Caroline Eliacheff

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Qui n'a jamais menti?

Publication: 10/04/2013 09:56

ÉDUCATION - Quand une catastrophe atteint des enfants, les adultes se demandent ce qu'il faut dire à ceux qui peuvent à juste titre ou dans leurs rêves s'inquiéter pour leur propre sort. On l'a vu récemment quand Mohamed Merah a tué des enfants. Jusqu'à présent, personne ne s'est inquiété des enfants à propos des révélations de mensonges qui nous occupent tant.

Pourtant, dans l'éducation, les parents se soucient universellement de l'obéissance et du mensonge. Si nombre de parents peinent à trouver le moyen de se faire obéir au point parfois d'y renoncer, je n'en connais pas qui tolèrent le mensonge et n'essayent d'inculquer que c'est mal de mentir.

Même si les animaux peuvent mentir pour sauvegarder leurs besoins primaires, on peut considérer que le mensonge est intimement lié au langage. Les enfants peuvent mentir dès qu'ils parlent et tous le font. Si un enfant ne mentait jamais, il lui manquerait de s'être confronté à la différence entre le réel et le fictif, entre le vrai et le faux. L'apprentissage de la sincérité passe par le mensonge dont la fonction n'est pas univoque: se rendre intéressant, sauver la face, éviter de se faire gronder, protéger un camarade ou un adulte ou au contraire le faire accuser et ceci n'est pas exhaustif.

Face à cette dynamique initiatique, la réaction des parents aura bien sûr son importance. Il est plus éducatif de trouver la cause du mensonge, de faire valoir le soulagement de l'aveu sous réserve qu'il ne renforce pas la punition, d'engager à ne pas dénoncer et d'apprendre à réparer plutôt que de se servir de la peur ou du chantage affectif. Mais le mensonge a ceci de particulier que si les parents respectent la plupart des interdits qu'ils imposent à leurs enfants, ce n'est pas le cas du mensonge: tous les parents mentent à des degrés divers, consciemment pour protéger l'enfant mais aussi parfois en lui laissant croire qu'il est tout-puissant ou qu'eux-mêmes sont tout-puissants à moins que ce ne soit sur ses origines.

Ils mentent aussi inconsciemment quand ils se mentent à eux-mêmes et là encore, ce n'est pas exhaustif. Ils doivent aussi enseigner que toute vérité n'est pas bonne à dire quand elle blesse la sensibilité de celui à qui elle s'adresse.

Il est banal de dire qu'un enfant arrive dans un bain de langage. Mais c'est aussi un bain de mensonges qui n'ont pas le même statut. Le mensonge dévoilé brise la confiance et blesse l'entourage. Ce que les parents ne se privent pas d'exprimer. En revanche, ils admettent difficilement que l'enfant à qui ils ont menti ne leur fasse plus confiance, comme s'ils bénéficiaient d'un statut d'exception.

Les adultes qui mentent dans le but conscient d'en tromper d'autres donnent l'impression de se croire toujours détenteur de ce statut d'exception. Les critères du bien et du mal n'ont pas changé mais c'est comme s'ils pouvaient négocier, en fonction de leurs intérêts, où placer la limite de la transgression. Les plus suspects sont ceux qui se donnent pour mission d'imposer la norme qu'ils ne s'appliquent pas. Est-ce à dire aux enfants? A vous de juger.

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  • Leur poser les bonnes questions

    Essayez de formuler les demandes d’une manière qui les pousse à vous en dire un peu plus. Par exemple, «Avec qui as-tu joué à la récréation aujourd’hui?»

  • Passer du temps ensemble

    Le meilleur moment pour leur poser des questions, c’est peut-être lorsque vous faites des activités ensemble, par exemple durant une marche ou lorsque vous faites un bricolage.

  • Demander aux enfants de tenir un journal

    Les enfants plus vieux aimeront peut-être avoir un cahier où ils pourront écrire quelques lignes chaque jour sur leur temps passé à l’école.

  • En faire un jeu

    Par exemple, vous pouvez leur raconter trois anecdotes de votre journée, incluant une qui est fausse. Les enfants doivent deviner laquelle, puis faire de même.

  • Faire de l’écoute active

    Soyez à l’affût de petits commentaires que vos enfants pourraient faire ici et là, sur les enseignants ou d'autres élèves. Il pourrait s’agir là d’un point de départ pour une conversation.

Retrouvez les chroniques de Caroline Eliacheff sur France Culture.
 
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