représente 309$, tandis qu'en Ontario, c'est 873$. Es-tu toujours bien sûr de vouloir y déménager ?

En outre, l'ISQ nous apprenait vendredi une croissance de 0,4% du PIB québécois pour le mois d'août - comparativement à 0,3% à l'échelle canadienne -, allant même au-delà des espérances des institutions financières*. Une croissance de 1,2% de l'économie québécoise en 2013, telle que la prévoit le ministre Marceau, est donc des plus réalistes. Le PIB étant, d'ordre général, la mesure préférée des économistes (bien que très incomplète), je suis certaine que tu t'en verras rassuré.

Cela est sans compter que le marché de l'emploi se porte particulièrement bien actuellement au Québec, fort de 34 000 emplois supplémentaires en octobre. Pendant ce temps, toujours en Ontario, on assistait à un recul de l'emploi selon Statistiques Canada.

Par ailleurs, il faut que tu saches que les économistes québécois sont optimistes quant aux perspectives économiques du Québec. En effet, un sondage réalisé auprès des membres de l'Association des économistes québécois (ASDEQ), dont les résultats ont été dévoilés vendredi, montre qu'une forte proportion (58%) est d'avis que la situation économique du Québec se maintiendra dans les prochains mois. Plus du quart (28%) croit même qu'elle s'améliorera! Seul un maigre 11% envisage une détérioration économique.

Il faut dire que le Québec est privilégié. Son économie, fortement diversifiée, fait des envieux à travers le monde. C'est également le cas à l'intérieur même du Canada. Les provinces traditionnellement «riches», telles que l'Alberta et l'Ontario, sont en effet forcées d'envisager un avenir plus précaire. Pourquoi? C'est qu'elles ont beaucoup plus de chances que le Québec de faire défaut de paiements dans un horizon à long terme. La situation a déjà commencé à se détériorer grandement en Ontario depuis la crise de 2008 et son impact sur l'industrie de l'automobile. Il ne suffit que le marché du pétrole dégringole pour que la même chose se produise en Alberta. Ou que ses ressources s'épuisent. Car, faut-il le rappeler, elles sont non-renouvelables.

Bref, voilà de quoi relativiser les choses! N'est-ce pas, cher lecteur?

Le PQ s'est certainement trompé lorsqu'il a énoncé son objectif d'atteindre le déficit zéro après seulement un an de mandat. Même le chef du PLQ, Philippe Couillard, a admis - allant à l'encontre de la cassette répétée ad nauseam par son caucus - qu'une telle entreprise était impensable. On ne peut alors aujourd'hui qu'applaudir la décision du PQ de ne pas sombrer dans le dogmatisme afin de remplir son objectif coûte que coûte. Du sabrage supplémentaire dans les services publics aurait été eu un effet désastreux et il n'était pas question d'imposer un fardeau supplémentaire aux contribuables. Au final, les gagnants sont les citoyens, qui pourront respirer un peu mieux. Tous les citoyens. Dont toi.

Après, on peut toujours remettre en question cette lubie du déficit zéro, mais ça, c'est un autre débat.

Sur ce, passe une belle journée, cher lecteur, et à la prochaine.


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