Carole Lavallée

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Péter la bulle de la bulle Twitter

Publication: 02/08/2012 10:14

Les représentants de la presse salivent déjà en faisant des pronostics sur le fait que la campagne électorale qui vient d'être déclenchée sera une grande heure de gloire pour les médias sociaux et particulièrement pour Twitter.

Certains journalistes, par exemple, rêvent d'abaisser toutes les barrières entre les gens de pouvoir et eux, d'avoir accès à leur pensée brute et de les donner en pâture aux électeurs par le biais de leur média. Ils ne dédaignent pas voir un politicien faire une erreur puisque c'est ce qui fait souvent les manchettes de leur média.

Comme le disait Katia Gagnon (chef des actualités générales à La Presse) lors d'une conférence publique de journalistes à l'Astral en novembre dernier : « Les journalistes blâment les politiciens de sortir leur cassette et quand ils sortent de leur cassette, on les blâme parce qu'on trouve que ça n'a pas d'allure» et elle continue en disant que les journalistes considèrent alors que les politiciens font une erreur stratégique.

Twitter est une bulle

Selon un sondage rapide du « Plus grand quotidien français d'Amérique », seulement 7 % de ses lecteurs suivront l'actuelle campagne électorale québécoise sur Twitter ... 7 % ! N'oublions pas que selon les statistiques officielles (2009), pas plus de 76 % des Québécois ont accès à Internet et ceux qui y ont accès ne sont pas tous ni intéressés, ni abonnés à Twitter.

Sur le plan politique, Twitter est un média captivant quand on fait partie de la « bulle politique ». Dès le départ, des politiciens y ont vu un médium pouvant faire leur autopromotion (à la James Moore). D'autres s'en servent pour faire jeune (je retiens mon exemple). Et puis, parfois on a l'impression que d'autres l'utilisent par besoin compulsif d'être présents dans les médias (idem). Certains journalistes y ont vu un autre moyen de faire valoir leur reportage (oui, oui ... de l'autopromotion aussi) ainsi qu'une source d'information (les organisations y déversent systématiquement leur communiqué de presse).

Et une minorité de citoyens branchés s'y sont abonnés pour être aux premières loges de l'information, mais aussi avec le désir de faire connaître leurs commentaires.

Twitter n'est pas interactif

Mais si c'est facile de s'abonner aux vedettes de la twittosphère, c'est plus difficile de les séduire par nos humbles commentaires et d'en faire nos abonnés. Les journalistes et politiciens ne s'abonnent pas aux 140 caractères de simples citoyens. Quelques exemples? Richard Martineau peut se vanter de 39 300 abonnés, mais de seulement 72 abonnements; François Legault, 12 500 abonnés et 390 abonnements; Justin Trudeau 143 000 abonnés, 620 abonnements; Chantal Hébert, 27 800 abonnés, 47 abonnements.

Pour les non-initiés, ces chiffres signifient que, par exemple 39 300 personnes lisent les commentaires de Richard Martineau alors que, lui, ne lit que les commentaires de 72 twitteurs, en très grande majorité des collègues journalistes, des médias, des sites officiels comme celui de la Police. Allez voir ...

Faites l'exercice pour vous-même avec la personnalité de votre choix et vous constaterez de visu que les citoyens s'intéressent davantage aux vedettes que ces dernières ne s'intéressent à eux. Alors pour l'interactivité, on repassera. Est-ce que Twitter deviendra un autre média avec un cadre classique: les Élus parlent, les citoyens écoutent?

Twitter, c'est palpitant quand on est soi-même dans l'action, quand on fait partie de la bulle. Rien de plus excitant que de savoir avant tout le monde l'orientation et le sujet d'une grande chronique qui paraîtra le lendemain quand on est politicien, journaliste, conseiller politique ou attaché de presse. En politique active, ça peut même faire partie de la job.

Mais comme citoyen, quel est l'intérêt de se faire twitter et re-twitter ad nauseam les nouvelles qu'on entendra au téléjournal dans quelques minutes? Qui plus est, quand quelque chose se passe d'extraordinaire sur la toile, Twitter ou YouTube, les médias habituels (y compris le Huffington Post) nous en font des reportages. L'information arrive bien sûr avec quelques heures de retard, mais pour un citoyen qui ne doit voter que le jour du scrutin, est-ce que ça vaut vraiment la peine de gaspiller des heures accroché à son téléphone intelligent ou devant son ordi à lire beaucoup de choses insipides pour y découvrir une perle? De toute façon, les recherchistes des médias décortiquent les nouvelles pour nous dans les médias sociaux, les trient et nous en font rapport dans les 24 heures qui suivent à la télé ?

Pourquoi suivre la campagne électorale sur Twitter quand toutes les curiosités se retrouveront de toute façon dans nos médias habituels ?

Les gaffes sur Twitter, c'est (presque) fini

Il serait surprenant qu'on retrouve beaucoup d'humeurs de politiciens dans les médias sociaux. Au moment où j'écris, les grands partis auront déjà prévenu leur monde de ne régurgiter que les lignes déjà écrites dans les communiqués de presse officiels du parti.

Le romantisme de certains les porte à croire que seuls les politiciens qui transcrivent rapidement le fond de leur pensée sur leur clavier sont dignes de régner. La vérité, c'est que le meilleur des politiciens a parfois de sombres pensées qu'il est mieux de garder pour lui. La vérité, c'est que le meilleur des politiciens est plus fort et plus serviable à la société lorsqu'il a soupesé les décisions à prendre avec son équipe. Et la vérité, c'est que le meilleur des politiciens sait déjà tout ça.

Tant mieux! Les électeurs sont mieux servis par des politiciens réfléchis que par des politiciens qui nous abreuvent de leurs états d'âme circonstanciels.

 

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