Carla Beauvais

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Chantal Jolis: le courage d'une femme

Publication: 27/02/2012 22:57

J'ai appris la mort de Chantal Jolis alors que je discutais avec une amie fin vingtaine qui me racontait sa vie depuis que son médecin lui a appris qu'elle souffrait de la sclérose en plaques, cette maladie dégénérative. Elle me disait : « Lorsque le diagnostic tombe, la terre s'arrête de tourner. Il faut s'organiser, apprendre à vivre avec la maladie et vivre la vie malgré tout. » C'était difficile de continuer à être positive, alors que je savais que le parkinson est une maladie du même genre. Lire les mots « Chantal Jolis est morte » au moment où je cherchais des mots de réconfort pour mon amie m'a complètement anéantie.

Je me rappelle d'une phrase que Chantal avait dite à Nathalie Petrowski : « Face à un truc comme celui-là, t'as le choix. Tu peux décider d'en finir tout de suite. Mais si tu restes, faut que tu luttes moralement et physiquement. Surtout que, par rapport aux cas lourds que je vois dans les couloirs du Centre neurologique, je suis la jeune poulette encore fonctionnelle. On dirait que de voir ce que je vais devenir dans 20 ans me donne encore plus envie de mettre toutes les chances de mon côté pour retarder l'échéance le plus longtemps possible.»

Lorsque j'ai rencontré Chantal Jolis, elle traversait une période personnelle assez difficile et le courage dont elle avait fait preuve pour surmonter cette période trouble m'avait profondément marquée.

Durant sa maladie, du courage, elle en a fait preuve! C'était une lutte de tous les jours. Lorsqu'on se parlait au téléphone, je ne pouvais contenir mes larmes face à la force dont elle faisait preuve. Malgré tout, elle n'a jamais abandonné, elle aimait la vie! C'était une combattante!

Aujourd'hui j'ai pleuré pour la première fois. J'aimais tellement cette femme. J'ai eu l'honneur de travailler aux côtés de cette grande dame, cette passionnée, cette gardienne des traditions. Chantal Jolis est sans contredit la personne la plus chaleureuse que j'ai eu la chance de rencontrer dans la tour de Radio-Canada durant mon séjour de trois ans à titre de recherchiste.

Je ne peux oublier nos samedis soirs. Chantal, Lise Maynard et moi. On trinquait et on enregistrait Bachibouzouk dans les studios de Radio-Canada. Elle adorait le chocolat, et je me faisais un devoir d'aller en chercher dans une petite pâtisserie de la rue St-Denis avant chaque émission. C'était une tradition!

Bachibouzouk, n'était pas une simple émission de radio. C'était un rendez-vous pour les mélomanes, les amoureux du métissage et des découvertes. On ne se gênait pas pour danser dans les studios sur les rythmes endiablés de Cheb Mami, Afro Cuban All-Stars, Alpha Blondy, Angélique Kidjo, Carlos Placeres, Johnny Clegg, Mano Chao, Khaled ou même Diams (son fameux tube DJ). Mon Dieu, si vous l'aviez vue danser sur des rythmes africains avec Michel Mpambara ou de baladi avec Nabila Ben Youssef ! Avec Chantal Jolis, la bonne humeur en studio était toujours de mise. Elle pouvait avoir un sacré caractère, mais on lui pardonnait aussitôt, on savait que sa passion lui faisait faire des excès parfois! Mais on l'aimait comme ça! Lorsqu'un invité pénétrait dans son studio, il savait tout de suite qu'il était aux côtés d'une femme intègre. Elle mettait toujours l'autre à l'avant. Elle n'était pas le genre d'animatrice à vouloir être la vedette, être le centre d'attention. Elle savait faire de la place à l'autre et donner l'envie aux auditeurs de découvrir les personnalités qu'elle invitait. Ils étaient d'ailleurs très nombreux à lui écrire et à l'appeler en studio. Ils avaient tous une profonde admiration pour elle. Les messages d'amour que l'on peut lire sur sa page Facebook sont d'ailleurs là pour en témoigner.

J'étais complètement subjuguée par sa connaissance de la musique de partout dans le monde. C'est elle qui m'a fait découvrir les Myriam Makeba, Manu Dibango, Baaba Mal, Rokia Traoré, Rachid Taha, Oumou Sangare, Fela Kuti, Gnawa Diffusion et j'en passe. Elle m'a transmis son amour pour les rythmes en provenance de l'Afrique et des Caraïbes. Elle m'a transmis son amour pour la musique. Elle a su comme nul autre créer des ponts, réunir les cœurs et mettre à l'honneur les artistes méconnus à travers le globe. C'était et restera à jamais une ambassadrice culturelle de premier plan.

La dernière fois que je l'ai vue, c'était à la conférence de presse de Nuits d'Afrique l'été dernier. Elle était tout sourire dans sa chaise roulante. Je me rappelle avoir dit à Stéphanie Kitembo, qui animait l'évènement et qui a aussi travaillé avec elle, combien c'était incroyable de la voir perdre petit à petit l'usage de la parole. Sa voix a été si présente dans l'imaginaire de bien des Québécois. Sa voix nous a permis de découvrir tant de talents ! Malgré tout, il y avait cette lueur dans ses yeux que je ne pourrais jamais oublier et dont elle se servait encore pour nous communiquer sa passion.

La mort de Chantal Jolis laisse un grand vide qui sera difficile de combler. François Bugingo a laissé un message sur sa page Facebook que je partage avec vous : « Sur une île magique, une grande dame de la radio nous a quittés: Chantal Jolis est donc partie. Elle n'avait pas besoin de la loi 101 pour magnifier la langue française. Elle n'avait pas besoin de suivre la mode pour se passionner de la musique du monde. Et elle est partie discrète et classe. Je pense inévitablement aux quatre derniers vers de la Mort du Loup: "... Gémir, pleurer, prier est également lâche - Fais énergiquement ta longue et lourde tâche - Dans la voie où le Sort a voulu t'appeler - Puis après, comme moi, souffre et meurs sans pleurer.»

Merci Chantal de nous avoir transmis ton amour pour la musique et de nous avoir fait découvrir tant d'artistes exceptionnels. Et sache qu'on n'oubliera jamais cette voix qui nous a si longtemps accompagnés et ce rire si particulier qui nous contaminait et nous donnait envie d'être heureux comme tu semblais l'être.

Je t'aime.

 

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