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<em>Off Beat Nation</em>

03/11/2013 09:39 EST | Actualisé 03/01/2014 05:12 EST

Par une belle journée un samedi midi, je descends de l'autobus 55 au coin des rues St-Urbain et de Maisonneuve pour aller prendre le métro. Il n'y a que quelques pas à faire lors de ce transfert avant de s'engouffrer dans le sous-sol de la Place-des-Arts. J'entends le chant d'un huard, la forêt, les grands espaces... Je rêve? J'aperçois du coin de l'œil des installations faites de pancartes explicatives en bois, la première raconte le Traité de la Grande Paix signé à Montréal en 1701 par Frontenac et 39 nations d'Amérique suite aux négociations avec 1300 représentants des tribus amérindiennes menés par l'éloquent Kondiaronk.

À deux pieds de ce cours d'histoire, un homme étendu de tout son long repose sur le trottoir dans un faisceau de lumière. Un autochtone, saoul mort. Ou tout simplement en pleine sieste. Ses trois copains amochés, aussi autochtones, discutent à ses côtés sur un banc. Je ne sais même pas s'ils entendent la nature qui s'exprime dans les haut-parleurs installés par l'évènement Mégaphone. La Grande Paix, oui. L'injustice est violente, le hasard d'autant plus, j'ai envie d'un contact avec eux. Un des hommes accepte de poser pour moi et me conduit vers un autre banc juste un peu plus loin, afin de respecter l'intimité de ses amis. Il pose dignement, le regard solidement fixé au loin et me dit fièrement qu'il est un des derniers à être né dans un igloo.

Les jours passent et je ne peux m'empêcher de regarder les photos et la vidéo dans mon téléphone. Le samedi suivant je retourne sur les lieux, sous la pluie cette fois. La bande a élu domicile ailleurs. Un coin de rue plus loin, le Musée d'art contemporain présente l'exposition Beat Nation. J'ai envie de m'imbiber d'espoir, celui de ces 28 artistes qui nous parlent de la culture autochtone en la juxtaposant avec celle des jeunes en milieu urbain.

À mon arrivée, un employé du musée offre une visite guidée inspirante à un groupe d'étudiants : « Qu'est-ce que ça veut dire, beat? ». L'un d'eux répond, le rythme. Et nation? Pays. Et pour le reste de ma visite, un mauvais jeu de mots résonne dans ma tête : off beat nation. Ce pays que nous habitons manque sérieusement de rythme. « Est-ce que les autochtones existent encore? ». Les jeunes opinent. « Est-ce qu'on les voit dans la ville? ». J'ai envie de répondre que plus souvent qu'autrement, on les remarque. On ne sait rien d'eux. Courez voir cette expo, non pas par devoir, mais parce qu'elle est sublime. Puis ça fait trop longtemps qu'on ne sait rien. Trop longtemps qu'on ne fait rien.

Réalisée par Kevin Lee Burton, une des vidéos les plus percutantes de l'expo pose les vraies questions identitaires : Where do you come from? Do you love yourself? What happens when you start speaking Cree? What are you going to do to bring your language home? Il est franchement étonnant que ce message ne résonne pas plus fortement chez nos élus québécois. À quoi ressemble la réalité de ces jeunes, quelle est leur identité autochtone, là, maintenant, aujourd'hui? La définition de celle-ci est leur seul salut.

L'évènement Mégaphone prend fin le 4 novembre. Il nous invite à lancer une idée sur notre ville. En voici une qu'on pourrait plutôt qualifier d'évidence: trouvons les moyens d'aider les peuples autochtones à se réapproprier leur territoire, leur ville, leur identité, faisons-le avec eux, mais surtout, laissons-les y arriver à leur manière. Je ne prétends pas être une experte en la matière ou connaitre les solutions, mais n'arrêtons pas d'en parler et finançons davantage les initiatives magnifiques comme le Wapikoni Mobile, cet organisme qui se rend directement dans les communautés autochtones pour permettre aux jeunes de prendre la parole en réalisant leurs films, et comme le disent si bien les œuvres des Beat Jordon Bennett et Jason 2Bears, « Replacer le passé dans le présent ».

Oh Canada, our home on native land.

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