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Consulter: les avantages de la durée

25/01/2015 11:19 EST | Actualisé 27/03/2015 05:12 EDT

Il est facile de dire sans exagérer que presque tout, dans notre société occidentale, nous happe vers l'extérieur, vers la surface de nous-mêmes. Notre attention, par l'intermédiaire de nos sens, est constamment réquisitionnée au-dehors par des images qui changent de plus en plus vite, par des sons de plus en plus forts et agressants, par de la vitesse toujours plus grande, par des saveurs sans cesse réinventées, etc. On en est d'ailleurs à pratiquer des sports extrêmes ! Tout ce qui sert à nous distraire est de plus en plus gros, plus soutenu, plus intense que jamais. Il suffit de voir la taille de nos télés !

L'impact du rythme effréné auquel nous vivons est simple : on s'en trouve désensibilisé, gelé de l'intérieur et ça, c'est un problème. Parce que quand il s'agit de ralentir pour écouter ce qui se passe en nous, on a non seulement peur, on ne sait plus comment s'y prendre ! On se sent mal sans parvenir à dire pourquoi ni même ce qui a déclenché notre malaise. On est tellement coupé de nous-mêmes qu'on ne parvient plus à s'éprouver soi-même. On a perdu l'expérience du silence, du son de nos pensées et même de la saveur « réelle » de nos émotions.

Se retrouver

Consulter c'est s'offrir à soi-même une heure de l'attention indéfectible de l'autre. Notre thérapeute nous alloue son entière disponibilité, nous écoute quoi qu'on dise. Il s'agit là d'un traitement auquel on est peu habitué. On peut d'ailleurs avoir de la difficulté à recevoir autant d'attention même si une part de nous le souhaite ardemment !

Étant enfant, beaucoup d'entre nous avons souffert de manques d'écoute et d'attention qui ont généré différentes introjections. Certains se croient être indignes de l'attention et de l'amour de l'autre; d'autres au contraire, considèrent qu'ayant manqué de la sollicitude des autres, tout leur est dû !

Quel que soit le cas de figure qui nous colle à la peau, l'accueil et l'écoute adaptés de notre thérapeute auront des impacts transformateurs et permettront, dans un cas comme dans l'autre, de graduellement corriger la fausse loi jusque-là inscrite en nous.

À force d'être accueilli, écouté et vu sans complaisance ni jugement, on inverse le courant créé par nos blessures passées et on découvre qu'en vérité, on est important et aimable; envers et contre toutes nos idées préconçues sur nous-mêmes. Mais ces prises de conscience inestimables ne sont possibles qu'avec la durée.

Mais pourquoi est-ce si difficile pour beaucoup d'entre nous de poursuivre la thérapie dans la durée ?

Il y a plusieurs réponses à cette question, mais la raison la plus évidente est qu'on se sent rarement prêt à aborder notre souffrance, celle qui nous fait le plus peur, le plus honte et le plus mal. Le processus thérapeutique demande du temps ! On a tous des rythmes différents. Toutefois, on craint tous ce qu'on ignore et qu'on pressent à la fois de nous-mêmes.

Le processus thérapeutique implique un apprivoisement nécessaire avec notre propre intimité et avec le fait de se laisser voir par notre thérapeute. Cet apprivoisement peut, selon notre histoire personnelle, prendre plus ou moins de temps. À l'ère de l'information au bout des doigts, il est souvent ardu de comprendre la nécessité de la durée et de l'approfondissement. Cet apprivoisement doit mûrir pour qu'on ait la capacité de faire face à ce qui, en nous, est le plus souffrant. Comme certaines nourritures sont indigestes à l'estomac d'un nourrisson, certaines vérités qui nous concernent restent pour nous, longtemps inassimilables. D'ailleurs quand on est enfin apte à les voir, il nous paraît inconcevable qu'elles ne nous aient pas sauté aux yeux plus tôt !

Par l'apprivoisement, la confiance se construit et se confirme de rencontre en rencontre, pour que nous daignions vraiment nous laisser voir. Les véritables avantages au fait de consulter, ne viennent qu'avec la durée, qu'avec l'approfondissement de la relation avec notre thérapeute. Le temps permet au lien de confiance de se tisser, de rencontre en rencontre. Ce processus est naturel et fait appel à la patience. Celle-ci est souvent décrite comme étant la capacité à « se maîtriser face à une attente, à rester calme dans une situation de tension ». J'ose affirmer que la patience est devenue rare et sans aucun doute une qualité à développer pour la majorité d'entre nous.

Aujourd'hui, il est ardu de s'éprouver soi-même. On trouve ça long, on s'ennuie. Pourtant on est avec soi ! S'expérimenter soi-même ne devrait-il pas être une expérience heureuse ?

Il arrive qu'après quelque trois ou six semaines à raison d'une séance de thérapie hebdomadaire, certains décident d'arrêter. Je ne suis pas en train de dire qu'il faut persévérer en thérapie contre vents et marrées. Loin de là ! Mais souvent, c'est juste qu'on n'a pas la patience requise par l'exercice. Ce qui est particulièrement intéressant de noter, c'est que les gens s'arrêtent souvent juste au moment où ils allaient parvenir à une percée, à une de ces prises de conscience qui constituent un véritable palier, un saut intérieur qui permet de transformer les affectes.

Enfants, le fait d'exprimer nos émotions était rarement le bienvenu avec qui que ce soit. On n'a pas tous eu des parents attentifs et accueillants de nos humeurs et états d'âme ! Alors on peut guérir ces manques et blessures du passé, maintenant, en thérapie et surtout, en relation. C'est justement le fait de vivre nos souffrances en relation qui aide à les soulager. Mais ça demande de plonger en soi-même et de se laisser voir, sans pouvoir contrôler ce qui est vu, comme on peut le faire virtuellement, caché derrière notre écran d'ordinateur. En thérapie, on vient apprendre à se donner un lieu, un espace pour ressentir et s'éprouver soi-même afin de vivre plus en paix avec nous-mêmes et avec les autres.

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