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Et si...

21/02/2016 09:44 EST | Actualisé 21/02/2017 05:12 EST

Depuis un certain temps ou un temps certain, les chroniqueurs politiques québécois se questionnent : est-ce que le Québec vivra un long règne libéral sans interruption ? Ainsi, la division des différentes oppositions et, surtout, la morosité du mouvement souverainiste (et de facto celle des nationalistes) assureraient aux libéraux le pouvoir éternel... Stéphane Gobeil, stratège bloquiste et péquiste, avait dressé un portrait de la situation avant de passer du côté de la coalition de François Legault.

D'ailleurs, le dernier sondage Léger révèle que le gouvernement de Philippe Couillard détient une confortable avance de 8 points. Les troupes libérales seraient ainsi assurées de prendre le pouvoir le yeux fermés, comme ce fut le cas depuis maintenant 13 années (avec pause minoritaire péquiste de 18 mois). Toutefois, il faut aller au-delà des chiffres.

Projections des sièges selon le sondage Léger de février

Bien sûr, les libéraux sont assurés d'un minimum de circonscriptions à chaque élection grâce au vote traditionnel libéral, grâce aux votes anglophones et allophones, et grâce à la fameuse «prime à l'urne» (avoir honte de voter libéral ? Je ne répondrai qu'en présence de mon avocat... libéral). En favorisant le pire des scénarios qui mènerait seulement un électeur francophone sur six à appuyer le parti fédéraliste et seulement deux électeurs sur trois chez les Anglophones et les Néo-Québécois, le Parti libéral récolterait tout de même 28 comtés. C'est trop peu pour espérer garder le pouvoir, mais ça démontre surtout que l'extinction de l'espèce libérale est pratiquement impossible dans l'univers politique québécois. Et, surtout, le scénario mentionné plus tôt représenterait la «perfect storm», qui est de la science-fiction et non réaliste.

Le Parti libéral a perdu le pouvoir en 2012 en faisant tout de même élire 50 députés. Pire : en 2007, les forces de Jean Charest conservaient le pouvoir de façon minoritaire avec seulement 48 fédéralistes à l'Assemblée nationale. Il faut remonter à 1976, lors de la première élection d'un gouvernement péquiste, pour la seule dégelée encaissée par Robert Bourassa, qui n'avait fait élire que 26 élus (l'Assemblée nationale comptait 15 députés de moins à l'époque). Les libéraux peuvent donc compter sur un très bon fonds de commerce !

Bien sûr, les affaires des souverainistes ne vont pas en augmentant depuis l'an 2000. Lors de la dernière élection, un peu plus d'un électeur sur 6 inscrit sur la liste électorale a décidé d'appuyer le Parti québécois. En 1994, ils étaient plus de 35 % à appuyer le PQ, et la tendance est continuellement à la baisse depuis ce temps, hormis pour l'élection de 2012.

Mais tout n'est pas sombre dans les horizons périlleux des souverainistes. Le Parti québécois peut compter sur un appui solide chez l'électorat francophone. Depuis avril dernier, ce qui correspond à la victoire assurée de Pierre Karl Péladeau suite à la défection de Bernard Drainville lors de la chefferie, le PQ conserve un avance de 10 points dans l'électorat francophone. Et 88 circonscriptions comptent au moins 80 % de francophones. Cela laisse donc beaucoup d'espace pour les souverainistes pour espérer aller chercher les 63 comtés nécessaires et ainsi former un gouvernement majoritaire.

Bien sûr, la formation de Pierre Karl Péladeau doit espérer que le parti de l'ancien souverainiste François Legault n'aille pas grappiller trop de comtés francophones. D'ailleurs, l'image nationaliste que le chef de la CAQ met en lumière depuis l'automne vise à conquérir le poste de chef de l'opposition, et non nécessairement celui de premier ministre. François Legault désire ainsi éviter l'indigestion, comme l'a fait l'ADQ de Mario Dumont en 2007. La première bouchée vise ainsi à jouer dans les plates-bandes du PQ en remportant les circonscriptions où le vote francophone est fortement majoritaire, hormis les régions éloignées, là où la CAQ dépasse rarement les 15 %.

En 2014, la CAQ a déjà commencé ce travail en enlevant 9 circonscriptions au PQ. À l'époque, le parti de François Legault avait maintenu le même nombre d'appuis que lors de l'élection précédente et elle avait tout simplement profité de la chute du vote souverainiste pour se faufiler. Si le PQ reprenait du poil de la bête, comme les sondages le démontrent (en comparaison à avril 2014), ces nouveaux députés pourraient être en danger.

Donc en définitive, pour les troupes de PKP, la victoire électorale n'est pas une chose impossible. Avec un très grand bassin de comtés francophones et avec une large avance chez cet électorat, c'est amplement jouable. Toutefois, conquérir une majorité de sièges à l'Assemblée nationale devient une tâche un peu plus ardue. Et sans une majorité, point de référendum. Et sans référendum, point de pays... À moins que la stratégie péquiste d'accession à l'indépendance change.

Mais les soucis sont sûrement ailleurs.

Est-ce que le désir de Pierre Karl Péladeau est seulement de prendre le pouvoir ou si l'objectif n'est pas de faire le pays ? Obtenir l'appui de 50 % + 1 lors d'un référendum est essentiellement tout le défi qui attend les souverainistes. Et les libéraux ne se feront pas prier pour aussi mettre tous les projecteurs sur cet enjeu en 2018.

Par souci de transparence : l'auteur de ces lignes milite au sein d'instances locales du Parti québécois.

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