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Le printemps 2015, un échec retentissant?

27/04/2015 10:59 EDT | Actualisé 27/06/2015 05:12 EDT

Si l'on en croit les chroniqueurs, faiseurs d'opinion de tout acabit et autres gérants d'estrades, le mouvement du printemps aura été un échec retentissant. Pourtant, pour qui a l'oreille au terrain, il semble davantage que ceux-ci tentent de taire un grondement qui se fait de plus en plus fort que d'offrir une réelle analyse de la situation.

Curieusement, un certain fétichisme de la grève étudiante de 2012 semble teinter la réflexion sur le mouvement actuel, même chez ceux qui s'y opposaient à l'époque. Si la stratégie d'une mobilisation intense sur le court terme peut s'avérer payante dans le cas d'un enjeu aussi précis que les frais de scolarité, particulièrement face à un gouvernement usé et en fin de mandat, il est loin d'être certain que ce serait le cas actuellement.

Le gouvernement actuel se livre sans merci à une attaque radicale, sur tous les fronts, qui vise à transformer en profondeur ce qui fait les particularités de la société québécoise. Il applique violemment ses mesures d'austérité sélectives, détroussant sans gêne les plus vulnérables pour financer ses cadeaux fiscaux à des compagnies milliardaires. Il se pose comme légitime du haut de sa majorité, oubliant pour la cause qu'il n'a reçu l'appui que de 29% des Québécois aptes à voter et qu'il a tu ses intentions lors de la campagne électorale l'ayant portée au pouvoir.

Face à ce gouvernement méprisant et autoritaire, qui n'hésite pas à imposer ses réformes impopulaires par le bâillon, nous nous devons d'adopter une stratégie visant le long terme, la pression constante, permettant aux milieux plus lents à se mobiliser de rejoindre la lutte. Surtout, nous devons nous donner le temps et les moyens de développer une solidarité concrète entre les différents secteurs pour éviter que le mouvement soit vulnérable aux tentatives prévisibles de le diviser sur les revendications purement corporatistes.

Un printemps

Critiquée depuis le tout début pour un prétendu manque de stratégie et de revendications claires, la brève mais intense grève étudiante - qui se poursuit actuellement à l'UQAM et à l'UdeM et ce, davantage pour le droit de lutter que contre l'austérité (lutte vitale s'il en est) - aura néanmoins réussi à accomplir de nombreux objectifs.

Fait historique non négligeable, il s'agit de la première grève étudiante de nature politique depuis la fin des années 1960. On a eu beau taire ce fait dans les médias de masse, la capacité de mobiliser, malgré de maigres moyens et de courts délais, des dizaines de milliers d'étudiants autour d'un enjeu de société aussi large relève du tour de force et témoigne de la grogne sans cesse grandissante envers les mesures d'austérité imposées de manière autoritaire et méprisante par le gouvernement Couillard.

Un 1er mai

N'oublions pas non plus que la lutte étudiante de ce printemps aura (entre autres facteurs) aidé à cristalliser tout le travail de mobilisation effectué par la Coalition du 1er mai 2015 depuis l'année dernière. Si l'idée habitait déjà les esprits, la grève étudiante aura permis de faire jaser de la « grève sociale » partout à travers le Québec. Et le résultat se fait déjà sentir.

Plus d'une vingtaine de syndicats (principalement chez les professeurs de cégeps, ceux pour qui l'austérité est déjà une réalité avec laquelle ils doivent composer), 400 groupes communautaires de toute la province et 40 000 étudiants possèdent déjà des mandats de grève - illégale pour les professeurs - en vue du 1er mai 2015 et les chiffres ne cessent de croître. Les grandes centrales syndicales, frileuses depuis bien longtemps, promettent quant à elles des actions de perturbations économiques tout au long de la journée.

Bref, il se prépare un 1er mai comme on n'en a pas vu depuis longtemps.

Et leurs suites

Les mandats de grève illégaux, la soudaine combativité des centrales syndicales, les récents remous à l'ASSÉ et à la FEUQ se lisent sur une même trame narrative. Celle d'une partie des bases étudiantes et syndicales qui ne désirent plus se faire imposer leur conduite par des exécutifs frileux. Cette lame de fond gagne en force tranquillement et contamine de plus en plus les esprits combatifs des mouvements étudiants et syndicaux.

C'est dans l'existence et la longévité de cette vague contestataire que réside la meilleure chance de résistance aux mesures d'austérité qui risquent de transformer irrémédiablement et pour le pire la société québécoise. C'est à la consolidation et à l'élargissement d'un mouvement social prêt à sortir du cadre légal si nécessaire et rejetant la vision de société que tente de nous imposer le gouvernement que nous devons travailler.

Seul un tel mouvement a le potentiel d'amener les acteurs institutionnels à se sortir d'une vision comptable et corporatiste et à formuler des demandes axées sur une vision différente de la société québécoise, et non pas sur la seule défense de leurs intérêts immédiats. Seul un tel mouvement a le potentiel de s'opposer à un gouvernement aussi radical et de le vaincre.

Les actions d'occupation et de perturbation se multiplient. Le reste du printemps et l'été s'annoncent chauds sur le plan des luttes environnementales, permettant sans doute de solidifier les liens entre les différentes communautés militantes du Québec. La grève rampante, celle qui menace sans cesse, celle qui permet d'exercer une pression constante sur le pouvoir, se met en place.

Il faut que nous reprenions collectivement goût à la lutte et que la société civile, consciente que la lutte actuelle s'inscrit dans le long terme, prépare une riposte historique, à la hauteur de l'attaque qui nous est faite.

Pour la liste des mandats de grève en vue du 1er mai, cliquez ici

Si vous souhaitez participer à la grève sociale et que vous n'êtes pas en grève, un petit document: 12 façons de faire la grève

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